Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons quelques ordres de grandeur sur combien d’habits neufs sont achetés chaque année. En France, sans même prendre en compte le linge de maison et les chaussures, 2,7 milliards de vêtements ont été mis sur le marché en 20221. C’est plus que de boîtes de six œufs.
En 2022, on consomme plus vite nos vêtements que nos boites d’oœufs. Source : En Mode Climat.
Si on enlève les invendus2, chaque Français achète donc en moyenne 40 vêtements neufs chaque année3. C’est beaucoup : dans les années 80, c’était environ deux fois moins4. Est-ce que les gens étaient mal habillés pour autant ? On vous laisse juger, mais ils avaient quand même quelque chose à se mettre sur le dos.
Comme quoi, c’est pas BHL qui a inventé la chemise déboutonnée jusqu’au nombril.
Est-ce qu’on pourrait diminuer ces pollutions significativement et rapidement, tout en maintenant les mêmes volumes de consommation, en comptant sur les innovations techniques ? C’est assez improbable :
Les ordres de grandeur de réduction permis par les innovations techniques sont trop faibles. Par exemple, si on regarde le “recyclage”, souvent brandi par les marques comme solution ultime, il ne permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’eau du secteur textile que de 5 ou 6%, même au prix de gigantesques efforts5.
Ces innovations techniques ne se déploient pas assez rapidement. Par exemple, beaucoup de marques ont pour ambition de “décarboner” leurs usines, c’est-à-dire de les faire tourner aux énergies vertes plutôt qu’au gaz, au charbon ou au pétrole… C’est une super intention, mais si on regarde le Bangladesh (2e pays fournisseur d’habillement de la France après la Chine), la part d’énergies renouvelables dans la production d’électricité est insignifiante et ne progresse quasiment pas (on vous renvoie vers cet article si vous voulez creuser le sujet de la réduction des émissions de CO2 dans le textile).
La part du solaire et de l’éolien dans le mix électrique au Bangladesh = le trait rouge quasi invisible. Source : IEA.
Certaines innovations techniques peuvent être utiles, mais elles peuvent aussi agir comme un écran de fumée qui nous empêche de voir l’éléphant de la pièce : produire, c’est polluer (bis). Alors le moyen le plus efficace et le plus rapide pour réduire la pollution de la mode, c’est bien de produire moins de vêtements.
Mais ce que l’avalanche de réactions face à la pub sur ces “dévendeurs” laisse penser, c’est que même si acheter moins de vêtements était nécessaire d’un point de vue écologique, ce serait une catastrophe d’un point de vue économique. On risquerait de précipiter la chute de centaines d’entreprises d’habillement qui mettraient la clé sous la porte. Autrement dit, cette pub réveille une sorte de nouveau débat “fin du monde vs. fin du mois” mais appliqué aux entreprises.
Alors est-ce vraiment le cas ? Est-ce qu’acheter moins de vêtements provoquerait forcément un désastre économique ?
3. Pour l’économie, il faut acheter moins et fabriquer plus localement
Avant de parler de la santé économique des entreprises d’habillement, regardons d’abord celle du pays dans son ensemble.
Les risques de la surconsommation pour l’économie française
Comme la plupart des usines textiles sont en Asie, dès qu’on achète un vêtement, c’est de l’argent qui quitte la France.
Origine des vêtements achetés en France. Ou Pac-Man sur le dos. Source : FIMIF
En 2021, avec plus de 12 milliards d’euros de déficit, le textile était notre 3e industrie la plus déficitaire, responsable à elle seule de plus de 20% du déficit global hors énergie6. Et les déficits commerciaux abyssaux de la France ont des conséquences. Pour les payer, on doit s’endetter auprès des pays étrangers. Plus d’explications dans ce rapport, mais si on devait le dire (très) simplement, c’est comme si on empruntait de l’argent à la banque pour aller manger tous les jours au resto au lieu de cuisiner à la maison.
Attention, ce n’est pas forcément mal de s’endetter : ça peut se comprendre si c’est pour acheter des métaux rares pour investir dans la transition énergétique, ou des machines pour relocaliser notre industrie pharmaceutique. Mais si c’est pour faire venir des milliards de vêtements low-cost, ça revient juste à vivre au-dessus de nos moyens. Et ça ne pourra pas durer éternellement7. Alors tous ces vêtements importés de l’étranger, c’est autant d’argent qu’on ne pourra pas investir dans des biens vraiment utiles à notre économie.
Et puis on pourrait évoquer le manque-à-gagner pour les recettes fiscales du pays avec toutes ces usines délocalisées à l’étranger. Moins d’entreprises en France, c’est moins d’impôts collectés et au final moins d’argent pour financer les écoles ou les hôpitaux.
Bref, cette surconsommation de vêtements importés est risquée pour l’économie française dans son ensemble. Mais si on regarde le secteur de l’habillement, est-ce qu’une plus grande sobriété ne mettrait pas en péril les enseignes déjà en difficulté ?
Le problème du textile français, ce n’est pas la sobriété, c’est le low cost
Oui, 2022 et 2023 ont été catastrophiques pour certaines marques françaises. Vous vous souvenez peut-être des faillites de Camaïeu, Kookaï, San Marina, Jennyfer ou encore Pimkie… C’est clairement une période très difficile à traverser.
Mais quelles en sont les causes ? Est-ce que c’est parce que les Français se sont mis globalement à acheter beaucoup moins de vêtements à cause de l’inflation et d’une baisse du pouvoir d’achat ?
Cela ne semble pas vraiment être le cas : pour 2023, on n’a pas encore les chiffres officiels, mais en 2022, le nombre de vêtements produits a continué à progresser (+2%8). Et ce qu’on peut observer, c’est que certaines marques se portent plutôt bien. Kiabi a fait +10% de chiffre d’affaires en 2022 et les enseignes de fast fashion étrangères battent tous les records, à l’image d’Uniqlo, H&M, Zara ou Primark9. Il faut bien sûr y ajouter les nouveaux venus de l’ultra fast fashion comme Shein ou Temu.
En d’autres termes, la cause des déboires de ces enseignes, ce n’est pas la sobriété de consommation textile des Français : c’est plutôt un report de la consommation vers les enseignes low cost à cause de l’inflation10. D’ailleurs, ce sont bien les enseignes à bas prix qui captent aujourd’hui l’essentiel de la consommation textile française : 7 vêtements sur 10 vendus en France sont désormais du low cost11. Et c’est frappant quand on regarde le top 10 des marques qui vendent le plus en France :
Parts de marché en volume des 10 plus grandes enseignes en France en 202312
Ok, mais même si le marché est dominé par ces enseignes low cost, qu’elles soient françaises ou étrangères, ça doit représenter quand même plein d’emplois dans le commerce non ? Si dans les années à venir, les Français se mettaient vraiment à acheter moins de vêtements, est-ce qu’il n’y aurait pas un risque de créer du chômage ?
