Bien qu’il ait la particularité de délaver, le jean est le pantalon le plus vendu au monde.
Si on aime tellement cette esthétique du denim qui change de couleur au fil du temps et des portés, c’est sans doute parce que Levi’s et Hollywood nous la vendent depuis bientôt 80 ans.
Le rêve américain version blue jeans
Et c’est vrai que ça peut être très beau un jean délavé : les marques de décoloration racontent l’histoire de la personne qui le porte.
Un jean de la marque Bonnegueule qui a joliment patiné (tiré de cet article de vrai denim head)
On peut dire que c’est un vêtement qui patine : on voit son vieillissement et on le trouve encore plus beau comme ça.
Sauf que, dans la vraie vie, la décoloration des jeans peut être moins glamour. Voici le genre de problèmes qu’on reçoit nous, au SAV chez Loom.
Problème n°1 : les marbrures. Si le jean est lavé sur l’endroit et/ou que la machine est très chargée, le tissu reste plié aux mêmes endroits et frotte contre le tambour : il en ressort avec de vilaines traces claires.
Problème n°2 : la marque du téléphone. Problemo classico de l’époque moderne quand il reste toute la journée dans la poche.
Problème n°3 : les décolorations des “vélotaffeurs”. Pour ceux qui pédalent beaucoup, c’est les frottements contre la selle qui font une décoloration localisée dans une zone… pas évidente à assumer.
Problème n°4 : les genoux. Décolorations symptomatiques des jeunes parents et des gens qui travaillent dans le bâtiment (deux activités qui impliquent d’être pas mal à genoux).
Difficile de parler de patine qui embellit le vêtement dans ces cas : en général, nos clients et clientes sont dégoûtés parce qu’ils trouvent que leur jean est devenu moche et/ou ne peut plus être porté dans un contexte un peu formel.
Pour être tout à fait honnête, on aurait pu le prédire (lol). Avant de construire notre premier jean il y a quelques années, on avait fait un petit sondage. Et à la question “c’est quoi le problème avec vos jeans ?”, environ 20% des répondants avaient déjà évoqué les problèmes de décoloration : “la teinture ne tient pas bien”, “la couleur part trop vite”, “le tissu se décolore”, etc.
À l’époque, comme on était encore bercés par le mythe du jean qui patine (et qu’on n’avait pas encore reçu toutes les photos ci-dessus), on ne l’avait pas vraiment considéré comme un problème à résoudre. 6 ans plus tard, on a décidé de lancer (aussi) un jean qui ne décolore pas.
Mais avant de vous expliquer comment on a fait, on doit faire un petit détour par la technique et vous expliquer pourquoi les jeans décolorent contrairement aux autres pantalons (eh oui : vous avez sûrement remarqué que la couleur tient beaucoup mieux sur vos chinos que sur vos jeans).
Colorant indigo vs. colorants réactifs
D’abord, une petite explication technique. Un jean (bleu) c’est un tissu avec des fils verticaux bleus (la “chaîne”) et horizontaux blancs (la “trame”).
Ces fils bleus sont teints avec un colorant un peu spécial : l’indigo, qui a la particularité de ne pas pouvoir se lier chimiquement avec la cellulose du coton. Pour une teinturerie, c’est donc très difficile de faire pénétrer ce colorant jusqu’au cœur du fil. Ça demanderait des bains beaucoup plus longs et concentrés, bien trop chers en termes industriels. Les fils bleus ne sont donc teints qu’en surface.
Si on faisait une coupe d'un fil bleu de jean, voilà ce qu'on verrait.
Alors pourquoi un jean délave ?
D’abord, les frottements lors des lavages et des portés finissent par laisser apparaître le coeur blanc à l’intérieur des fils.
En plus, avec les lavages, le colorant indigo migre des fils bleus vers les fils blancs, qui prennent une teinte légèrement bleutée.
C’est ça, le mécanisme derrière la “patine”. Ce n'était pas forcément voulu à la base : c’est surtout une conséquence des caractéristiques techniques de l’indigo.
À gauche : un denim ‘brut’, non lavé. On voit qu’il y a des fils très bleus et des fils très blancs qui s'entrecroisent. À droite : un denim délavé. On ne distingue plus vraiment le fil blanc du fil bleu.
Donc nous, si on veut un jean qui ne décolore pas avec le temps, il faut qu’on choisisse un colorant qui se lie chimiquement à la cellulose du coton pour pénétrer jusqu’au cœur du fil. Bonne nouvelle, ça existe depuis les années 50 : ce sont les colorants dits réactifs. Et ils sont utilisés sur la plupart des tissus en coton aujourd’hui.
Sauf, bien sûr, sur les jeans. Peut-être parce que l’esthétique hollywoodienne des jeans délavés a trop pénétré les esprits ? Peut-être parce que les usines de teinture d’indigo ont demandé beaucoup d’investissements et qu’on veut les rentabiliser ? Peut-être parce que les colorants réactifs sont légèrement plus chers que l’indigo ? C’est probablement un mélange de toutes ces raisons.
Du coup, pas évident pour nous de développer un jean teint avec des colorants réactifs : il fallait qu’on trouve un tisseur de jeans capable de teindre avec ces colorants alors qu’ils sont tous spécialisés dans la teinture indigo.
Heureusement, on a eu un petit coup de pouce, venu de loin : celui des consommateurs chinois.
La Chine, le pays des vêtements qui ne décolorent pas
Si l’esthétique hollywoodienne des jeans patinés et délavés a profondément marqué les consommateurs occidentaux, c’est beaucoup moins vrai en Chine. Au contraire : les Chinois se méfient des tissus qui déteignent. Et l’histoire du pays aide à comprendre pourquoi.
Dans les années 30, l’entreprise de chimie allemande IG Farben cherche des débouchés pour un colorant bleu très solide dit “indanthrène” : elle fait alors des campagnes de pub massives pour pousser son adoption en Chine. À Shanghai, la robe de coton bleu devient alors l’uniforme des étudiantes et des femmes modernes, et le tissu bleu indanthrène qui ne déteint pas devient presque le “tissu national”.
Pub des années 30 pour les tissus teints avec le colorant indanthrène. À droite, il est écrit “pourquoi est-elle si joyeuse ?”. La réponse est à gauche : parce que sa robe “ne passe pas, même en plein soleil”.
Ça ne s’arrête pas avec l’arrivée du communisme, au contraire. Dans les années 50, l’industrie textile est mise sous tutelle de l'État, qui impose des contraintes fortes aux usines pour éviter les pénuries. Par exemple, à la fin des années 50, les teintureries généralisent la teinture des tissus à cœur pour faire disparaître le “défaut du cœur blanc qui existait depuis longtemps” (exactement le phénomène qui fait la patine des jeans). Une obsession qui se lit jusque dans les affiches de propagande.
Affiche de 1972. Son titre : “La couleur ne passera jamais”
Cette exigence pour la solidité des couleurs n’a pas disparu avec l’ouverture au capitalisme : depuis 2003, une norme chinoise interdit même la vente de vêtements qui décolorent trop avec les frottements. Autrement dit, un jean avec un beau tissu japonais, qui bleuit un peu les doigts ou le canapé, serait probablement interdit à la vente en Chine.
Ces dernières années, l’absence de décoloration est même devenue un argument de vente pour les marques de jeans chinoises. Sur les sites Taobao ou JD (les Amazon chinois), on lit souvent des promesses pour les jeans du type bù yì tuì sè (“ne passe pas facilement”) ou encore bù diào sè (“ne déteint pas”).
Une fiche produit typique de jean sur le site JD.com. Pour les (rares) non-bilingues qui nous lisent, ça dit que c’est un denim haut de gamme qui ne déteint pas facilement grâce à une teinture réactive.
Notre premier prototype
Pourquoi on vous raconte tout ça ? Parce qu’il y a un an, l’usine italienne Candiani (notre principal fournisseur de tissus denim) a lancé un tissu de jean “stay blue”, c’est-à-dire teint avec des colorants réactifs pour… le marché asiatique.
Quand on l’a appris, on leur a tout de suite demandé quelques mètres de ce tissu pour faire monter un prototype. Et le résultat nous a ravi.
D’abord, la couleur est très belle, et elle fait très “jean”. Et ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, car il n’existe pas de colorant réactif qui reproduise exactement le même spectre lumineux que l’indigo. Ce dernier est un bleu sombre légèrement violacé (le fameux “red cast” que cherchent les amateurs de denim). Il faut donc créer un mélange de colorants réactifs qui s’approchera le plus possible de l’indigo, avec notamment un peu de colorant rouge pour reproduire ses reflets typiques. Avec en plus une contrainte : trouver des colorants réactifs qui ont tous à peu près la même solidité au lavage ou à la lumière, pour que la couleur du jean ne "vire" pas avec fil du temps.
Ensuite le tissu aussi est beau : ses fils comportent des “slubs”, c'est-à-dire de légers épaississements par endroits qui lui donnent de la texture et du caractère.
Maintenant, reste à savoir comment ce jean va tenir dans la durée : est-ce que le brut restera bien brut ? Est-ce qu’il n’y a pas d’autres problèmes qu’on n’a pas anticipés ?
Pour répondre à ces questions, le juge de paix, c’est de beaucoup porter et laver le vêtement. Et ça, on a l’habitude de le faire chez Loom.
Suivi des vêtements qu’on teste “au porté”. Ou pourquoi Guillaume n’achète jamais de vêtements.
Résultat : après des mois à le porter souvent et le laver n’importe comment (à 60°C, sur l’endroit, avec une machine remplie – cascade à ne pas reproduire chez vous) :
À gauche notre jean “stay blue” neuf, à droite le même jean, mais porté et lavé pendant 10 mois par Guillaume.
La tenue de la couleur, et en général la qualité du jean, sont bluffantes. On décide donc de lancer la fabrication. Hélas, la vie n’est pas un long fleuve tranquille.
L’heure du compromis
Quand on a écrit à Candiani pour passer commande du tissu, coup dur : ils nous annoncent que leur partenaire italien qui faisait la teinture réactive a fermé. En plus, la période est compliquée pour les usines italiennes et le prix de la teinture a beaucoup augmenté : ils envisagent d'arrêter de produire ce tissu de jean “stay blue”.
