Le chino qu’on n’a plus voulu vendre

Notre chino était-il plus bon que le plus bon de tes chinos ? (spoiler : non)

Chez Loom, notre mission, c’est de concevoir les vêtements les plus résistants possibles avec le plus petit impact sur la planète et les humains, le tout sans faire exploser les prix. Autrement dit, on veut avoir le meilleur rapport “qualité-éthique-prix” du marché.

 

Photos en HD disponibles sur ce lien

On a donc décidé de ne pas passer de nouvelles commandes de ce chino et de rester en rupture de stock tant qu’on n’aurait pas augmenté la qualité d’un cran.

Un petit bout d’irréductible tissu

Un tissu, c’est un peu comme  un plat au resto. Vous pouvez choisir celui avec les meilleurs ingrédients, parfois, la recette n’est pas ouf. Même si vous sélectionnez le meilleur fil, le meilleur tissage, la meilleure teinture, la seule façon de s’assurer que le tissu est le plus solide, c’est de tester. Alors on a récupéré un maximum d’échantillons de fournisseurs et de compositions différentes, puis on les a passés une dizaine de fois en machine. Et on a découvert que, quelque part au fin fond d’un village gaulois, il existait un petit bout d’irréductible tissu qui résistait encore et toujours aux lavages. Et ce tissu, il était fabriqué par les Alsaciens de Velcorix. Euh, pardon : Velcorex.

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Le métier de Velcorex, c’est de tisser et “d’ennoblir” les tissus, par exemple en les transformant en velours ou en leur appliquant une teinture (ça tombe bien). À l’heure où toute l’industrie textile française se délocalisait en Asie, le boss a tout fait pour maintenir le business en Alsace en mettant le paquet sur la qualité. Bilan : l’usine emploie aujourd’hui 100 personnes et tourne à plein régime. Vous pouvez l’écouter parler ici et nous rejoindre dans le club de ses fanzouz. Comme teinture et eaux usées font rarement bon ménage, ils ont construit leur propre station d‘épuration et tous leurs produits sont certifiés OEKO-TEX®. C’est comme ça qu’on arrive à avoir une usine textile au milieu du Parc Naturel des Ballons des Vosges.

A gauche Pierre Schmidt, à droite l’équipe Loom au complet

A la recherche de la nouvelle star de la machine à coudre

Notre premier confectionneur était correct, mais pas au niveau de nos exigences de qualité. Alors on a décidé d’en chercher un autre. Et puis les gars de Velcorex nous ont présenté Andreia. C’était en septembre 2018, nous étions encore tout petits et l’usine d’Andreia à Porto aussi. Depuis, Andreia a embauché une dizaine de personnes. Nos deux entreprises grandissent en parallèle et on doit vous avouer que ça a créé entre nous un attachement un poil émotionnel.

On a bossé avec elle sur chacun des points de fragilité des chinos :

  • Les coutures craquent ? On a pris un fil de couture trois fois plus épais
  • Des fils peuvent être tirés à l’intérieur ? On a recouvert les coutures avec des biais pour que ça n’arrive pas
  • La ceinture s’affaisse avec le temps ? On l’a renforcée avec un thermocollant plus épais
  • Les boutons de la braguette finissent toujours par se découdre ? On passe à un zip (YKK bien sûr) et un bouton métallique

Et pour éviter de vous vendre un pantalon à plus de 100 euros, on a réfléchi avec elle à simplifier la confection : une seule poche arrière, pas de poche à pièce (qui s’en sert vraiment ?), pas de “V d’aisance” à l’arrière, imprimer la taille sur l’étiquette de compo plutôt que produire 2 étiquettes différentes…

Le v d’aisance, c’est cette séparation de la ceinture à l’arrière qui sert à faire reprendre votre pantalon par votre retoucheur pour le mettre à votre taille. On vous laisse imaginer quel pourcentage de la population utilise effectivement cette fonctionnalité.

Le patron des patrons

On a le tissu, on a le confectionneur, il nous manque plus qu’à développer le bon patronage. Certes, c’est important qu’un pantalon fasse des jolies fesses, mais pour prolonger la durabilité, une bonne coupe doit aussi minimiser les tensions sur les coutures et les frottements du tissu. On a donc fait appel à un dieu du pantalon, modéliste dans une grande maison de couture. Ça nous a pris une demi-douzaine de prototypes pour arriver à une coupe dont on est vraiment satisfait.

On y est presque

Teste-moi, déteste-moi mais surtout regarde moaaaaa

On ne veut pas refaire les mêmes erreurs qu’au début, alors on teste et on reste le chino.