Rien n’est moins sûr. Sur les 50 dernières années, la hausse très rapide du nombre de vêtements vendus n’a pas créé d’emplois chez les enseignes d’habillement, au contraire.
Entre 1971 et aujourd’hui, alors que le volume de consommation de vêtements a plus que doublé, 30 000 emplois ont été détruits dans le commerce de détail d’habillement13. Jamais on n’a consommé autant de vêtements, jamais on n’a eu aussi peu d’emplois dans le commerce. La faute des ventes en ligne ? En partie, mais pas tant que ça. Si on regarde les chiffres, les emplois du commerce textile avaient déjà largement diminué avant l’arrivée massive d’internet14.
Le principal responsable de la baisse des emplois dans le commerce d’habillement en France, en réalité, c’est le low cost. Les prix relatifs des vêtements (comparés aux revenus) ont été divisés par deux en 30 ans. Donc les commerçants ont beau vendre plus de vêtements, ils n’en tirent pas de meilleurs revenus pour autant15. Schématiquement, la vente de vêtements permettait à l’époque de faire vivre beaucoup de petits commerces ; aujourd’hui, les vêtements à bas prix sont vendus dans des plus grandes surfaces qui vendent beaucoup en quantité mais avec moins de personnel.
Et puis il n’y a pas que chez les commerçants que le low cost a fait disparaître de l’emploi, il en a aussi détruit énormément ailleurs dans le textile :
Dans les usines : comme ces vêtements sont de moins en moins fabriqués en France, le nombre d’emplois de l’industrie textile a été divisé par trois en 30 ans16.
Dans les ateliers de retouche-couture et les cordonneries : comme les Français achètent désormais beaucoup plus de vêtements neufs, ils font moins réparer les leurs. Pour vous donner une idée, le nombre de cordonniers est passé en France de 45 000 dans les années 5017… à seulement 3500 aujourd’hui18.
Et puis il y a tous les emplois indirects détruits dans les bassins textiles : quand une usine ferme, c’est aussi la boulangerie, le café, la banque ou la Poste qui ferment. Dans les bassins industriels textiles sinistrés comme le Nord, l’Aube ou les Vosges, le taux de chômage reste bien plus élevé que dans le reste de la France19.
Roubaix, l’ancienne “ville aux mille cheminées”, ex-capitale du textile français, compte aujourd’hui quasiment 30% de chômage20.
***** Parenthèse *****
Oui, mais les enseignes low cost, c’est bien : ça permet d’habiller les classes défavorisées, non ?
Oui, mais non. Certes, les vêtements à bas prix donnent du pouvoir d’achat et permettent à certains Français en difficulté de s’acheter plus facilement des vêtements neufs. Mais si on prend du recul, on se rend compte que c’est un cadeau empoisonné :
Les classes populaires sont les premières victimes du low cost : les délocalisations de l’industrie textile depuis les années 80 ont détruit énormément d’emplois, comme expliqué plus haut. Une partie de ces ex-emplois industriels (pour produire nos vêtements sur place) se sont transformés en emplois dans la logistique et le transport (pour importer nos vêtements de l’étranger), mais ils sont moins nombreux, plus précaires et moins bien payés.
Les prix des vêtements sont tellement dérisoires et les pressions à la consommation tellement puissantes (renouvellement des collections, promotions…) que même les personnes issues des classes défavorisées peuvent acheter plus que ce qu’elles avaient prévu dans leur budget (à l’image de cette dame dans ce reportage “souvent à l’euro près”).
Les délocalisations créent un manque-à-gagner pour les recettes fiscales du pays avec toutes ces usines délocalisées à l’étranger. Moins d’entreprises en France, c’est moins d’impôts collectés et au final moins d’argent pour financer l’éducation ou la santé. Or le service public, c’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.
Les classes défavorisées sont les premières à souffrir des conséquences à long terme de la surconsommation, en particulier celles du changement climatique
La majorité des ventes du low cost ne sont pas le fait des personnes les plus défavorisées : si 7 vêtements sur 10 vendus en France sont des vêtements à bas prix, c’est que la clientèle des enseignes low cost dépasse largement les classes les plus pauvres. L’argument de soutenir des modèles low cost en leur nom est donc sérieusement biaisé.
***** Fin de la parenthèse *****
Si on relocalise l’industrie, on peut avoir de la sobriété et des entreprises en bonne santé
Pour re-créer de la richesse et des emplois dans le textile, il faut donc refaire… comme avant : fabriquer moins de vêtements, mais fabriquer des vêtements plus localement, en France ou en Europe.
Cela créerait des emplois :
Dans les usines : pour vous donner une idée, l’industrie textile en Italie c’est encore 464.000 emplois vs. seulement 105.000 en France21.
Dans les commerces d’habillement puisque des vêtements à plus haute valeur permettraient de mieux rémunérer les commerçants ;
Dans les ateliers de retouche-couture et les cordonneries : moins de vêtements neufs, c’est plus de vêtements réparés ;
Sans oublier les emplois indirects : si une usine s’implante, ça fait du boulot pour les autres usines de l’écosystème et pour les commerces locaux22.
Et puis accessoirement, cela permettrait de ne pas détruire notre planète et de ne pas fabriquer des vêtements au bout du monde dans des conditions indignes. Rappelons qu’en termes de pouvoir d’achat, travailler au Bangladesh dans le textile, ce serait comme travailler en France plus de 60 heures par semaine23 pour gagner environ 391€ par mois24 (même en prenant en compte les récentes augmentations liées aux manifestations massives dans le pays). Comment vivre dignement dans ces conditions ?
On peut comprendre que cette vidéo ait dérangé une partie des commerçants de l’habillement, qui se sont dits qu’à court terme, un message de sobriété pouvait les faire souffrir encore plus. Mais il ne faut pas se tromper d’ennemi : le vrai danger pour le secteur textile, ce n’est pas la sobriété, c’est le low cost. Les prix dérisoires pratiqués dans la mode mettent en péril notre environnement et empêchent de rémunérer convenablement les fabricants et les commerçants. La sobriété, en revanche, peut être porteuse d’espoir, si cet “acheter moins” s’accompagne d’un “acheter mieux” – avec des vêtements fabriqués plus localement, vendus à des prix forcément plus élevés mais offrant une rémunération digne pour tout le monde.
Ce que l’on peut reprocher au gouvernement au sujet de cette vidéo, c’est de s’être arrêté à une campagne de communication pour sensibiliser le grand public, alors qu’il faudrait traiter le problème à la racine avec des lois qui favorisent la sobriété et la relocalisation. Exemple : pénaliser les marques de fast fashion qui fabriquent des vêtements en versant des salaires de misère et poussent les clients à acheter toujours plus (ce qu’on demande avec de nombreuses autres marques textiles via le mouvement En Mode Climat).