On leur écrit un mail pour les supplier de continuer à le proposer, en leur expliquant qu’on penserait sûrement en vendre un paquet et que notre jean pourrait peut-être même donner envie à d’autres marques de développer aussi un jean stay blue avec leur tissu. Ils nous répondent alors que la seule manière de continuer à proposer ce tissu, c’est d’aller le produire dans une grosse usine qui sait faire du denim teint en réactif… en Egypte. Cette grosse usine a l'avantage d'être plus solide financièrement : elle ne risque pas de mettre la clef sous la porte dans les prochains mois.
Pour nous, il y a un premier deuil à faire : bien sûr, la confection de notre jean sera toujours faite au Portugal mais cette impossibilité de faire tisser et teindre notre denim en Europe est un signal inquiétant pour l’avenir de l’industrie de notre continent.
Autre renoncement : le coton. Sur cette première production, le tissu ne sera pas fait avec du coton bio certifié GOTS mais avec du coton dit “régénératif”, une certification un peu bullshit. Si vous trouvez que ça n’est pas si grave, vous pouvez lire ou relire cet article : la question du coton bio n’est pas un détail en termes d’impact sur l’environnement et la santé.
Malgré tout, on a décidé de passer commande du tissu. D’abord, le renoncement au coton bio est, on espère, seulement temporaire : si nos jeans se vendent bien et que le tissu tient ses promesses, on pourra commander de plus grosses quantités de tissu et atteindre les minimums de production pour passer au coton bio. Et en ce qui concerne la production en Égypte, on doit être lucide : la fermeture des usines européennes comme cette teinturerie italienne est une lame de fond qu’on ne pourra pas freiner avec nos seules commandes. Et qui sait, peut-être qu’un jour, si le “stay blue” se démocratise en France, Candiani décidera de réimplanter une unité de teinture réactive en Italie.
À quoi ressemble notre premier jean “stay blue”
Pour cette première production de denim “stay blue”, on lance une nouvelle coupe dans le vestiaire homme : le jean large.
C’est une coupe plus ample que notre jean droit, mais pas baggy non plus (et assez stylée si vous voulez notre avis absolument pas biaisé).
Et c’est surtout une coupe qui marche très bien avec ce tissu stay blue 100% coton (sans élasthanne) et épais (14 ¾ oz) : pas besoin d'élasthanne ou d’un tissu léger s’il y a suffisamment de place pour les jambes. Disponible uniquement en coloris brut (puisque c’est principalement cette couleur qui pose des problèmes de décoloration).
Attention, on ne veut pas vous faire de surpromesse : aucun colorant n’est éternel. Les lavages, les UV, les frottements attaquent la teinture. Dans cinq ans, le jean ne sera probablement pas aussi bleu qu'au premier jour (et vous ne serez probablement jamais aussi beau que Brad Pitt, même si votre jean est plus bleu que le sien). Mais vous pourrez toujours le reteindre (le jean, pas Brad) pour une dizaine d’euros (notre tuto ici).
Et la suite ?
On attend d’avoir les retours des acheteurs de ce jean large, après plusieurs mois (voire années ?) de portés. Si tout se passe bien, on pourra rajouter la couleur “stay blue” à la gamme de notre jean droit (à la place du brut), voire de notre jean large femme (il arrive bientôt) et passer ce tissu en coton bio. Bref, maintenant on attend et on vous écoute.
Un jour de 2019, nous recevons sur LinkedIn le message d’un certain Ranjan. Il travaille pour une usine textile, et, manifestement, il a passé du temps sur le site e-commerce de Loom. Ce qu’il nous propose ? Fabriquer exactement le même sweat à capuche que le nôtre. Le prix qu’il demande : trois euros par unité. Trois euros… c’est environ dix fois moins que ce que la fabrication de ce sweat nous coûtait alors. En choisissant Ranjan, nous pourrions presque doubler notre marge. Tentant, non ?
Sauf que notre usine de sweats est située au Portugal. L’usine de Ranjan, elle, se trouve au Bangladesh. Chez lui, les ouvrières gagnent à peine 40 % de la somme nécessaire pour vivre dignement (le salaire vital). Dans son pays, l’électricité provient de centrales à gaz ou à charbon, qui émettent énormément de gaz à effet de serre. Et, comme on le découvrira quelques mois plus tard en se rendant sur place, les eaux usées y sont parfois rejetées directement dans les rivières, sans être dépolluées en amont.
Dans notre quotidien de chefs d’entreprise, les occasions de nous rappeler que notre société serait plus rentable si on faisait des choix moins éthiques sont légion : des anecdotes comme celle de Ranjan et du sweat à capuche, nous en avons des dizaines. Et ces histoires lèvent le voile sur les lois cachées qui régissent la compétitivité des entreprises.
Quand nous avons lancé Loom en 2017, nous avions une conviction bien ancrée : une entreprise qui fait les choses bien finira par rencontrer le succès économique (ou comme disent les Américains, « doing good is good for business » !). Autrement dit, nous croyions à l’existence d’une forme de « prime à la vertu ».
L’idée de départ était assez simple : proposer des vêtements à un bon rapport qualité-éthique-prix, comme des chaussettes en coton bio solides made in France à 12 euros ou un t-shirt de bonne qualité fabriqué au Portugal à 25 euros. Nous pensions qu’il suffirait de proposer des vêtements beaux et résistants, dans des matières dites écoresponsables, fabriqués dans des conditions de travail dignes, pour que des clients – sensibles comme nous aux questions sociales et environnementales – nous suivent. L’engagement des marques était alors vu comme un facteur de réussite : avec Patagonia et Veja en guise d’exemples, l’avenir semblait sourire aux nouvelles marques éthiques.
En 2018, nous avons déménagé à Station F, l’incubateur de startups créé à Paris par Xavier Niel. Comme beaucoup d’entrepreneurs de l’ère numérique, nous pensions que les solutions aux problèmes du monde viendraient du secteur économique, que les petites entreprises engagées allaient grandir, prendre des parts de marché aux géants moins vertueux, voire les remplacer. Pourquoi en douter, alors que partout nous entendions qu’il était possible de voter avec son porte-monnaie et que le « consomm’acteur » responsable ferait triompher les marques engagées ?
Spoiler : ça n’a pas été le cas.
À vrai dire, Loom s’en est sortie correctement. L’entreprise est devenue rentable assez vite sur son activité e-commerce, nous avons ouvert une petite boutique à Paris et, neuf ans après sa création, nous employons une petite dizaine de personnes. Une croissance modeste, mais qui nous satisfait pleinement.
Hélas, si on élargit la focale à l’ensemble du paysage de l’habillement, Loom fait plutôt figure d’exception. Les marques engagées ont connu de grandes difficultés ces dernières années, et ce sont plutôt les enseignes aux pratiques désastreuses qui l’ont emporté. Lors de la création de notre entreprise, les enseignes de fast-fashion et de produits low cost comme H&M, Kiabi ou Leclerc étaient déjà les premiers vendeurs de vêtements en France. Depuis, non seulement ces géants ont continué à grossir, mais deux nouveaux rouleaux compresseurs ont fait leur apparition. D’une part, l’ultra fast-fashion s’est implantée en France : Shein, l’enseigne emblématique de ce nouveau phénomène, qui n’existait pas alors, est devenue en 2024 le premier vendeur de vêtements dans le pays. D’autre part, on a vu le développement de l’ultra low cost (Primark, Action, etc.), qui se différencie du low cost traditionnel, comme Kiabi ou Gemo, par des prix encore plus agressifs. Primark, qui a ouvert son premier magasin français en 2013, marche dans les pas de Shein en termes de chiffre d’affaires, avec un taux de croissance phénoménal (15,7 % en seulement un an et 1 milliard de chiffre d’affaires en 2024).
Les enseignes de moyenne gamme ont beaucoup souffert de cette bascule vers l’ultra low cost et l’ultra fast-fashion : depuis 2020, des marques emblématiques comme Camaïeu, Kookaï, San Marina, Jennyfer, Minelli, IKKS ou encore Pimkie ont baissé le rideau ou réduit la voilure. Et les (dernières) usines françaises d’habillement, en dehors de celles fournissant le marché du luxe, font face elles aussi à de grandes difficultés : depuis que nous avons créé Loom, nombreuses sont celles qui ont mis la clé sous la porte.
Quant à l’impact environnemental du secteur, il ne cesse d’augmenter. Avec l’émergence de l’ultra low cost et de l’ultra fast-fashion, le nombre de vêtements mis sur le marché en France a explosé : +24 % entre 2018 et 2025. Les promesses des marques pour des vêtements plus « écoresponsables » n’ont jamais pu contrebalancer une augmentation si rapide des volumes de production. Car oui, produire, c’est polluer ! Pour fabriquer n’importe quel objet, il faut de la matière première, des produits chimiques, de l’énergie, de l’eau, émettre des gaz à effet de serre, etc.
Au cours de nos recherches, nous avons progressivement constaté la chose suivante : les entreprises qui ont le moins de scrupules sont celles qui ont le plus de succès économique.
Un jour de 2020, dans un podcast, nous avons entendu un économiste prononcer ces mots :
Beaucoup de capitaines d’industrie ont très bien compris la gravité du problème [écologique], mais se sentent incapables de faire grand-chose tant que le régulateur n’a pas mis fin à cette espèce de grande mascarade qu’on appelle la concurrence pure et parfaite entre les entreprises. C’est très compliqué aujourd’hui pour une entreprise toute seule de faire des efforts et de basculer vers un modèle de production vert si ses concurrents ne le font pas, parce que ses concurrents auront temporairement un avantage compétitif capable de tuer l’industrie vertueuse. Tant que l’on continue de régir les relations entre entreprises par de la concurrence, d’une certaine manière, il y aura une prime au vice.
Une « prime au vice ». Enfin, des mots étaient mis sur ce que nous vivions chez Loom ! Afin que le plus grand nombre prenne conscience de la problématique qui est la nôtre, nous écrivons sur notre blog un article à ce sujet en 2021, illustré d’un schéma qui nous semble avoir gardé toute sa pertinence :
Nous nous sommes alors sentis moins seuls : de nombreux dirigeants et dirigeantes nous ont raconté comment leurs entreprises, elles aussi, étaient confrontées à la prime au vice au quotidien, à quel point il leur serait plus rentable de faire produire plus loin, avec des matières moins responsables, et en poussant toujours plus à la consommation. Des responsables d’usines nous ont confié combien ils souffraient d’une concurrence déloyale de certains pays aux règles moins exigeantes.