Première étape : lui faire subir plusieurs cycles de lavages-à-40°C-sèche-linge-et-tout-ça-sur-l’endroit. A l’oeil nu, vous pouvez voir que les résultats sont plutôt dingues : la couleur ne bouge presque pas, même sur les zones de frottement comme la braguette et les passants de la ceinture.

Notre chino après 6 cycles de lavages-séchages sur l’endroit (et encore, c’est pas son meilleur profil)

Deuxième étape : porter ce chino, beaucoup. Pendant plusieurs semaines, les garçons de l’équipe ont porté les prototypes successifs pour finalement ne plus quitter le modèle final (la légende dit qu’ils lavaient ce pantalon pendant la nuit pour pouvoir le remettre au matin). Bilan : non seulement il est hyper confortable (il a juste ce qu’il faut d’élasthanne pour enfourcher son vélo facilement), mais en plus, il se déforme très peu (il ne fait pas de “poches” au niveau des genoux par exemple). Ça, c’est parce qu’il a un secret : notre tissu contient des filaments d’élastomultiester qui lui permettent de très bien retrouver sa forme d’origine après avoir été détendu.

Personne n’est parfait

Ce chino n’est pas parfait. C’est seulement le meilleur compromis qu’on a trouvé à ce stade entre qualité, éthique et prix. Voici tout ce qui nous semble encore améliorable :

  • Le tissu est mercerisé pour améliorer la résistance, mais au départ, ça le rend un peu brillant et électrostatique. Ces effets se dissipent après un ou deux lavages, mais on travaille sur le sujet pour changer ça.
  • Avant d’être teinte en Alsace, l’étoffe est tissée au Pakistan. Pour exiger qu’elle soit tissée en Espagne ou en Alsace (ce qu’on a prévu de faire), il faut qu’on passe des commandes un peu plus grosses.
  • Le coton utilisé est du coton conventionnel. On est en train de travailler avec Velcorex sur une version aussi résistante en coton biologique, mais on ne sait pas combien de temps cela va nous prendre.
  • Un des secrets de résistance de ce chino, c’est l’utilisation d’élastomultiester (un dérivé du polyester). Ce n’est plus un scoop : toutes les matières synthétiques rejettent des microfibres pendant les lavages. On nous a dit que les rejets de microfibres étaient limitées car ce fil est “guipé” par du coton (c’est-à-dire entouré de fils en coton). Mais on travaille sur une méthode pour évaluer ça.
  • Même en simplifiant la confection et en réduisant notre marge au minimum, on ne peut pas le vendre au même prix que précédemment (60€). Il est donc un peu plus cher à 75 euros.

Voilà, vous savez tout sur la troisième génération de notre chino et il est en vente ici.

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6 commentaires

  1. Je trouve votre démarche géniale! Par contre je vous désapprouve sur la suppression du V d’aisance…. je suis couturière (enfin je l’ai été pendant 18 ans, là je refais des études 😩) et vous n’imaginez même pas combien de pantalons j’ai retouché grâce à cette valeur de couture supplémentaire. Pour aller dans le sens de votre démarche, qui veut que l’on garde ses vêtements le plus longtemps possible, il est impératif de pouvoir agrandir un peu la taille… vous devriez revoir ce pont! En tout cas je vous y encourage 😉 par la même occasion, rappeler aux consommateur que les retouches et réparations de vêtements chez des couturiers/couturières ça permet de prolonger la vie des vêtements 😉 en tout cas bonne continuation, et j’aimerais vraiment une collection femme…!

    1. Bonjour Marie, c’est hyper intéressant ce que vous nous dites. Autour de nous, personne n’utilise cette fonctionnalité. Peut-être que, plutôt que le supprimer, on aurait plutôt dû informer d’à quoi ça sert et effectivement inciter à aller voir un ou une couturière.
      En tout cas, on se le note pour la prochaine génération, merci !
      (et pour la collection femme, on y bosse cet été).

  2. J’ai un chino précédent et mon seul regret c’est qu’il est vraiment trop serré aux mollets et aux cuisses. j’avais pris la plus grande taille et j’ai la marque des coutures imprimés dans le mollet.. Avez vous prévu une coupe qui ne soit pas réservé seulement au gringalet ? 😉

    1. Bonjour Cyril, oui on a donné un petit peu plus de confort aux cuisses et aux mollets et surtout notre chino n’est plus 100% coton. Il y a un peu d’élasthanne dedans qui rend la matière un peu plus élastique et moins comprimante.

      ça c’est pour montrer notre ouverture au monde des non gringalets (notre mannequin Gabriel sera ravi d’être classé dans cette catégorie d’ailleurs 😉

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