Au final, ce que révèle la levée de boucliers autour de cette vidéo qui prône la sobriété, c’est qu’on pense qu’il y a forcément un antagonisme entre “sobriété” et “prospérité”. Mais l’exemple du textile montre que cette opposition n’est pas basée sur une réalité chiffrée : si on relocalise la production, on peut conjuguer les deux.
Enfin, à trop fermer les yeux sur les conséquences écologiques de leur production, les entreprises scient la branche sur laquelle elles sont assises : sur le long terme, elles auront besoin d’énergie pour faire tourner les machines, de ressources pour les alimenter, de personnes en bonne santé pour y travailler… bref des conditions préalables que la crise écologique détruit petit à petit. L’économie n’est pas hors-sol : il n’y aura jamais d’entreprises en bonne santé sur une planète brûlée.
Pour aller plus loin :
Lire l’excellent livre La Sobriété Gagnante de Benjamin Brice, qui montre que la sobriété ne doit pas être vue comme une contrainte mais comme une chance pour notre économie. Si elle est associée à une politique ambitieuse de relocalisation d’activités industrielles, elle peut nous permettre de réduire à la fois notre empreinte environnementale, nos déficits et nos inégalités sociales.
Regarder ce débat auquel on a participé et qui reprend l’essentiel des arguments de l’article.
Qui on est pour dire ça ?
Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L’industrie textile file un mauvais coton et c’est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant.
On ne fait jamais de pub : si vous aimez ce qu’on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis, on vous écrira maximum une fois par mois.
2 3,3 milliards * 83% de vêtements / 67,8 millions d’habitants * 99% = 40 vêtements / habitant. Il n’y a que 1% d’invendus dans le textile. Cf. rapport Ademe 2021 : “Étude des gisements et des causes des invendus non alimentaires et de leurs voies d’écoulement” : les invendus bruts représentent 4,1% du chiffre d’affaires du secteur des vêtements et chaussures. 65% de ces invendus sont ensuite revendus à des déstockeurs, 20% sont donnés à des associations, 10% sont recyclés-réparés, 5% sont détruits. Donc sur ces vêtements déclarés comme “invendus”, on peut considérer qu’un maximum de 20% vont être détruits ou “décyclés” (si on considère qu’une partie des dons aux associations finissent ainsi). Au final, les invendus détruits représentent donc moins de 1% des ventes (20% x 4,1% = 0,8%).
3 Si on ajoute les chaussures et le linge de maison, on est à presque 50 pièces textiles par Français.
4 En 1984, la consommation de vêtements était de 1,3 milliard en France, donc 23 vêtements / habitant / Français. Source : Enquête INSEE 1984 sur 7500 ménages.
5 Étude Quantis Measuring Fashion 2018 : si on atteint 40% de fibres recyclées, on émettrait 5,9% d’émissions de GES en moins et on consommerait 4,5% d’eau en moins.
7 La position extérieure nette de la France (l’endettement de la France vis-à-vis du reste du monde) est de -800 Mds €, soit 32% du PIB. La France se rapproche du plafond fixé par les accords européens qui est de 35% du PIB. C’est seulement une convention : en soi, ce ne serait pas grave de le dépasser, mais cela montre qu’il y a des limites à ne pas franchir pour avoir une économie en bonne santé. À noter qu’au début des années 2000, la France était encore créancière nette (donc avec une position extérieure nette positive). Source.
9 On ne connaît pas le détail de leurs chiffres sur le marché français, mais il n’y a pas de raisons pour qu’ils ne soient pas aussi en croissance.
10 Certains experts évoquent également le fait que ces marques ont raté le virage technologique ou n’ont pas investi assez dans leur “branding”. Cela peut jouer aussi mais sans doute moins que le report de la consommation vers des prix moins élevés en cette période d’inflation. Et si l’on prend l’exemple de Leclerc, n’être pas particulièrement performant sur le branding ou l’e-commerce ne l’empêche pas d’être le second vendeur de vêtements en France...
13 Sources INSEE en ETP salariés + non salariés. Pour 1971, on se base sur l’enquête annuelle d’entreprise, qui estime ce nombre à 161 000 dans l’habillement et 32 620 dans les chaussures. Pour les emplois actuels, on se base sur l’enquête points de vente 2009, qui estime ce nombre à 134 608 dans l’habillement et 27 914 dans les chaussures.
14 L’étude points de vente de l’INSEE qui montre la destruction des emplois dans le commerce date de 2009, alors que la part du e-commerce d’habillement était encore limitée. On pourrait aussi accuser les grandes surfaces alimentaires d’avoir détruit des emplois dans le commerce de détail d’habillement, mais elles ne représentent pas une si grosse part des ventes d’habillement : en 2011, 17% des ventes d’habillement étaient faites en grande surface, selon l’INSEE.
15 Depuis 30 ans, les prix des vêtements sont restés plutôt stables dans l’absolu (entre 1990 et 2020, les prix de l’habillement n’ont augmenté que de 15% selon l’INSEE), mais les revenus moyens des Français ont plus que doublé (hausse des revenus arbitrables bruts par Français entre 1990 et 2020 : +92% selon l’INSEE, source). Donc si un commerçant veut atteindre un niveau de revenu comparable à celui d’il y a 30 ans, il doit vendre presque deux fois plus de vêtements.
18 3 462 entreprises recensées au RNM avec le code d’activité 95.23Z, étude Ademe 2022 “Fonds réemploi réutilisation réparation de la filière TLC”, si on estime qu’il y a un emploi par structure.
19 Taux de chômage 3e trimestre 2021 selon l’INSEE : 10,0% dans le Nord, 10,2% dans l’Aube, 8,5% dans les Vosges vs. 7,9% en France métropolitaine.
20 Source INSEE 2020 : 29,7% de chômage chez les 15-64 ans à Roubaix. Et avec la fermeture de Camaïeu qui avait son siège à Roubaix, le sort s’acharne sur la ville, plus que jamais victime du textile low cost.
22 Il est généralement admis qu’un emploi industriel permet de générer deux à trois emplois indirects chez d’autres acteurs industriels, et des emplois induits dans le reste du bassin d’emploi dans les activités de service et les commerces. Source : Anaïs Voy-Gillis, spécialiste en réindustrialisation.
23 L’initiative Garment Workers Diaries rapporte qu’entre décembre 2021 et décembre 2022, les couturières bangladaises ont effectué en moyenne 248 heures de travail par mois, soit 62 heures par semaine (source).
24 Le salaire au Bangladesh vient de passer à 12500 takas après les manifestations récentes. Or selon Asian Floor Wage, le salaire vital est à 53104 takas, donc le salaire minimum actuel est de 24% du salaire vital. Comme le salaire de subsistance pour la France est de 1630 euros (source), c’est comme si quelqu’un était payé en France 391 euros par mois. Source : Clean Clothes Campaign.