À force de recueillir des témoignages, d’en discuter, de nous informer sur le sujet, nous sommes parvenus à la conclusion suivante : dans l’industrie textile, le développement spontané de pratiques vertueuses – de l’utilisation du coton bio à la relocalisation des usines – est un vœu pieux. Il s’agit donc de trouver le moyen de contraindre tout le monde à faire mieux.
Dès lors, un de nos combats principaux est devenu celui de faire changer les lois.
En juillet 2021, Loom s’est associée à 150 autres marques engagées pour publier une tribune intitulée « Nous, marques textiles, demandons à être plus régulées » dans le journal Le Monde :
Aujourd’hui, plus une entreprise pollue, moins sa production lui coûte cher et plus elle est compétitive. Quand nous relocalisons, nos vêtements deviennent bien plus chers que ceux fabriqués à bas coût à l’autre bout du monde. Quand nous sortons du cycle infernal des soldes et des promotions, les « prix cassés » attirent les clients ailleurs. Quand nous ralentissons le rythme de nos collections, afin de moins pousser à la consommation, d’autres marques renouvellent les leurs toujours plus rapidement, nous prenant ainsi des parts de marché. C’est indéniable : il y a aujourd’hui un avantage économique à produire de manière irresponsable. Une « prime au vice » que nous dénonçons.
Si l’immense majorité des tribunes passent souvent inaperçues (rien qu’un journal comme Le Monde en publie une cinquantaine par semaine), celle-ci a fait du bruit. Elle a été largement partagée et relayée par la presse (Challenges, Marianne, La Croix, Maddyness, L’Usine Nouvelle…), par des think tanks comme The Shift Project et même par un député à l’Assemblée nationale.
Nous avons senti que notre message portait, alors nous sommes allés plus loin. En 2022, avec les signataires de la tribune ainsi que des usines françaises, nous avons lancé un mouvement d’entreprises : En Mode Climat, association à qui nous reversons d’ailleurs les droits d’auteur de ce livre.
Notre but ? Changer les règles du jeu dans le secteur textile. Avec cette organisation de « lobbying vertueux », nous essayons de faire évoluer les lois. En Mode Climat a par exemple contribué à une première mondiale : l’adoption par le Parlement français de la loi « anti fast-fashion », qui comprend un système de bonus-malus selon la durabilité des vêtements et une interdiction de la publicité pour les enseignes incitant à la surconsommation.
Mais cette loi sera loin d’être suffisante pour rendre notre secteur plus vertueux : nous avons besoin de mettre en place des règles très ambitieuses avec, par exemple, un réel encadrement des pratiques commerciales ou des conditions de travail. Or, les lois sont rarement en avance sur leur temps ; souvent, elles ne font qu’entériner des évolutions de mentalités déjà largement engagées dans la société (la dépénalisation de l’homosexualité en 1982 ou le mariage pour tous en 2013 en sont de parfaits exemples).
Pour faire passer ces lois, il faut donc que de plus en plus de personnes – politiques comme citoyens – comprennent qu’il existe une prime au vice et qu’elle doit nécessairement être corrigée. C’est la raison d’être de ce livre.
Ces dernières semaines, vous avez dû recevoir un paquet de newsletters vous parlant de leur « pixel de suivi » avec un bouton pour vous y opposer (c’est parce que la CNIL vient de dire que ces pixels, c’est comme les cookies de navigation : il faut vous informer de leur utilisation et vous demander votre accord).
Mais au fait c'est quoi, un pixel de suivi ? C’est une image vide, transparente et minuscule (elle mesure un pixel de large sur un pixel de haut). À chaque fois que vous ouvrez un e-mail, ce petit mouchard le signale à l’expéditeur (ainsi que l’heure et sur quel appareil vous êtes). D'où le surnom de « pixel espion ».
Le code informatique d'un pixel de suivi
Pourquoi les marques les utilisent ? Pour faire plein de choses :
Si vous n'ouvrez que les emails sur une thématique, on ne vous envoie plus que celle-là (pourquoi pas)
Si vous ouvrez souvent, vous êtes classé « lecteur engagé » et vous recevez encore plus d'emails (hum, plus embêtant)
Si vous n'avez pas ouvert, on vous renvoie le même email quelques jours plus tard avec un autre objet (pas cool)
Si vous n'ouvrez plus rien, la marque exporte votre adresse e-mail vers Insta, Google et Youtube pour retrouver votre profil et vous cibler avec des pubs sur ces plateformes (pas cool du tout).
Or, chez Loom, on ne fait rien de tout ça : pas de relance automatique, pas de segmentation basée sur vos ouvertures (de toute façon on sait pas faire et la flemme d’apprendre), pas d'export de votre adresse vers Instagram pour vous afficher de la pub (parce qu’on ne fait pas de pub). En fait, comme on s’interdit de pousser à la consommation, on n’a pas vraiment besoin de toutes ces fonctionnalités.
Nous avons donc désactivé la mesure individuelle des ouvertures d'email par pixel de suivi. Autrement dit, nous ne savons plus qui ouvre nos emails, ni quand. YEYEYEYE FREEDOM !
Ça veut aussi dire qu’on ne mesurera plus le « taux d'ouverture » de nos newsletters. Pour savoir si ce qu’on écrit est bien, il nous reste d’autres indicateurs comme le taux de désinscription… ou vos réponses (qui sont toujours les bienvenues) : quand une newsletter est nulle, on le sait très vite ;-)
Savez-vous où sont fabriqués la plupart des draps vendus en France ? Pour plus de la moitié d’entre eux, c’est au Pakistan. En fait, à cause de la concurrence des pays à bas coûts, il n’y a presque plus d’usine de linge de lit en France. Quand on a compris ça, on a voulu faire notre part pour aider les dernières usines françaises à résister. Surtout qu’on a réalisé qu’on pourrait vendre ces draps à des prix pas si éloignés de ceux fabriqués à l'autre bout du monde. Pourquoi ça ?
Raison n°1 : les draps sont des produits simples
D’abord, la différence de coûts de fabrication entre les draps made in France et made in Pakistan est bien moins importante que pour les vêtements. Eh oui : s’il faut pas mal de machines pour fabriquer des draps (métiers à tisser, machines de teinture…), il y a beaucoup moins de confection que pour une chemise par exemple. Pas besoin de coudre des dizaines de morceaux de tissus ensemble – on parle surtout d’ourlets et de détails de finition. Bref, dans le linge de maison, le coût élevé de la main-d'œuvre française y est moins pénalisant que dans la fabrication de vêtements (si le sujet vous intéresse, on a écrit tout un article sur le sujet).
Couture d’ourlets chez Vogimex, notre usine de confection des Vosges (non, ce ne sont pas nos draps sur la photo)
Raison n°2 : il y a de la "surqualité" sur le marché
Sur le marché du linge de lit, les marques mettent souvent en avant la percale de coton “120 fils par cm2” comme argument de qualité. La différence avec une percale 80 fils, c’est que les fils sont plus fins. Et plus les fils sont fins, plus le tissu est cher.
C’est vrai que la finesse du fil apporte de la douceur. Mais en faisant nos tests labo, on s’est rendu compte que cela rend aussi les tissus un peu moins résistants aux trous et à la déchirure.
Entendons-nous bien : les draps en percale de coton sont doux et de super qualité, qu’ils soient 80 ou 120 fils (ce sont déjà des fils très fins dans les deux cas). Mais on trouve que la percale 80 fils est un meilleur compromis : elle nous permet de proposer non seulement des draps de qualité plus abordables, plus résistants, mais aussi plus respirants et moins froissables (plus les fils sont fins, plus le tissu froisse et franchement, qui aime repasser ses draps ?).
Percale 80 vs. 120 fils : le match (résultats de nos tests labo)
Raison n°3 : on applique une marge faible
Enfin, si on arrive à proposer des prix abordables pour ces draps, c’est grâce à notre modèle économique : on pratique une marge faible car on ne fait pas collections (qui coûteraient de l’argent en développement et en invendus), pas de publicité (dont on devrait répercuter le coût sur les produits) et pas de promotions (qui nous obligeraient à vendre plus cher le reste de l’année).
Bref, ces draps made in France, on arrive à les vendre à des prix alignés avec le reste du marché haut de gamme : de 80 à 90€ pour la housse de couette, de 35€ à 40€ pour le drap housse, 18€ pour la taie d’oreiller. Surtout qu’ils sont en coton bio (certifié GOTS), alors que la majorité des draps vendus en France sont faits en coton conventionnel (c’est-à-dire shootés aux pesticides).
Promis, on n'a pas fait exprès pour le choix des 3 couleurs
Et on est très fiers de les avoir fait fabriquer dans les Vosges, dans trois usines habituées du linge de lit haut de gamme :
Tissage Mouline Thillot, un tisseur qui a investi dans des machines modernes pour rester concurrentiels quand beaucoup d’usines partaient en Asie.
Crouvezier, notre teinturier, qui a su réagir très vite quand on a connu les (inévitables) aléas de production...
Et puis, Vogimex, qui a confectionné tous nos draps avec soin et a continué à travailler même pendant les tempêtes de neige de janvier dans les Vosges (du jamais vu depuis 10 ans, paraît-il).
Promis, vous allez être dans de beaux draps.
Mise à jour Septembre 2026
Depuis le lancement, on a ajouté des tailles : la housse de couette existe maintenant en 260 × 240 cm (100 €), et le drap housse en 180 × 200 cm (45 €). Et on a ajouté de nouvelles couleurs. Toujours tissés, teints et confectionnés dans les Vosges.
Ici Julia et Guillaume, les fondateurs de Loom. Si on prend la plume aujourd’hui, c’est pour vous parler d’une injustice qui nous pèse. Elle concerne le pull fin, dont la 3e génération vient de sortir. Ce vêtement, on l’a d’abord lancé en 2019, dans une matière 100% laine mérinos. Comme tout pull en laine, il est beau, il est chaud, il ne décolore pas, il ne se détend pas. Mais il a un gros défaut.
Le genre de photos qu’on recevait au SAV.
Plusieurs clients nous remontent qu'à cause de sa finesse, ce pull troue rapidement aux coudes. Alors on arrête sa commercialisation. Et on cherche une solution. On plonge dans un tourbillon de tests laboratoire et de lancements de prototypes pour vérifier ou infirmer toutes nos hypothèses.
Hypothèse 1 : Est-ce que les pulls fins en laine des autres marques trouent aussi vite que le nôtre ? Oui, même le Uniqlo à 39,90 €.