En janvier 2019, on vous racontait dans cet article comment nos chaussettes avaient vu le jour : 2 années de recherche et développement avec une usine du Tarn pour créer des chaussettes made in France et ultra-solides. Comment on a fait ? Sur les zones de fragilité, on a appliqué des renforts en “Cordura”, un fil issu du monde militaire très résistant à l’abrasion qui nous a permis d’obtenir des résultats incroyables en laboratoire : une résistance à plus de 150 000 cycles d’abrasion, quand d’autres chaussettes trouaient au bout de seulement 10 000 cycles.
Mais ça, c’était la théorie.
3 ans après, est-ce que ces chaussettes ont tenu leurs promesses dans la vraie vie ?
C’est intéressant de se poser la question à ce stade, parce que plus de 90% des chaussettes du marché durent moins de 3 ans. On le sait de source sûre… puisque c’est vous qui nous l’avez dit :
100%- 9% = plus de 90%. Le compte est bon Blandine
Pour savoir si nos chaussettes tiennent plus longtemps, on a décidé tout simplement d’envoyer un e-mail à tous nos clients et clientes qui les ont depuis au moins 3 ans en leur posant la question : “est-ce que vos chaussettes ont troué ?”
Réponse :
Les trois quarts de nos clients n’ont troué aucune de leurs chaussettes Loom après 3 ans : c’est déjà bien mieux que la moyenne des chaussettes, mais on pense qu’en réalité, elles font encore un peu mieux… Heureusement, on avait posé une 2e question : “où est-ce que vos chaussettes ont troué ?”
Réponse :
La plupart des gens ont troué leurs chaussettes au niveau du tendon d’Achille. Et ça ne nous a pas beaucoup surpris : avec le temps, on avait fini par comprendre que cette zone était un peu le… talon d’Achille de nos chaussettes.
Merci à ce client d’avoir pris la pose pour nous expliquer le problème
Alors entre-temps, on a créé une 2e génération de ces chaussettes où on a remonté le renfort en Cordura de quelques centimètres (entre autres améliorations), pour protéger cette zone de rudes frottements avec l’arrière des chaussures.
Nos chaussettes 2e génération avec un renfort Cordura plus haut.
Bref, ces chaussettes 2e génération sont beaucoup moins susceptibles de trouer. En se risquant à un petit calcul savant, on pourrait même estimer que 84% de nos clients n’auraient pas troué leurs chaussettes au bout de 3 ans s’ils avaient eu des 2e génération aux pieds.
En d’autres termes, si les chaussettes du marché ont 1 chance 10 de passer le cap des 3 ans, c'est probablement 8 chances sur 10 pour les nôtres. De là à dire que nos chaussettes sont 8 fois plus résistantes que les autres, il n'y a qu'un pas ;-).
“Je fais la dérivée, j’intègre la fonction affine, je retiens 2, je pose 3, et j’en déduis que VOTRE ANALYSE STATISTIQUE EST TOUTE PÉTÉE”
Pour compléter notre bidouillage de chiffres par une analyse “qualitative”, voici quelques témoignages :
“Je n’ai jamais vu de chaussettes durer aussi longtemps, leur espérance de vie est au moins 10 fois supérieure à celles que j’avais avant” - Martin
“J’ai du mal à croire qu’elles ne sont toujours pas trouées” - Elisabeth
“J'étais militaire de carrière, on m'a fourni tout le long des chaussettes pour aller avec l'uniforme. Douze ans après avoir quitté le service actif, j'ai jeté la dernière paire de dotation. C'est dire la solidité des produits qui m'avaient été fournis. Et après... désespoir !! impossible de trouver des chaussettes qui résistent plus d'un an. Et j'ai découvert Loom, j'ai retrouvé des chaussettes qui durent et en plus vraiment confortables. - Marc
Bilan : on peut affirmer que oui, nos chaussettes ont tenu leur promesse de longévité dans la vraie vie.
Est-ce qu’on pourrait fabriquer des chaussettes encore plus solides ? Peut-être en remplaçant complètement le coton par du polyamide, ou en utilisant un tissu bien plus épais… bref en faisant des chaussettes techniques. Mais notre objectif, c’est de faire des chaussettes de villes qu’on peut mettre au quotidien, pas d’accompagner vos proches qui sont devenus accro au trail et à la course à pied (oui, nous aussi on a des copains comme ça).
Bref, si on est généralement partisans du “on peut encore faire mieux”, sur ces chaussettes, on va s'arrêter là. On pense avoir trouvé le juste équilibre entre confort (c’est ce que nous remontent celles et ceux qui les portent), qualité (elles sont nettement plus résistantes que la moyenne) et éthique (made in France et coton bio).
Ce que ça veut dire, c’est qu’il n’y aura pas de prochaine “génération”. C’est la première fois qu’on peut écrire ça sur notre site internet :
Oui, la génération “finale” !
On en connaît qui ne se posent pas les mêmes questions que nous.
Les chaussettes sont les premières à passer ce cap, mais d’autres de nos vêtements vont très probablement aussi passer en génération finale dans les mois qui viennent. Par exemple, on pense qu’il n’y a plus grand chose à améliorer sur notre boxer, notre chemise oxford, notre chino ou notre ceinture par exemple. Normal : cela fait 6 ans qu’on développe, teste, commercialise, améliore nos vêtements, il y a forcément un moment où le dicton “le mieux est l’ennemi du bien” se vérifie.
“Ça veut dire que ces produits n’évolueront plus jamais ?”
Non, parce qu’on devra toujours légèrement ajuster nos coupes, nos tableaux de mesures, nos couleurs, production après production – et ça ne s’arrêtera jamais. Mais il n’y aura plus de changements majeurs : si vous achetez une chaussette aujourd’hui et une autre dans 5 ans, et bien ça vous fera une paire elles se ressembleront comme 2 gouttes d’eau.
En tout cas, même si on a pas mal amélioré ces chaussettes, le prix, lui, n’a pas bougé : la génération finale de ces chaussettes ultra-solides made in France est toujours à 12€.
Les autres choses qui ont changé entre la première et la deuxième génération de nos chaussettes
- Passage d’un cavalier à un bandeau : au départ, on fixait notre cavalier avec un petit fil de couture. Mais certaines personnes abîmaient leurs chaussettes au moment de l’enlever. On a donc remplacé ce cavalier cousu par un bandeau.
- Passage à un élastique en nid d’abeille : pour la première génération de ces chaussettes, on avait un élastique étroit et puissant, pour ne pas qu’elles glissent. Pour certains mollets, c’était trop serré. Pour la seconde version, on a remplacé cette gomme par une large bande en nid d’abeille, qui répartit le serrage sur une plus grande hauteur. Cela permet de maintenir autant sans serrer. Et en plus c’est plus beau.
- Inscription de la talle sur la plante de pied : ah oui : au début nos chaussettes étaient unies, sans aucune inscription. Et nous pensons que cet anonymat a créé des fortes tensions dans les couples / familles comportant plusieurs membres adeptes des chaussettes Loom. N’écoutant que notre instinct pour l’innovation disruptive, nous avons courageusement ajouté l’indication de pointure sur la plante des pieds.
- Renforcement de la malléole : l’endroit où s’insèrent les 3 fils différents peut être fragilisé, surtout quand le pied est un peu gros ou qu’on a pris une taille un peu petite. On a réduit ce problème en réhaussant le renfort sous le pied pour qu'il protège mieux la malléole.
Passage au coton bio :aAu début, on utilisait du coton conventionnel (c’est-à-dire “pas bio”). Mais entre-temps, on a compris que c’était vraiment une mauvaise idée, et on a changé ça.
Vous êtes des dizaines à nous l’avoir remonté : notre jean brut (le plus foncé) déteint. Avec parfois des drames, comme la fois où il a décoloré sur le canapé d’un client (il était beige) ((et non déhoussable)).
Eh oui, comme pour quasiment tous les jeans, le nôtre est teint avec de l’indigo. Et contrairement à la plupart des teintures du coton qui sont dites “réactives” et pénètrent au cœur des fils, l’indigo est une couleur dite “pigmentaire” qui reste à la surface du fil sans y pénétrer complètement. C’est d’ailleurs ce qui fait que les jeans sont des vêtements si beaux : la couleur est légèrement irrégulière, elle se patine aux endroits où il y a des frottements… bref, elle vit.
Le problème, c’est que, quand vous achetez un jean avec un coloris brut (= ni délavé en usine, ni encore lavé chez vous), la couleur indigo peut parfois se retrouver sur les surfaces avec lesquelles il est en contact : peau, vêtements… et canapés.
On précise dans nos conseils d’entretien qu’il faut être vigilant et éviter de le porter avec vos chaussures blanches immaculées quand il pleut… mais ça ne suffit pas toujours. Et de temps en temps, vous nous dites être déçus par le dégorgement de ce jean brut.
Donc on s’est posé deux questions :
Est-ce que notre jean déteint vraiment plus que les autres ? (si oui, ça veut dire qu’il faut trouver une nouvelle façon de faire avec notre fournisseur de denim)
Comment faire pour limiter le dégorgement d’un jean brut ?
L’objectif de cet article est d’y répondre grâce à des tests maison.
Oui notre jean déteint, mais pas plus que les jeans d’autres marques
D’ailleurs, quand nos clients nous signalent que leur jean a “déteint”, cela concerne en fait deux sujets : 1- le dégorgement dans l’eau : quand vous lavez vos t-shirts blancs en même temps que votre jean et qu’ils ressortent bleus, et 2- le transfert de couleur par frottement : quand vous vous frottez les mains sur vos cuisses et qu’elles deviennent – elles aussi – bleues.
Pour comprendre si notre jean dégorge plus que les autres, j’ai fait tremper pendant 1h des jeans de plusieurs marques (dont la nôtre évidemment) en mélangeant 4 minutes par jean puis j’ai comparé la couleur de l’eau de trempage.
"On est les champions, on est les champions, on est - on est - on est les champions"
Très bonne nouvelle : parmi les 4 marques de jeans que j’ai testées, notre jean est celui qui dégorge le moins.
Le test du transfert de couleur par frottement
C’est très chouette de voir que le jean Loom est celui qui dégorge le moins, mais je préfère faire un deuxième test pour en avoir le cœur net : le test au frottement. Pour cela, j’ai frotté manuellement chaque jean avec du tissu blanc pendant exactement 3 minutes, puis j’ai comparé la couleur des tissus.
Le résultat est moins glorieux que celui du premier test : parmi les 4 jeans testés, le jean Muji est celui qui a le moins déteint. En revanche, le jean Loom a autant déteint que deux autres jeans : le COS et le Levi’s.
La douche froide.
D’après ces deux tests, il n’y a donc rien d’alarmant : notre jean déteint, mais pas plus que ceux des autres marques. Pas de raisons de changer notre processus de fabrication avec notre fournisseur (ce qui serait de toute façon très difficile à faire et extrêmement coûteux…).
Nos astuces pour éviter que votre jean déteigne
Bon, ça ne fait plus aucun doute : notre jean déteint. Mais existe-t-il des techniques pour mieux fixer la teinture chez vous ? Je trouve sur internet de nombreuses “astuces de grand-mère” : laisser tremper votre jean dans une bassine avec de l’eau vinaigrée ou du gros sel, le laver à haute température… Mais est-ce que ça marche vraiment?
Vous commencez à me connaître, j’ai testé toutes ces méthodes. Et vu que notre jean dégorge très peu dans l’eau, je me suis concentrée sur les tests de transfert de couleur par frottement. Pour cela, j’ai coupé dans notre jean 6 carrés :
Jean neuf,
Jean neuf lavé 3 fois à 30°C et séché à l’air,
Jean neuf trempé une nuit dans de l’eau et du vinaigre, rincé le lendemain puis séché à l’air,
Jean neuf trempé une nuit dans de l’eau salée, rincé le lendemain puis séché à l’air,
Jean neuf trempé une nuit dans de l’eau salée + du vinaigre, rincé le lendemain puis séché à l’air,
Jean neuf lavé 3 fois à 60°C et séché à l’air.
Pour améliorer mon test au frottement, j’ai eu l’idée d’utiliser ma ponceuse électrique en remplaçant le papier ponce par du tissu blanc, et de “poncer” chaque carré pendant 3 minutes. L’avantage de cette méthode améliorée est double : les résultats sont beaucoup plus marqués, et je m’abîme moins le poignet.
Le résultat est sans appel : la meilleure astuce pour éviter que votre jean ne déteigne est de le laver 3 fois à 60°C (6). Le jean trempé une nuit dans de l’eau salée (4) montre également de très bons résultats, puis arrive le jean lavé 3 fois à 30°C (2). En revanche, les jeans trempés une nuit dans de l’eau vinaigrée avec ou sans sel (3 et 5) ne montrent pas de résultat concluant : ils déteignent autant que le jean neuf (1).
Conclusion
La méthode la plus efficace pour limiter le transfert de couleur par frottement est donc de laver vos jeans 3 fois à 60°C. Mais ce n’est pas du tout ce que j’ai choisi de vous conseiller car en procédant ainsi 1- vous allez fortement atténuer la couleur de votre jean (il perdra sa jolie couleur brute) 2- il risquerait de rétrécir dans votre machine à laver.
Le jean lavé 3 fois à 60 °C (carré 6 à droite) est celui qui a le plus délavé. Le jean lavé 3 fois à 30°C (carré 2) a peu délavé comparé au jean neuf (carré 1). Les jeans trempés dans du vinaigre et/ou de l’eau salée n’ont pas délavé. En fait, si vous lavez votre jean 3 fois à 60°C, autant acheter directement un jean couleur stone (= déjà délavé en usine) ! Ça reviendra à peu près au même et vous vous embêterez moins.