Roger ne doit pas souvent appuyer ses coudes sur un bureau.
Hypothèse 2 : Est-ce que ça marche d'ajouter un peu de matière synthétique ? Non.
E-mail envoyé à l’usine qui tricote nos pulls pour leur demander d’ajouter du polyamide au pull. Spoiler : il a vrillé.
Hypothèse 3 : Est-ce qu’on peut tricoter en ajoutant seulement du synthétique seulement aux coudes ? Oui, mais le pull devient hors de prix…
Au bout de quelques mois, on se rend à l’évidence : on doit lancer ce pull fin… en 100% coton. Parce que côté abrasion, y a pas photo : le coton est bien plus résistant que la laine.
Quand on le teste en labo, notre prototype de pull fin en coton résiste à 80 000 cycles contre 14 000 pour son équivalent laine.
En 2020, on sort donc la 2e génération de notre pull fin, dans un coton bio égyptien aux couleurs profondes. Cette fois on n’a plus aucun problème de trous aux coudes… mais on a perdu les bénéfices de la laine : anti-odeur, chaleur et résistance à la déformation. Entendons-nous bien : ce pull est vraiment pas mal (d’ailleurs nos clients lui donnent la note moyenne de 4,8/5), mais nous, on a du mal à en être satisfaits. Alors, là aussi, on décide d’arrêter de le vendre. On se dit qu’on n’arrivera jamais à faire un pull fin chaud et résistant, et on abandonne le projet. Jusqu’à un jour de février 2024, quand une usine nous parle d’un fil en mélange 53% laine 47% coton. Et là, ILLUMINATION : est-ce que ce ne serait pas la solution pour avoir un pull fin chaud, beau, résistant à la déformation ET à l’abrasion ? Ni une, ni deux, on développe un prototype qu’on teste en labo. Résultats :
Ce pull fin est 3 fois plus résistant aux coudes qu’un 100% laine (qui pour rappel tenait seulement 14 000 cycles).
Ce pull fin est 2 fois plus résistant à la déformation qu’un 100% coton.
Champagne ! On se serre dans les bras, on pleure, on lance une queuleuleu : enfin, on a trouvé le procédé révolutionnaire pour faire un pull fin qui tient. On peut enfin lancer notre pull fin 3e génération. Sauf que, quand on en parle de cette INCROYABLE innovation au reste de l’équipe, on reçoit au mieux des silences gênés, mais le plus souvent, des moqueries à peine dissimulées : “wahou vous avez fait un pull en mélange laine-coton…”
Heureusement, la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe. On ne les invitera pas à la cérémonie quand on recevra le premier prix du concours Lépine.
Julia & Guillaume
Le pull fin 3e génération, il est pas beau en plus ?
En juin 2021, on sortait notre premier short (ou bermuda, c’est un peu pareil). Tissu robuste made in France, double couture à l’entrejambe, ceinture renforcée, bouton type “jean” qui ne se découd pas, prélavage pour éviter le rétrécissement, teinture sur rouleau pour une meilleure tenue des couleurs, tests de solidité des couleurs au lavage... Bref, on a appliqué un peu la même recette que pour nos pantalons, et on pensait avoir réuni tous les ingrédients pour faire un short qui durerait des années.
Mais à peine un mois après l’avoir lancé, on reçoit une première plainte :
Une seule plainte, c’est pas très grave : c’est peut-être un cas isolé. Sauf que…
Le genre de photo qui fait faire des cauchemars à n’importe quel responsable qualité.
Non seulement le short décolore beaucoup, mais en plus il a tendance à virer de couleur ! Par exemple, la couleur gris anthracite vire vers les tons rouges… Au bout du 6ème cas, on commence à paniquer et on déclenche la procédure d’urgence : on retire les shorts de la vente et on lance des tests laboratoire pour identifier la source du problème.
Notre hypothèse, c’est que cette décoloration est le résultat de l’effet combiné des UVs et de la transpiration – un peu comme si nos shorts prenaient un gros coup de soleil. Donc on demande un test où nos tissus sont exposés pendant 32 heures aux UV dans des bains de transpiration (pas de la vraie, hein). Et les résultats font mal :
Aïe. Ouille. Ouch.
Traduction : notre short a bien un gros problème de décoloration au mélange UV-transpiration, surtout pour les transpirations dites “alcalines” (c’est-à-dire au pH basique).
En fait, notre short est victime de ce qu’on appelle le “syndrome du golfeur” chez les teinturiers : le col du polo des golfeurs (qui passent des dizaines d’heures sous le soleil avec de la transpiration au niveau du cou) a tendance à virer de couleur sous l’effet combiné des UV et de la transpiration.
Pour nous, c’est la cata : on a vendu des centaines de shorts qui risquent de décolorer méchamment.
Alors on décide d’organiser un grand rappel produit, un peu comme les fabricants de voiture qui réalisent qu’il y a un problème de freins ou d’airbags.
Si vous aussi vous voulez teindre un short ou autre chose, voilà l’article en question.
Et les réponses ne se font pas attendre :
On se rend compte de l’ampleur de la catastrophe... et aussi à quel point nos clients sont indulgents.
Pendant les mois qui suivent, on travaille avec notre usine pour créer une recette de teinture de short qui tienne mieux. Ils l’améliorent un peu, mais pas assez. En fait, on rencontre un mur : même après plein d’essais, on n’arrive pas à faire une teinture qui échappe complètement à la décoloration aux UVs. Il faut qu’on revoie notre logiciel.
Il ne faut pas changer de teinture, il faut changer de machine de teinture
À ce stade, il y a un truc qu’on a du mal à comprendre : des vêtements exposés au soleil et à la transpiration, on en a déjà fabriqué pas mal… mais sans jamais rencontrer de tels problèmes de décoloration. À commencer par nos t-shirts. Pourquoi donc ?
Notre hypothèse, c’est que la décoloration vient en fait des machines utilisées pour teindre les shorts, qui ne sont pas les mêmes que pour teindre les t-shirts.
Eh oui : notre t-shirt lui est tricoté (pour lui donner de l’élasticité) alors que notre short est fabriqué avec une matière tissée (pour lui donner au contraire de la rigidité).
Source image : threadden.com
Comme les matières tissées sont assez rigides, elles peuvent être teintes avec des machines dites “continues” : elles sont entraînées via un système de rouleaux dans un bain de teinture avant d’être essorées puis séchées. C’est un processus assez rapide et économique, qui a l’avantage de consommer relativement peu d’eau et d’énergie.
Une machine de teinture à processus continu, comme celle utilisée pour teindre le tissu de nos shorts (vidéo ici).
En revanche, on ne peut pas utiliser ces machines pour les matières tricotées, qui sont plus extensibles et risqueraient d’être déformées à cause de la tension entre les rouleaux. À la place, on les fait tourner plusieurs heures dans un autoclave : une sorte de grosse machine à laver, sous pression, à une température supérieure à 100°C.
Exemple d’autoclave, à ne pas confondre avec le petit sous-marin du capitaine Nemo.
Comme les couleurs de nos t-shirts résistent très bien aux UVs et à la transpiration, on se demande si le secret de leur tenue ne vient pas justement de ce bain chaud de plusieurs heures à haute température et haute pression. Peut-être que c’est ça qui fixe mieux les couleurs qu’un rapide passage dans un bain de teinture entre deux rouleaux ?
Justement, il existe bien un processus pour teindre aussi les vêtements en matières tissées dans des bains.
Dans les usines, on appelle ça le “garment dyed” (en bon français : le “teint pièce” ou “teint en vêtement”). Au lieu de teindre les rouleaux de tissu puis de confectionner le vêtement, on fait exactement l’inverse : on confectionne le vêtement puis on le met dans un bain de teinture. Avec quasiment les mêmes machines que pour teindre les matières tricotées de nos t-shirts.
En gros, le “garment dyed” consiste à mettre des vêtements déjà confectionnés dans une machine à laver (comme celle-là) avec de la teinture (lien vidéo).
Et ça, ça nous intéresse beaucoup. On décide donc de lancer un prototype de short en “garment dyed”.
Quand on le reçoit, on se rend compte qu’il a un aspect plus irrégulier, plus patiné que notre short précédent. Normal : comme ce nouveau short est teint déjà confectionné, la teinture épouse les irrégularités des coutures, les bosses formées par les boutons, les plis de la matière.
Si on regarde bien, on distingue des variations de couleur au niveau des "points durs" (passants, bord des poches...)
Et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle pour le vieillissement : comme l’aspect du tissu n’est pas parfaitement uniforme, l’usure par les lavages en machine ou les UVs se verra beaucoup moins.
Bon, ça c’est bien joli, mais est-ce que les couleurs du short “garment dyed” résistent mieux aux UVs et à la transpiration ?
Ce que ça donne en conditions réelles
Avant de lancer nos nouveaux shorts auprès du grand public, et après avoir essayé plusieurs recettes de teinture différentes, on lance un test de résistance des couleurs en labo, qui s’avère – heureusement – très concluant.
Vous n’y comprenez peut-être rien mais ce sont vraiment de très bons résultats de résistance aux UV et à la transpiration - on a mis tellement de temps à obtenir des couleurs qui tiennent la route qu’on n’est pas près de changer celles de nos shorts.
On lance donc la production de nos shorts en “garment dyed”, puis 6 mois plus tard, on commence à les vendre… avec un peu d’appréhension : est-ce que ces shorts ne vont pas finir par décolorer eux aussi ?
Et voilà la bête !
Pour le savoir, on doit attendre au moins un mois, quand nos clients reçoivent un e-mail où on leur demande leur avis sur nos produits (le temps qu’ils les aient déjà un peu portés et fait des premiers lavages). Et là, premier soulagement : rien à signaler ! Nos clients adorent notre short.
Avis de nos clients sur le short, un mois après leur achat.
Mais le vrai verdict, on l’a eu en mai 2025, quand on a reçu les premiers retours de nos clients un an après leur achat (date à laquelle on leur envoie un e-mail pour savoir comment leurs vêtements vieillissent). Et là, alléluia : nos clients sont toujours super contents du short. Sur 65 avis, ils donnent la note moyenne de 4,7/5 !
En tout cas, Stéphane sait faire des compliments
Certes, la couleur des shorts évolue un peu...
Les photos que nous envoient nos clients, un an après leur achat.
... mais cette fois, elle patine joliment, pas trop fort et sans virer de couleur.
Sélection de verbatims clients illustrant le point précédent. Cordialement.
Pratique mais pas magique
À ce stade, vous vous posez peut-être la question : pourquoi ne fait-on pas du garment dyed pour tous nos vêtements Loom ?
Parce que cette manière de teindre a aussi ses inconvénients. D’abord, comme on l’a vu plus haut, ça peut donner un aspect légèrement irrégulier : ce n’est pas du tout gênant pour un short – au contraire – mais ça peut l’être pour un vêtement plus habillé, comme un chino ou une chemise formelle. D’autre part, c’est plus compliqué à gérer côté usine : ça coûte un peu plus cher (ça consomme plus d’eau et d’énergie), il y a plus de perte, c’est difficile d’obtenir exactement la bonne couleur, et enfin, la chaleur prolongée peut parfois fragiliser les vêtements.
Bref, le garment dyed ce n’est pas une solution magique. En fait, plus on avance dans notre compréhension du textile, plus on se rend compte de sa complexité : pour faire des vêtements durables, il faut trouver pour chaque pièce le bon processus industriel.
Et vêtement après vêtement, on commence aussi à comprendre qu’on ne peut pas tout avoir. Pour fabriquer un short qui ne décolore pas du tout, on pourrait opter pour un tissu avec du polyester (la couleur est plus facile à fixer sur du synthétique), comme le font de plus en plus de marques, mais il serait moins confortable et moins joli. Ou bien aller le faire fabriquer en Asie : là-bas, ils utilisent certains produits de teinture particulièrement agressifs (et dangereux) interdits chez nous. Au final, chaque vêtement qu’on développe est le fruit d’un compromis entre plein de dimensions : le prix, l’impact environnemental, l’esthétique, l’éthique, le confort, etc. Pour notre short, le compromis qu’on a choisi, c’est de fabriquer un short en coton bio (une matière naturelle), près de chez nous (au Portugal), qui se patinera joliment avec le temps.
Bref, on espère que ce short vous plaira, qu’il vous accompagnera de nombreux étés… et qu’il vieillira aussi bien que vous.
Mise à jour Septembre 2026
Depuis cet article, on a lancé un deuxième short, le short relax (mai 2026), avec une taille élastique. Pour le développer, on s’est servi de tout ce qu’on a appris ici sur la tenue des couleurs.
Plutôt que de le jeter (ou de le revendre), vous décidez de le donner à une association acceptant les dons ou de le déposer dans une borne dédiée (bravo, car seuls 30% des gens font comme vous).
La borne de collecte : 1e étape du voyage.
Après avoir été collecté, votre t-shirt va atterrir dans un grand centre de tri, où des personnes expertes décident de son sort au toucher et à l'œil, en fonction de son état, de sa composition et de son prix de revente potentiel.
Le tapis roulant du centre de tri : en quelques instants, on décide de la future vie de votre t-shirt (photo : Le Dauphiné Libéré).
À partir de là, plusieurs scénarios possibles :
Option 1 : La crème (5 %)
Votre t-shirt est en super état, et peut être revendu un bon prix dans une boutique de seconde main : on dit alors qu’il fait partie de la “crème” (retenez bien ce mot, on va en reparler), c’est-à-dire des 5% de vêtements collectés ayant le plus de valeur.
Option 2 : Le bas du panier (45 %)
Votre t-shirt est en mauvais état. Il va être soit “décyclé” (c’est-à-dire transformé en chiffons ou en isolants), soit incinéré pour produire de l’énergie.
Si votre t-shirt ne vaut pas grand-chose, il y a des chances qu’il finisse sa vie en faisant le mur.
Option 3 : le ventre mou (50 %)
Votre t-shirt est un t-shirt normal : il est en suffisamment bon état pour connaître une seconde vie, mais ce n’est pas non plus le haut du panier. Alors il va être compressé dans une grosse balle de vêtements avant d’être revendu à un importateur étranger.
Un entrepôt avec des balles de fripes : une sorte de hall d’embarquement pour vêtements (photo : Amiratex).
Mais alors, les vêtements que nous donnons ne vont pas aux personnes dans le besoin ?
En fait, ça dépend à qui vous les donnez :
Acteurs du réemploi solidaire (exemple : Le Relais, qui possède quasi la moitié des 47 000 points de collecte français). Dans ce cas, votre don va servir un projet social : trier et revendre les vêtements permet de créer des emplois pour des personnes en insertion, et les recettes générées financent leurs actions de solidarité.
Association d’aides aux défavorisés (exemple : le Secours Populaire, Croix Rouge ou Emmaüs) : une petite partie de vos dons peut alimenter des boutiques solidaires, où les personnes les plus défavorisées peuvent recevoir des vêtements gratuits (à travers des “vestiaires solidaires”).
Autre : là, non, vos vieux vêtements ne serviront pas aux pauvres, ils alimentent une entreprise classique1.
Donc non : la plupart des vêtements ne seront pas “donnés aux pauvres”, tout simplement parce que les besoins sont largement couverts avec les dons existants. En revanche, si vous donnez des vêtements de valeur à des associations, vous participez à un système de solidarité : plus la “crème” collectée par ces associations est "riche", plus elles sont rentables et plus elles peuvent aider des personnes dans le besoin.
Voilà comment ça marche théoriquement. Sauf que…
Aujourd’hui, la filière de la seconde main en France est aux abois. Certains opérateurs de collecte, de tri et de recyclage perdent de l’argent et commencent à fermer les uns après les autres.
Qu’est-ce qui s’est passé ?
D’abord, avec le développement des plateformes comme Vinted, les particuliers ont tendance à revendre ce qui a une valeur financière et à donner ce qui en a moins : la “crème” qui reste aux associations s’appauvrit, ce qui fragilise leur équilibre économique.
Une campagne d’Emmaüs qui avait publié de fausses annonces sur Vinted pour rappeler l’importance du don solidaire (photo : Label Emmaüs).
Mais c’est surtout l’essor de la fast-fashion et du low cost qui porte un coup au modèle économique de la fripe : la valeur de la “crème” s’est réduite structurellement au fur et à mesure que les Shein, Primark, Leclerc et consorts ont gagné des parts de marché. D’abord parce que la qualité des vêtements diminue, mais surtout parce que les prix neufs pratiqués par ces enseignes sont si bas qu’il est difficile pour les associations d’en tirer de l’argent à la revente. Or c’est sur la revente de cette “crème” que tient tout le modèle économique des acteurs de la collecte et du tri. Moins les vêtements sont chers, et moins le secteur de la fripe est viable. Pas étonnant dans ce contexte que des associations comme Emmaüs demandent une régulation du modèle de la fast fashion et du low cost.
Il y a une troisième explication, plus contextuelle, à la crise de la seconde main : les débouchés à l’export sont bouchés. Les pays africains qui nous achetaient traditionnellement notre seconde main se tournent maintenant vers la seconde main chinoise, et la France ne sait plus trop quoi faire de ces millions de vêtements qui lui restent sur les bras.
Mais la crise de la fripe en France n’est que la partie émergée de l’iceberg : le secteur de la seconde main connaît une crise mondiale, aussi bien économique qu’écologique.
Souvenez-vous de votre t-shirt déposé dans une borne : dans un cas sur deux, il est vendu à un importateur étranger. Mais “l’étranger” où on envoie votre t-shirt, c’est où ?
B) Les difficultés de la fripe en Afrique
Dans plus d’un cas sur deux2, les vêtements de seconde main finissent en Afrique car c’est (pour le moment) moins cher d’y acheter de la seconde main occidentale que des vêtements neufs.
Et dans quel pays en Afrique ? Pour votre t-shirt, c’est difficile de le savoir avec précision : après avoir été triés et re-triés dans différents pays, on perd un peu la trace des vêtements français. Mais si on prend l’ensemble des vêtements collectés dans le monde, voici les principaux pays africains3 où ils risquent d’atterrir :
Ici on parle bien de flux mondiaux. Pour la France, les principaux pays d’exports sont Madagascar, le Bénin, le Togo, Haïti… bref, les anciennes colonies.
Une fois le vêtement arrivé en Afrique, que va-t-il devenir ? Pour le savoir, regardons ce qui se passe au Ghana, le pays d’Afrique où la fin de vie des vêtements est la mieux étudiée, grâce à The Or Foundation, une ONG très impliquée sur place.
Ce vêtement va être débarqué sur le port d’Accra, la capitale, bien calé au milieu d’une balle de fripes, elle-même tassée à l’intérieur d’un conteneur qui contient jusqu’à 400 de ces balles.
L’importateur de vêtements n’est pas une organisation caritative, mais une entreprise à but lucratif : il va vendre cette balle « à l’aveugle » à un marchand local appelé « détaillant » pour environ 180€. Ce détaillant (ou "cette détaillante" car ce sont souvent des femmes) va ensuite essayer de revendre ces vêtements à l’unité sur l’un des stands du gigantesque marché de seconde main de Kantamanto.
Voilà à quoi ressemble une balle quand elle est achetée par un vendeur. Aucun moyen de savoir si elle contient des vêtements de valeur ou pas… un peu comme les paquets de cartes Magic.
Le marché de Kantamanto à Accra, où 30 000 personnes travaillent à la revente, à la réparation et à l’upcycling de vêtements de seconde main (photo : Green Views).
Dans 60% des cas, ce vêtement sera mis en vente, parfois après un petit lavage ou un coup de fer à repasser. Mais sinon, il risque d’être tout simplement… jeté.
Pourquoi un tel gaspillage ?
Si un vêtement est exporté vers l’Afrique, c’est qu’il est plutôt en bon état : on estime que 95% des vêtements contenus dans ces balles sont “portables”.
Oui mais… il y a mille raisons pour qu’un vêtement “portable” ne soit pas “vendable” : peut-être qu’il a un peu vrillé au niveau des coutures, peut-être qu’il y en a déjà beaucoup de ce style en vente sur le marché, peut-être qu’il est trop chaud pour le climat, peut-être qu’il a une coupe, une couleur, un style que personne n’aime ici ou peut-être qu’il faut le repasser et le laver mais que l’investissement n’en vaut pas la chandelle.
S’il y avait peu de vêtements disponibles au Ghana, il y aurait sûrement moins de vêtements jetés. Mais avec le déferlement des fripes issues de la fast fashion, il y a déjà tellement de pièces qui arrivent chaque jour qu’il est de plus en plus probable qu’un vêtement reste invendu… ce qui met les détaillants dans une situation économique critique.