Donc si vous voulez mieux fixer la teinture ET garder un jean avec une belle couleur brute, je vous conseille la méthode de l’eau salée : laissez tremper votre jean neuf dans une bassine d’eau tempérée contenant un verre de gros sel pendant une nuit (le sel est un fixateur de couleurs). Ensuite, lavez-le à 30°C avec d’autres vêtements foncés, puis laissez-le sécher à l’air libre.
Mais ça ne sera jamais totalement miraculeux : un jean brut, quelle que soit sa marque, déteindra les premières fois que vous le porterez. Cela veut dire que d’ici à ce que vous l’ayez lavé au moins trois fois, évitez de porter des baskets blanches ou de vous asseoir sur un canapé clair.
Et si vous n’avez pas envie de vous préoccuper de tout ça, je vous conseille de vous tourner vers des jeans déjà délavés en usine, comme le stone (un délavage un peu plus clair que le brut) ou le bleached (là le jean est beaucoup plus pâle) car ils déteindront beaucoup moins.
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ?
Je m’appelle Claire et je suis chargée de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile. Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
Avant de vous parler de polyester recyclé, laissez-nous vous présenter sa version « vierge » (c’est-à-dire non recyclée). Et pour cela, on voudrait vous montrer celle qui s’autoproclame la plus grande entreprise textile du monde : Hengli.
Si vous vous attendez à voir des milliers d’ouvrières sur des machines à coudre, c’est raté. Une usine de Hengli en Chine, ça ressemble plutôt à ça :
Deux supertankers qui déversent des millions de litres de pétrole dans une méga-usine, qui seront transformés au cours de lourdes étapes industrielles de raffinage ou vapocraquage jusqu’à obtenir… du polyester. Eh oui : le polyester, au départ, c’est du pétrole.
Et tout comme le pétrole alimente le secteur des transports depuis des décennies, le polyester est le carburant qui a fait exploser la croissance de l’industrie textile. Aujourd’hui, il représente plus de la moitié des fibres textiles utilisées dans le monde1.
Polyester : une croissance qui fait rêver Bruno Le Maire.
Comment expliquer une telle augmentation ?
Parce que le polyester a toujours été moins cher que le coton ? Comme beaucoup de monde, c’est ce qu’on croyait. Mais quand on regarde les chiffres, on se rend compte que ce n’est pas vrai. Jusqu’en 2010, les prix des deux matières étaient à peu près équivalents2 :
Évolution comparée des prix des fibres de polyester et du coton en Asie en US cents / Livre (cliquez ici pour accéder à l’analyse complète).
En fait, ce qui a surtout expliqué l’explosion du polyester, c’est qu’il permet de fabriquer, pour de nombreux usages, des vêtements plus adaptés que ceux en coton3 :
Des vêtements qui sèchent vite pour faire du sport : Nike, Adidas ou Décathlon en savent quelque chose
Des vêtements plus imperméables ou plus chauds, adaptés à l’extérieur : ce n’est pas pour rien que Patagonia ou The North Face étaient les premiers à en utiliser
Des vêtements plus techniques pour le quotidien : comme chez Uniqlo avec les technologies Heattech pour garder la chaleur ou Airism pour mieux respirer
Des tissus plus fluides et qui froissent moins, parfaits pour des robes ou des hauts pour femmes
Des matières qui se déforment moins, adaptées donc aux joggings ou aux leggings par exemple
Des tissus qui résistent mieux aux frottements et aux lavages, et donc largement utilisés dans les vêtements de travail, l’ameublement ou dans le domaine médical.
Etc.
Et la planète dans tout ça ?
À première vue, rien de dramatique. Pour évaluer l’impact environnemental des matières – et communiquer à leurs clients – la plupart des marques se réfèrent à l’indice Higg. Selon cet outil, le polyester serait une des matières les plus écologiques du monde… encore plus que le coton bio!
Comparaison de l’impact selon l’indice Higg pour différentes matières textiles (cliquez ici pour accéder à la source).
Ce n’est pas totalement incohérent : dans les giga-usines de polyester, le processus de fabrication est tellement optimisé et industrialisé que, ramené à l’échelle du vêtement, l’impact environnemental pourrait ne pas être si élevé.
Alors, c’est vrai, le polyester c’est écolo ?
Hélas non.
D’abord, cet indice Higg a beau être la référence utilisée par les marques du monde entier, il offre peu de transparence sur ses modes de calcul et manque de fiabilité. Selon une enquête récente, pour évaluer les impacts du polyester, il se base sur les données d’une usine européenne alors que l’immense majorité de la production a lieu en Asie, dans des conditions environnementales (et de travail) probablement moins glorieuses. D’ailleurs, suite à plusieurs critiques de certains médias et organismes, cet indice a officiellement été mis en pause mi-2022 en attendant que ses données et méthodes de calcul soient revues par des auditeurs indépendants.
Mais le principal problème de l’indice Higg, ce n’est pas son manque de fiabilité : c’est surtout ce qu’il ne mesure pas. Et en particulier trois choses.
1/ Fabriquer du polyester, c’est aussi fabriquer de l’essence
Retournons chez Hengli, l’entreprise chinoise de polyester. Quand ils raffinent du pétrole, ils n’obtiennent pas que du “naphta”, la base qui permettra d’obtenir du polyester. Ils obtiennent aussi certains liquides que nous connaissons tous : essence, gazole, fioul ou encore kérosène.
La machine pour raffiner le pétrole :une sorte de méga-alambic mais qui ne fait pas du whisky à la fin
Et tous ces produits-là, ils les revendent. En 2019, Hengli était même la première entreprise chinoise privée à avoir le droit de revendre du kérosène aux compagnies aériennes. Et chaque année, ils vendent plus de 6 millions de tonnes d’essence et de gazole, l’équivalent de plus de 10% de la consommation française (!)4.
Hengli est la parfaite illustration de la tendance actuelle dans l’industrie gazière et pétrolière5 : ce qui tire désormais la demande, ce sont les plastiques (eh oui, le polyester c’est du plastique), qui représenteront plus de la moitié de la croissance du pétrole d’ici 2050. Quand le dictateur de l’Ouganda justifie la rationalité économique du très controversé pipeline EACOP de Total, il évoque… sa chemise en polyester et les débouchés économiques des matières synthétiques.
Qui aurait pu penser qu’une chemise jaune poussin servirait d’alibi à l’une des plus grandes bombes climatiques de notre époque ? Aaah la mode, la mode, la mode…
La fabrication des matières synthétiques, comme le polyester, génère donc des revenus pour l’industrie pétrolière. Cela soutient donc la production de l’essence ou du kérosène, alors que les énergies fossiles sont à l’origine de deux tiers des émissions de CO2 du monde.
Mais le polyester a un autre co-produit presque aussi embêtant : la fast fashion.
2/ Sans polyester, pas de fast fashion
On connaît les conséquences écologiques dramatiques de la fast fashion et de ses 100 milliards de vêtements produits chaque année dans le monde, notamment à cause des gaz à effet de serre émis lors de leur fabrication : filature, tissage, teinture, confection…
Ce qui a permis la multiplication des H&M et des Zara, ce sont d’abord les prix dérisoires (obtenus par les délocalisations dans des pays à la main-d’œuvre mal payée) et le renouvellement effréné des collections pour pousser à la consommation. Comme on l’a vu, ce ne sont pas les prix bas du polyester qui ont permis l’émergence de la fast fashion dans les années 90 et 2000 : jusqu’en 2010, les prix étaient similaires à ceux du coton.
Mais la fast fashion n’aurait jamais pu autant grossir s’il n’y avait pas eu profusion de polyester disponible sur le marché. Aujourd’hui, le synthétique représente 64% des matières textiles. Si la fast fashion devait s’en passer – et le remplacer par du coton par exemple – il n’y aurait très probablement pas assez de matière naturelle pour maintenir ces niveaux de production : il faudrait y consacrer presque 7 % de nos terres arables (vs. 2,5% aujourd’hui), soit autant que pour la culture de tous les fruits et légumes de la planète. Difficile à concevoir dans un contexte de diminution de la fertilité des sols et de crise climatique.
Autrement dit, si ce n’est pas le polyester qui a permis au départ l’émergence de la fast fashion, c’est bien lui qui aujourd’hui lui permet d’exister. Il est le carburant qui fait tourner le moteur de cette mode rapide, la condition nécessaire pour produire toujours plus de vêtements.
Et on ne peut pas parler du polyester sans évoquer l’ultra fast fashion. Shein, le nouveau mastodonte de la mode mondiale, fabrique 85% de ses vêtements avec du polyester. Si cette marque chinoise a pu émerger il y a quelques années, c’est aussi grâce à la récente chute des prix du polyester, liée à la chute des cours de son principal composant (l’éthylène) générée par l’exploitation des gaz de schiste aux États-Unis. Sans gaz de schiste et sans polyester à très bas prix, cette ultra fast fashion n’aurait peut-être jamais pu exister.
Pas de schiste, pas de Shein.
Enfin, le troisième problème du polyester n’est pas lié à sa fabrication… mais à ce qu’il devient après.
3/ Le polyester et les microplastiques
Pour revenir à notre fameux indice Higg : on ne vous avait même pas encore tout dit (pas étonnant que son utilisation ait été mise sur pause). L’indice est basé sur une analyse du cycle de vie dite “cradle-to-gate”, donc “du berceau à la porte de l’usine” : elle oublie donc la phase d’utilisation et la fin de vie des produits. Or pour le polyester, ces deux phases posent de graves problèmes.
D’abord, quand on les lave ou quand on les porte, les vêtements en polyester laissent échapper des millions de microplastiques qui se dispersent dans l’environnement6. Ces microfibres ont des conséquences encore incertaines mais potentiellement très dangereuses sur la biodiversité, la santé humaine… et même le réchauffement climatique.
Ensuite, la fin de vie des vêtements en polyester n’est pas très glorieuse non plus. Quand plus personne n’en veut, il n’y a que deux options :
Soit les vêtements finissent incinérés, ce qui génère des gaz à effet de serre. Comme le polyester est fabriqué avec du pétrole, c’est encore plus embêtant que d’incinérer un vêtement en coton (brûler du pétrole libère du CO2 enfoui depuis des millions d’années, alors que le cycle du carbone du coton est beaucoup plus court7 : en poussant, les plants de coton capturent du CO2). Sans compter certaines fumées potentiellement toxiques, notamment à cause de l’antimoine, un composé cancérigène présent dans le polyester et qu’on peut retrouver dans les cendres des incinérateurs.
Soit les vêtements finissent en décharge ou dans la nature, notamment en Afrique, qui reçoit plus de la moitié de nos vêtements usagés. Et le problème, c’est que le plastique n’est pas biodégradable dans l’environnement, contrairement au coton ou la laine. Inéluctablement, ces vêtements en polyester finiront par se décomposer dans les sols, siècle après siècle, en milliards de milliards de microplastiques (contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’immense majorité des microfibres de polyester relâchées dans l’environnement vient de la fin de vie, pas de nos machines à laver). Comme l’explique la chercheuse Nathalie Gontard, les plastiques en décharge constituent une gigantesque bombe à retardement pour les siècles à venir.
Décharge textile à Nairobi, photo issue de l’excellent rapport Trashion (cliquez ici pour y accéder).
Bref, la peste ou le choléra.
Tous ces problèmes liés au polyester, les marques de fast fashion sentent que ce n’est pas très bon pour leur réputation… et au final, pas très bon pour les affaires.
Alors ils ont trouvé une solution magique. Nous avons nommé :
Chapitre 2 – Ce qui cloche avec le polyester recyclé
Une petite précaution avant d’entrer dans le vif du sujet. Nous ne voulons pas juger les petites et moyennes marques qui utilisent aujourd’hui du polyester recyclé. Le choix des matières est un sujet extrêmement complexe et il existe tellement de désinformation sur ce sujet qu’on peut tous tomber dans le panneau… Et nous les premiers : chez Loom, nous expliquions fièrement pourquoi on utilisait du polyester recyclé par exemple dans notre maillot de bain. Y voir clair au milieu de tout ça, c’est presque un boulot à plein temps ! Et puis bien sûr, c’est très délicat pour une marque « éthique » de ne pas utiliser une matière qui semble écologique et que même la fast fashion utilise largement ! Qu’en penseraient ses clients ?
Le recyclage fait appel à un imaginaire très puissant. Quand on évoque ce mot, ce qui vient en tête, c’est le cycle magique de la nature : des plantes mortes se dégradent dans le sol et hop, les éléments nutritifs qui en résultent permettent à une nouvelle plante de pousser. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Comment notre cerveau imagine le recyclage :tellement magique qu’on se chanterait bien une petite BO du Roi Lion :“It’s the Ciiiiiircle of life”.
Un récent reportage tourné dans un magasin Primark montrait toute la puissance marketing des matières recyclées. Une cliente interviewée à la caisse explique :
“Ils nous disent que c’est du coton recyclé, donc ça vaut deux fois plus le coup. Je regrette moins d’acheter parce que je me dis que c’est bon pour la planète.”
En plus, le polyester recyclé est à peine plus cher que le polyester vierge8. C’est donc la matière absolument parfaite pour les marques : elle a l’air d’être écolo, elle fait vendre en déculpabilisant les consommateurs, sans être hors de prix.
Alors forcément, presque toutes les marques de fast fashion s’y sont mises : aujourd’hui, 8% des vêtements vendus dans le monde sont fabriqués avec du polyester recyclé. Soit 10 milliards de vêtements vendus chaque année.