Et s’il est jeté, que va devenir ce vêtement ?
Au Ghana, il y a bien des décharges officielles, mais celles-ci ont été rapidement submergées par la quantité des vêtements reçus. Et faute de place, l’excédent de vêtements est brûlé ou laissé dans des décharges à ciel ouvert.
À Accra, la taille de la décharge de Old Fadama a été multipliée par 2 en 5 ans (photo : Pouvoirs d’Afrique).
Un vêtement délaissé peut aussi être emporté par la pluie dans un caniveau, se retrouver sur la plage et commencer à se décomposer, avec des conséquences dramatiques : rejets de micro-plastiques, impact sur la vie sous-marine, santé des habitants, économie de la ville…
Les vêtements sur les plages du Ghana, tels qu’on a pu les voir dans plusieurs reportages TV récents (photo : Hugo Clément).
Si on doit résumer la situation :
les vêtements neufs à bas prix inondent les pays occidentaux
leur valeur est trop faible pour la seconde main locale, ils sont donc revendus à l’étranger
ils sont si nombreux que ces vêtements restent en grande partie invendus en Afrique
faute d’infrastructures, ils finissent par s’accumuler dans la nature
Petite précision : il est peu probable que le t-shirt déposé dans une borne en France se retrouve sur une plage du Ghana – ce pays reçoit essentiellement les fripes du monde anglo-saxon. Il y a aussi des problèmes de pollution textile dans les pays où la France exporte ses fripes (exemple avec la lagune de Cotonou) mais sans doute dans de moindres proportions qu’au Ghana. Mais rien ne protège ces pays d’être submergés un jour par la même pollution textile et la même crise économique.
Alors comment changer ce système ?
II. Les fausses bonnes idées pour sauver la fripe
Avant d’explorer les pistes pour remettre ce système à l’endroit, regardons d’abord les fausses bonnes idées : elles ne permettent pas de résoudre la situation, voire risquent de l’aggraver… mais ce sont souvent celles qu’on voit revenir dans le débat public.
A) Mauvaise idée numéro 1 : Arrêter l’export de fripe du jour au lendemain
C’est souvent la première idée évoquée quand on voit ces montagnes de déchets textiles : il suffirait que les pays occidentaux arrêtent d’exporter leurs fripes, voire que les pays africains interdisent l’entrée de ces produits sur leur territoire. En réalité, c’est une très mauvaise idée.
D’abord, arrêter du jour au lendemain les exportations reviendrait à abattre tout un pan de l’économie, donc à mettre des dizaines de milliers de personnes sur la paille en Afrique.
Mais surtout, cela générerait un autre problème : “Nous sommes sûrs à 100% que si les exports de fripe s’arrêtaient demain, ils seraient entièrement remplacés par de la fast fashion neuve, ce qui serait encore pire” affirment les responsables de l’ONG The Or Foundation. Sur le marché de Kantamanto, historiquement réservé à la fripe, les stands de vêtements neufs de fast fashion se font de plus en plus nombreux. Une des seules choses qui empêche aujourd’hui un déferlement massif de vêtements neufs low-cost en Afrique, c’est la prédominance de la fripe, qui reste moins chère.
Cela étant dit, à moyen terme, il faut en effet qu’on puisse exporter moins de vêtements à l’étranger et mieux gérer leur seconde vie sur le territoire national.
B) Mauvaise idée numéro 2 : Mieux trier avant d’exporter
La pollution des plages africaines par la fripe est souvent réduite à une question de “mauvais tri” en France. Comme on l’a vu plus haut, le problème n’est pas que les vêtements exportés ne sont pas assez triés : les raisons de mise au rebut dans les marchés africains sont si nombreuses et complexes qu’il est impossible de “mieux trier avant d’exporter”. Le vrai problème, c’est qu’il n’y a plus assez de valeur dans les vêtements collectés pour faire tenir le modèle économique de tous les acteurs de la chaîne.
Blâmer les personnes qui trient les vêtements des conséquences de l’essor de la fast fashion, c’est injuste… mais cela permet de détourner l’attention de l’origine véritable du problème. Quand la baignoire déborde, accuser ceux qui tentent d’éponger, c’est une manière de ne pas voir que le robinet est grand ouvert.
C) Mauvaise idée numéro 3 : Tout recycler
Cela peut sembler évident de prime abord : plutôt qu’exporter, pourquoi ne pas recycler en France et transformer nos vieux vêtements en nouveaux vêtements ?
Hélas, le modèle économique du recyclage est très compliqué : les fibres recyclées à partir d’anciens vêtements sont en général plus coûteuses et de moins bonne qualité que les équivalentes en matière vierge – et l’industrie du recyclage reste fragile. En témoignent les récentes difficultés de Renewcell (pourtant soutenu par H&M), Carbios ou Soex. Résultat : aujourd’hui dans le monde, moins de 1% des anciens vêtements sont transformés en nouveaux.
On peut certes se rabattre sur le “dé-cyclage”, par exemple transformer des vieux vêtements en chiffons ou en isolants. Mais même dans ce cas, il n’est pas si simple pour les usines locales de décyclage de trouver des débouchés commerciaux : leurs chiffons et isolants peuvent vite avoir un coût plus élevé que leurs équivalents vierges fabriqués au bout du monde. Pour que leur modèle économique tienne et encourager leur développement, il faut donc mobiliser investissements et subventions.
C’est mieux que rien et il est vital de soutenir de telles usines. Mais si on veut réduire l’impact environnemental du textile, ce décyclage ne doit être une option que pour les vêtements trop abîmés pour être portés. On devrait tout faire pour que les vêtements encore portables soient reportés plutôt que transformés en chiffons. Et pour ce faire, il n’y a qu’une seule solution : freiner la fast fashion pour qu’elle arrête de faire concurrence à la fripe.
Pour reprendre la métaphore de la baignoire, tout miser sur le recyclage, c’est comme si on investissait notre argent seulement dans des stations d’épuration pour traiter l’eau qui déborde… au lieu de fermer le robinet ou au moins d’en réduire le débit. Ne serait-il pas plus logique de transformer en chiffons seulement les vêtements qui ont été longuement portés, au point d’être usés jusqu’à la corde ?
La route est encore longue pour arriver jusque-là, mais le changement est loin d’être impossible.
III. Mode d’emploi pour une économie textile vraiment circulaire
A) Faire en sorte que l’argent suive les vêtements
Tant qu’on continuera à envoyer autant de vêtements en Afrique, on ne pourra éviter qu’une grande partie d’entre eux deviennent des déchets. Il faudrait donc développer localement des infrastructures pour les traiter : usine de recyclage, décharge, égouts fonctionnels, système d’épuration des eaux usées, incinérateurs. Mais il y a un problème d’argent : d’un côté, les populations locales sont dépendantes de cette économie, mais de l’autre, les États ne sont pas assez riches pour traiter les déchets.
Même chose pour les déchets électroniques des pays occidentaux qui se retrouvent au Ghana, mais aussi en Inde, au Pakistan, au Vietnam… (photo : documentaire “Prêt à jeter” d’Arte)
Le manque d’argent crée aussi des problèmes critiques de sécurité. En janvier 2025, le marché de Kantamanto a entièrement brûlé, faute d’un système de prévention et de gestion des incendies efficace. Autre danger : l’essentiel des marchandises est transporté par les kayayei - des femmes “porteuses de tête” - qui se faufilent dans les allées étroites et encombrées du marché, avec sur leur crâne des charges jusqu’à 55kg. Ce travail dur et dangereux pourrait être remplacé par du transport par chariot… s’il y avait suffisamment d’argent pour élargir les allées.
Il y a aussi des drames qui arrivent, lorsque la balle tombe sur le bébé que les kayayei portent dans le dos (photo : The OR Foundation).
Bref, ces pays ont besoin d’argent pour traiter nos fripes. Et ça tombe bien, car il existe déjà un dispositif qui permet (théoriquement) de financer la fin de vie des vêtements : la REP, ou Responsabilité Élargie du Producteur.
La REP est un système qui rend responsables les entreprises de la fin de vie des objets qu’elles commercialisent : en gros, c’est l’application du principe du pollueur-payeur. Si une marque met un vêtement en vente sur le marché français, elle doit verser quelques centimes à un “éco-organisme” : ReFashion. Avec l’argent récolté, cet organisme apporte un soutien financier aux opérateurs de tri, finance un bonus réparation pour les vêtements qu’on apporte chez les retoucheurs, lance des campagnes de communication pour sensibiliser les consommateurs, etc.
Problème : les pays étrangers qui reçoivent nos vieux vêtements ne voient pas la couleur de cet argent, car les financements sont exclusivement dépensés sur le territoire national.
Pourtant, si on parle de Responsabilité “Élargie” du Producteur, ne serait-il pas normal que ceux qui traitent la majorité de nos déchets textiles puissent bénéficier de moyens pour construire les infrastructures nécessaires et éviter que les vêtements ne terminent dans leurs rivières ou sur leurs plages ?
En fait, il faudrait s’assurer que l’argent de la REP suive les vêtements quand ces derniers quittent le territoire français. Cette “REP mondiale”, ou Global EPR, est une demande récurrente des ONG et pays qui dépendent de la fripe.
B) Freiner la fast fashion… et lui demander de payer
Être plus juste vis-à-vis des pays étrangers, c’est important. Mais ce qu’on voudrait surtout, c’est avoir à terme une économie de la seconde main qui fonctionne en France, sans envoyer autant de vêtements à l’autre bout du monde.
Pour comprendre comment y parvenir, il faut revenir un peu en arrière. Pourquoi a-t-il fallu créer une filière REP textile, c’est-à-dire demander aux marques de payer pour gérer la fin de vie de leurs vêtements ?
Historiquement, la seconde vie des vêtements n’avait pas besoin d’être subventionnée : quand les vêtements étaient encore peu nombreux et avaient une plus grande valeur, les gens les réparaient et les usaient jusqu’à la corde ou se les transmettaient à l’intérieur de leurs familles. Et quand les plus riches se séparaient de leurs vêtements, ces derniers trouvaient facilement acquéreurs. Au Moyen-Âge, c’était le job des fripiers : cette profession s’occupait non seulement de revendre les vêtements mais aussi de les réparer, de les nettoyer, de les remettre en état. Ce business fonctionnait à merveille : au XIXe siècle, le marché du carreau Temple à Paris comptait plus de 1500 fripiers.
C’est à partir des années 80-90, avec l’émergence des marques de low cost et de fast fashion, que le modèle économique de la seconde main en France est devenu impossible. On a donc dû créer en 2008 cette fameuse “filière REP” : l’État a demandé aux marques de soutenir financièrement l’économie de la fripe.
Sur le papier, c’est un super système.
Mais là où ça coince, c’est que toutes les marques payent le même montant d’éco-contribution, quel que soit leur modèle économique : environ 5 centimes par vêtement, une somme qui va augmenter dans les années qui viennent pour faire face aux nouveaux besoins. C’est injuste : les marques de fast fashion et de low cost sont celles qui détruisent la rentabilité des acteurs de seconde main, ce sont elles qui devraient en supporter le coût en payant des éco-contributions plus élevées. Cela permettrait de respecter le principe du pollueur-payeur sur lequel la filière a été construite, et d’inciter ces marques à revoir leurs pratiques industrielles et commerciales.
Comment y parvenir ?
D’abord, il faudrait revoir la gouvernance de la filière REP. Comme on l’a vu plus haut, sa gestion est confiée à un éco-organisme : Refashion. Son cahier des charges est établi par les pouvoirs publics, mais dans les faits, il est financé, piloté et contrôlé… par les entreprises qui mettent le plus de vêtements sur le marché. Dans ces conditions, il y a peu de chances que Refashion demande une plus grosse éco-contribution aux marques du low cost et de la fast fashion. Pour que cet éco-organisme agisse en priorité pour l’intérêt général, il faudrait renforcer son indépendance, par exemple en créant une instance de régulation indépendante, comme le préconise ce récent rapport de l’Inspection Générale des Finances.
Mais surtout, il faudrait un vrai courage politique pour augmenter significativement les éco-contributions que paye la fast fashion… Et heureusement, cela commence à être le cas. Notamment avec la loi dite “anti fast fashion”, qui a été votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en mars 2024, avec un système de primes-pénalités dans la filière REP pouvant aller jusqu’à 10€ par vêtement.
Pourtant, la fin de vie de nos vêtements pourrait être bien plus vertueuse, s’il n’y avait plus (ou beaucoup moins) de fast fashion et de low cost. Si nos vêtements avaient à nouveau de la valeur, on ré-apprendrait à les entretenir et à les (faire) réparer : on re-teindrait les shorts décolorés, on remaillerait les coutures cassées de nos pulls, on ferait de jolies broderies pour cacher les trous de nos sweats…
Une fois usés jusqu’à la corde, nos vêtements seraient transformés en chiffons, en isolants ou en rembourrages pour des coussins. Et si on décidait de s’en séparer quand ils sont encore en bon état, ils pourraient être facilement revendus dans des boutiques de seconde main locales car ils auraient assez de valeur pour faire vivre tous les acteurs de la filière : collecteurs, réparateurs et commerçants.
Bref, ce serait une économie qui réduit les déchets, qui crée de l’emploi sur les territoires, de la richesse pour tous les maillons de la chaîne, des savoir-faire et de la souveraineté… c’est quand même une vision de l’avenir plutôt réjouissante, non ?
P.S : On a besoin de vous
La France est en train de travailler sur une méthode d’affichage environnemental textile, qui a un grand mérite : pénaliser les incitations à la consommation de la fast fashion et encourager des pratiques commerciales plus vertueuses. Or, il y a un risque que l’Europe retoque le texte pour imposer une méthode moins favorable. Aidez-nous à soutenir la méthode française en signant cette pétition en ligne !
Notes
1 Dans certains cas, les vêtements collectés sont exportés à l’étranger sans être triés : on parle d’export d’original. Les premiers pays où exporte la France sont dans l’ordre : Tunisie / Belgique / Émirats / Pakistan (source). Là-bas, la fripe est triée, classée : la "crème" est réimportée en France (ou dans d’autres pays occidentaux) pour être vendue dans les boutiques de seconde main type Kiloshop. Alors pourquoi cet aller-retour ? C’est (comme souvent) une question d’argent : au Pakistan, la main-d’œuvre est beaucoup moins chère. En définitive, l’export d’original délocalise l’étape de tri dans des pays à bas coût.Et les entreprises de ce type, il y en a quand même un paquet : elles sont responsables de près de la moitié des exportations de vêtements français (Source : rapport Refashion 2022 : "Près de la moitié de ces flux ne sont pas tracés par Refashion car exportés par des acteurs non conventionnés"). Pour aller plus loin, regardez le documentaire Very Bad Fripes.
2 Pour plus de précisions : la fripe est parfois d’abord triée dans des centres d’autres pays, comme en Belgique ou au Pakistan, qui vont ensuite l’envoyer en Afrique. Mais au final, c’est plus de 50% des exports français qui termineront en Afrique. Source : Retraitement des chiffres des douanes.
3 Analyse issue des statistiques du commerce mondial (source).
Fabriquer une serviette de bain, ça nous trottait dans la tête depuis un bout de temps, parce qu’on n’en trouvait pas beaucoup qui correspondent à notre quadruple exigence :
Il y a un peu plus d’un an, on a décidé de se lancer. Pour savoir à quoi notre serviette allait ressembler, on a créé un sondage avec une question centrale : “C'est quoi le problème avec vos serviettes en général ? Pourquoi vous finissez par ne plus les utiliser ou les jeter ?”
En épluchant vos centaines de réponses, on a compris que la serviette de vos rêves était…
douce : 50% d’entre vous se plaignent des serviettes trop rêches
solide : 20% d’entre vous ont évoqué des trous ou un tissu trop élimé
absorbante : 20% d’entre vous nous ont parlé des serviettes qui ne sèchent pas assez
Tout ça, ça veut dire que vous vouliez en fait surtout une chose…
Une serviette bien épaisse
Eh oui, c'est l'épaisseur qui permet à la fois de :
donner le côté moelleux et enveloppant
ralentir l’apparition des trous ou l’élimage du tissu
mieux absorber l’eau
On a donc choisi de fabriquer une serviette avec un poids élevé de 700 g/m2, qui ressemble exactement à ça :
Dans le secteur, on considère en général qu’une serviette d’entrée de gamme a un poids de 200 à 400 g/m2, le moyenne gamme va de 400 à 600 et le haut de gamme commence à partir de 600. Si on en croit les fournisseurs de linge pour l’hôtellerie, 700 m g/m2, c’est même de la qualité “hôtel de luxe” :
Sans doute notre seul point commun avec le Ritz.
Bon mais la densité ne fait pas tout non plus, il y a d’autres choses qui comptent pour faire une serviette de qualité :
Pour qu’elle soit douce, on a choisi du coton peigné, c’est-à-dire un coton dont on n’a gardé que les fibres longues, bien alignées entre elles (comme des cheveux bien peignés en somme)
Pour l'absorption, on a opté pour des bouclettes assez grandes, de 4,7mm de haut. Eh oui : avec les bouclettes, on augmente la surface de contact entre le coton et l’eau, ce qui permet de l’absorber plus rapidement.
On a pré-lavé nos serviettes en usine, pour que vous puissiez les utiliser directement (et pour ne pas qu’elles rétrécissent au premier lavage)
Enfin, on a choisi d’utiliser du coton bio (à ne pas confondre avec le label Oeko-Tex, qui garantit seulement que les résidus de pesticides ont bien été enlevés sur le produit final).
Et tout ça…. Made in Portugal.
Comme on l’expliquait plus haut, on voulait avoir la production la plus locale possible. Mais il y a une chose qu’on n’a pas réussi à faire : fabriquer cette serviette en France. Vous vous dites peut-être que c’est dommage car il y a encore des fabricants de linge de maison en France... Chez Lin Vosges, Blanc des Vosges ou Garnier Thiébault, ils doivent bien savoir faire des serviettes éponges, non ?
Retour d’un client sur notre questionnaire sur la serviette de bain.
C’est ce qu’on pensait aussi, mais en enquêtant sur le sujet, on a rapidement déchanté.
Pourquoi il n’y a plus de serviettes made in France
En fait, les fabricants français (dont ceux qu’on a mentionnés plus haut) produisent surtout du linge de lit (des draps quoi), mais pas du linge de bain. Pour citer Blanc des Vosges : “Nous privilégions la réalisation de chaque étape de fabrication de nos articles dans les Vosges quand cela est possible [...]. Malheureusement, le savoir-faire de fabrication de l'éponge bouclette n'existe quasiment plus en France.
Eh oui, la fabrication de serviettes-éponges demande une machine bien spécifique pour tisser les petites bouclettes : un métier à tisser avec deux bobines (une pour la base du tissu, une pour les bouclettes).
Pour cette raison, les serviettes vendues en France viennent de pays qui ont développé ou maintenu (contrairement à la France) ce savoir-faire et possèdent ces machines, comme le Pakistan, la Turquie ou l’Inde :
Importations de serviettes éponges en coton par pays en 2023 (en tonnes) selon les douanes françaises.
Pourtant, il n’y a pas si longtemps, la France avait encore une grande industrie de la serviette éponge. On avait même le plus gros fabricant de toute l’Europe : Jalla. Il paraît même que c’était devenu un nom commun comme Kleenex ou Frigidaire… À l’époque, on “se séchait avec une Jalla”.
Une pub de 1953 pour Jalla mettant en avant son côté doux - solide - absorbant. Ça valait bien le coup de faire un questionnaire : en 70 ans, les attentes n'ont pas changé.
L’usine Jalla, c’était même un empire industriel, connu pour sa grande cité ouvrière… qui ressemble aujourd’hui à ça :
Site de l’usine Jalla à Nieppe : une friche industrielle à l’abandon (la marque Jalla existe toujours mais ne fabrique plus en France).
Bref, l’histoire classique : à partir des années 70-80, l’ouverture du marché textile à la concurrence mondiale a été fatale pour les fabricants de serviettes éponges. Il ne reste aujourd’hui en France que quelques usines (comme celle d’Yves Delorme) qui fabriquent des serviettes bien spécifiques : celles à motifs complexes, qui nécessitent d’être tissées sur un métier à tisser dit "Jacquard".
Certaines marques (comme Embrin par exemple) arrivent encore à faire fabriquer des serviettes en France avec du lin, en utilisant une armure “nid d’abeille” qui peut être produite sur un métier à tisser classique. Si le côté moelleux vous indiffère et que le Made in France vous tient à cœur, les serviettes en lin sont une excellente alternative à celles en coton en termes de qualité.
Est-ce qu’on arrivera un jour à fabriquer nos serviettes en coton Loom en France ? On aimerait beaucoup, parce qu’on pourrait en théorie les sortir à un coût raisonnable : par rapport à une chemise ou un pantalon qu’il faut coudre à la main pendant plusieurs dizaines de minutes, une serviette demande peu de temps de confection. En d’autres termes, la part des coûts de main-d'œuvre dans la fabrication est assez faible comparé aux coûts des machines ou de l’énergie, ce qui fait de ce produit un bon candidat pour être produit en France (pour en savoir plus sur le sujet, on a écrit un article entier ici). Donc on lance une bouteille à la mer : est-ce qu’une usine textile française a pour projet de ré-investir dans des métiers à tisser pour serviettes éponges ? (Sinon, qui sait, peut-être qu’un jour, chez Loom, on montera notre propre usine ?).
Mais en attendant, notre serviette en coton épaisse, en coton bio et made in Portugal est disponible en 4 couleurs sur cette page.
Tadam !
La 50x100 cm est à 20€ et la 70x140 cm est à 30€. Des prix pas trop chers car comme d’habitude, on pratique une petite marge (si vous voulez savoir pourquoi, lisez cette page).
Mais avant de se quitter, on voulait quand même vous dire un truc. Si 50% d’entre vous trouvez vos serviettes un peu rêches, ce n’est pas forcément qu’elles sont trop usées ou de mauvaise qualité : c’est peut-être aussi parce que pas grand monde ne sait comment il faut les laver. On va prendre quelques minutes pour vous expliquer comment les entretenir pour qu’elles gardent tout leur moelleux.
Comment garder vos serviettes moelleuses
Ça fait plusieurs années qu’on aide des clients qui se plaignent au SAV Loom que leurs vêtements sont devenus rêches avec le temps. À force de se pencher sur cette question, on a compris quelques trucs, qui s’appliquent encore plus au monde de la serviette de bain.
Les tissus peuvent devenir rêches à cause de deux choses :
1/ Les lavages
Les lavages successifs causent une accumulation de résidus de lessive, d'adoucissant ou de calcaires sur les fibres. Donc pour garder votre serviette moelleuse, vous devez faire disparaître ces résidus. Pour cela, il faut :
ne pas mettre trop lessive
ne JAMAIS ajouter d’adoucissant (oui, c’est assez contre-intuitif, mais l’adoucissant enrobe les fibres de coton et leur fait perdre leur pouvoir d’absorption).
mais surtout, pour se débarrasser de ces résidus, il y a une solution magique :
Oui, le vinaigre blanc. Quand vous faites une machine, mettez un verre de vinaigre blanc dans le bac à adoucissant : il va dissoudre les résidus de calcaire ou de lessive (si vous avez déjà lavé une bouilloire au vinaigre blanc, vous savez que c’est magique contre le calcaire).
Le bac à adoucissant, c’est en général celui avec un bout de plastique bleu et une petite fleur. Vous le saviez déjà, mais au cas où…
2/ (Surtout) le séchage
Mais en fait, c’est surtout pendant le séchage que votre serviette peut devenir rêche. Et ça, c’est une histoire de chimie.
Quand l’eau s’évapore, les molécules de cellulose (qui composent le coton) se ré-agencent entre elles, pour former de plus longues molécules qui créent de la rigidité. C’est exactement le même phénomène qui cause les plis de froissage sur les tissus en coton.
Mini-cours de chimie : quand l’eau s’évapore, les molécules d’eau (H2O) laissent place à de nouvelles liaisons hydrogène entre les molécules de cellulose (les petits traits orange). Crédit illu : Laghi I.
Très rêche (niveau papier de verre) : vous séchez votre serviette sur un étendoir, sur un fil ou un chauffe-serviette sans la secouer avant ou après
Un peu rêche mais ça va : pareil, mais en la secouant bien avant et après
Plutôt douce : vous la séchez sur un étendoir à l’air libre et il y a une petite brise qui va faire bouger la serviette
Moelleuse : vous la séchez au singe-linge
Ultra-moelleuse (douceur niveau petit chaton) : Vous la séchez au sèche-linge en y ajoutant des balles de séchage qui vont encore plus remuer la serviette
Bien sûr : le sèche-linge, ça consomme beaucoup d’énergie donc ce n’est pas top pour la planète. On vous laisse vous débrouiller pour choisir entre votre confort et votre conscience écologique (et votre facture d’électricité ;-)
Un dernier conseil pour la route
Comme souvent, en construisant ce produit, on a beaucoup appris : sur ce qui fait une serviette de qualité, sur l’histoire industrielle française, sur les méthodes d’entretien. On espère que vous aussi, vous vous coucherez moins bête ce soir.
Mais en lisant vos réponses aux questionnaires, on s’est rendus compte qu’on avait un dernier truc à vous apprendre : nouer votre serviette autour du corps sans qu’elle tombe.
Retour d’un client qui a vécu un moment un poil gênant lorsque le voisin d’en face a sonné pour emprunter du sel.
Cher François, pour réussir à nouer sa serviette autour du corps, ce n’est pas une question de serviette, mais une question de méthode. Pour y arriver, vous devez enrouler votre serviette autour de votre taille puis rabattre le bord supérieur vers le bas. Si vous avez raté cette vidéo virale sur Tiktok, voici comment faire en vidéo.
Un an après son lancement, on a sorti la 2e génération de notre serviette. Vous avez été plusieurs à nous dire que la première était trop lourde et mettait trop de temps à sécher. On est donc passés de 700 à 650 g/m² : ça reste du haut de gamme, mais elle sèche plus vite. On a aussi ajouté une boucle pour pouvoir la suspendre.
Elle existe maintenant en 4 couleurs et en 3 tailles : 50 × 100 cm (20 €), 70 × 140 cm (30 €) et un grand format 100 × 150 cm (45 €). Toujours en coton bio, toujours fabriquée au Portugal, et toujours pas en France : notre bouteille à la mer attend encore sa réponse.
Pourquoi les armoires séchantes ne servent à rien ?
Entretien
publié le
January 26, 2022
Mis à jour le
June 12, 2025
Temps de lecture
4
minutes
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commentaires
This article was originally written in French (our mother tongue). We apologize in advance for any awkward phrasing. You can write to us at hello@loom.fr to help us improve these translations.
J’imagine qu’en décembre nous sommes nombreux à avoir rappelé au Père Noël que nous n’avions besoin de rien et que si vraiment il était pris d’une fièvre acheteuse, nous l’encouragions à se tourner vers les sites de seconde main. Au même moment, plusieurs marques d'électroménager (LG, Samsung, Asko) ont jugé bon de nous vanter les mérites de leurs nouvelles armoires séchantes. Il s’agit de gros frigos super énergivores (194 kWh/an* = 5% de la consommation électrique moyenne d’un foyer français) qui promettent de sécher et de défroisser vos vêtements trois par trois (et pas un de plus) en une heure.
Vous la sentez cette douce brise qui caresse vos cheveux ?
Quelques chiffres pour vraiment prendre conscience de l’absurdité de ce produit
Fonction défroissante des armoires séchantes.
Fonction séchante.
Cette armoire séchante consomme donc, par vêtement, 5 à 7 fois plus d’énergie qu’un appareil électroménager classique selon la fonctionnalité utilisée (et on ne parle même pas de l’énergie grise consommée lors de la fabrication de ces appareils).
Nous pourrions nous arrêter là et conclure que cet appareil est une absurdité. Sauf que la marque LG sème le doute dans nos esprits avec cette campagne de pub où, à grands coups d’archets sur des violons bien culpabilisants, on nous explique que cette armoire séchante nous permettra de garder nos vêtements plus longtemps, et donc de léguer notre vieux sweat dinosaure à notre petit fillot. Il est donc légitime de se demander : pour quelles raisons finit-on par se séparer de nos vêtements ? Est-ce parce qu’on ne les a pas assez repassés ?
C’est fort peu probable et on est bien placés pour le savoir
Depuis quelque temps chez Loom, on vous contacte un an après votre achat pour vous demander ce qu’est devenu votre vêtement, et surtout si vous le portez encore. Vos réponses nous aident à améliorer nos produits, et permettent à nos futurs clients de porter leurs vêtements encore plus longtemps.
Sur les 2000 personnes qui ont accepté de nous répondre, 94% portent encore leur vêtements un an après leur achat. Les 6% restants ont délaissé leur vêtement pour les raisons suivantes (du plus cité au moins cité) :
Je ne l’aime pas : j’aurai dû vous le renvoyer
Inadapté à la saison, mais je vais le porter d’ici peu
S’est décousu / cassé
Trop détendu
Mangé par les mites
J’ai oublié que je possédais ce produit
Les couleurs sont ternes
A disparu de mon dressing
Taché
Bouloche
Le verdict est sans appel
Aucun de nos clients ne porte plus ses vêtements faute de repassage. Après de longs calculs, nous arrivons à la conclusion que cette promesse de garder ses vêtements plus longtemps grâce à cette armoire séchante est un mensonge.
Rassurez-vous : le LG styler n’est pas uniquement une armoire séchante extrêmement énergivore et inutile, il s’agit également d’un miroir dans lequel vous pourrez vous admirer. Merci LG !
Cet exemple d'armoire séchante peut paraître anecdotique mais il ne l'est, en fait, pas tant que ça. Cet objet illustre une fuite en avant technologique, où l’on cherche à inventer toujours plus d'objets pour résoudre des problèmes qui n'existent même pas. Ces objets vont par contre créer des problèmes écologiques bien réels (extraction des matières premières, épuisement des métaux rares, transport, consommation d’énergie donc émission de gaz à effet de serre et réchauffement du climat, impossibilité de réparer ou de recycler ces produits donc production de déchets etc…).Et franchement, on vient de dépasser la 5ème limite planétaire, on pourrait vraiment se passer d’objets inutiles qui viennent aggraver la situation.
P.S. : bien entretenir vos vêtements c’est assez simple et ça ne coûte pas 2000€. On vous explique sur cette page comment faire pour garder vos vêtements longtemps.
* Donnée fournie par LG pour le Styler S3MFC considérant les hypothèses suivantes : consommation d'énergie moyenne par cycle : 0,38 kWh, 500 cycles par an en moyenne.
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis en charge de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d'âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j'essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile. Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
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