Merci le polyester recyclé, qui permet aux marques d’avoir des milliards de mignonnes petites étiquettes comme preuves ultimes qu’elles sont devenues “éco-responsables”.
Même les pires élèves de la mode se sont tournés vers le polyester recyclé. Chez Primark, 45% du polyester est issu du recyclage. La marque Shein, dont on parlait plus haut, ne jure plus que par cela.
Quand on vous dit que le polyester recyclé ne coûte pas les yeux de la tête…
Aujourd’hui, c’est le polyester vierge qui est encore largement le socle de la fast fashion. Mais demain, ce pourrait bien être le polyester recyclé.
Selon un rapport de l’ONG Changing Markets Foundation, qui a contacté 46 grandes marques pour connaître leur stratégie vis-à-vis des matières synthétiques, le polyester recyclé est “leur principale stratégie pour diminuer leur empreinte carbone”.
Mais est-ce vraiment la bonne stratégie ?
Vraiment pas.
D’abord, le recyclage industriel est assez loin du “cycle magique de la nature” dont on parlait plus haut. Certes, il évite d’avoir à extraire le pétrole puis de le raffiner. Mais il demande aussi pas mal de machines : transport, triage, lavage, broyage, fonte, extrusion pour faire un filament… et ces équipements ont besoin d’énergie et de matériaux. Si on se réfère au fameux indice Higg, qu’on ne peut pas soupçonner d’être contre le polyester, l’impact carbone d’un polyester recyclé très efficacement (de l’entreprise Repreve) ne serait que 42% inférieur à son équivalent non recyclé.
On dirait des petits lits à baldaquin mais ce sont des machines qui permettent l’extrusion du polyester… y compris recyclé.
42%, c’est quand même pas mal, non ? Sauf que pour fabriquer un vêtement en polyester recyclé, il faut ensuite passer par toutes les étapes habituelles : filature, tissage ou tricotage, teinture, confection, distribution… Et comme la matière première ne représente qu’environ 30% de l’empreinte finale, l’impact carbone d’un vêtement avec un très bon polyester recyclé n’est que 13% inférieur à son équivalent en polyester vierge9. Bon, c’est déjà ça… mais cet ordre de grandeur montre qu’il est difficile de dire que ce vêtement est “bon pour la planète”, pour reprendre les termes de la cliente Primark du reportage.
Mais ce n’est pas terminé.
D’abord, chimiquement, le polyester recyclé, c’est exactement la même chose que le polyester classique. Pour la phase d’utilisation et la fin de vie, c’est donc le même problème que le polyester vierge : relâchement de millions de micro-fibres plastiques dans la nature et/ou émission de gaz à effet de serre et de fumées toxiques lors de l’incinération.
Et ce qui est peut-être le problème le plus important, c’est que ce polyester recyclé… ne provient pas d’autres vêtements en polyester. Personne ne dispose aujourd’hui des solutions techniques pour recycler des vêtements en polyester à grande échelle, notamment parce que le polyester est souvent mélangé à d’autres matières (comme le coton ou l’élasthanne) et qu’il contient beaucoup d’impuretés (à commencer par la teinture).
En fait, 99% du polyester recyclé vient d’une source beaucoup plus simple à exploiter à l’échelle industrielle : les bouteilles en plastique en PET, qui se trouvent être constituées des mêmes molécules chimiques que le polyester. Pour vous donner une idée, avec 13 bouteilles en plastique, on fabrique assez de fil pour faire un t-shirt.
Rare image d’un t-shirt Primark, collection 2028.
“Bah il vaut mieux que ces bouteilles en plastique finissent en fils de polyester que sur des plages ou dans des décharges à ciel ouvert, non ?”
Excellente question Jean-Michel.
Quand les marques de fast fashion expliquent que le polyester recyclé vient des bouteilles plastiques, elles entretiennent souvent l’illusion qu’elles évitent que les bouteilles en plastique ne viennent polluer l’environnement. Le principal fournisseur de fil de polyester recyclé (Unifi) explique d’ailleurs sur son site : “nous avons créé ce fil pour créer un monde plus durable où nous évitons à des milliards de bouteilles en plastique de finir dans les décharges ou les océans”.
C’est émouvant… mais la vérité est toute autre.
Si ces bouteilles n’avaient pas été utilisées pour fabriquer du polyester, elles auraient en fait permis de fabriquer… d’autres bouteilles en plastique. La réalité, c’est que l’industrie textile récupère des bouteilles plastiques recyclables plusieurs fois pour les transformer en vêtements, qui eux, ne seront pas recyclables à grande échelle.
D’ailleurs, la filière des bouteilles en plastique est très en colère contre l’industrie textile, qui lui pique la majorité de ses bouteilles pour fabriquer du polyester “recyclé”10. Le fait que l’industrie textile récupère autant de bouteilles empêche l’industrie des bouteilles d’atteindre ses propres objectifs de recyclage. Elle réclame donc de pouvoir accéder à ses propres bouteilles avant les autres filières. Nicholas Hodac, le directeur de l’association des sodas européens, témoignait récemment : “Utiliser les matières de quelqu’un d’autre – comme le fait l’industrie textile avec les bouteilles PET – ce n’est pas de la circularité. […] C’est du décyclage.” Depuis quelques mois, la filière des bouteilles en plastique essaie même de développer sa propre infrastructure de collecte dans les rues pour être sûre de récupérer un maximum de bouteilles et éviter qu’elles ne finissent dans le textile. Même l’Union Européenne vient de l’affirmer dans sa récente stratégie pour les textiles durables : “Une telle pratique n’est pas en ligne avec le modèle circulaire des bouteilles en plastique”. D’ailleurs, une directive européenne va obliger à avoir un taux d’incorporation minimum de plastique recyclé de 25% dans les bouteilles dès 2025.
Visuel de la campagne “Rendez-nous nos bouteilles” : la filière bouteille est fâchée.
Bref, peut-être qu’un jour, l’industrie textile ne pourra plus avoir accès à ce gisement de bouteilles pour les « recycler » en vêtements… Preuve supplémentaire que ce polyester recyclé à partir de bouteilles n’est pas une solution magique au problème environnemental du textile. Au contraire, il agit plutôt comme un écran de fumée qui retarde la prise de conscience… et nous détourne des vraies solutions.
Alors quelles sont-elles ? Comment fait-on pour avoir une industrie textile qui permette d’habiller la planète sans la détruire en même temps ?
Chapitre 3 – La solution, la réduction
D’abord, pourrait-on imaginer un recyclage du polyester en boucle fermée, avec du polyester issu de vieux vêtements ?
Pour l’instant, cette pratique est quasiment inexistante: aujourd’hui, seuls 0,18% des vêtements sont fabriqués avec des matières recyclées à partir d’autres vêtements. Et selon un rapport de l’ONG Changing Markets Foundation en 2021, aucune des 46 grandes marques interrogées n’avait pour objectif de développer le recyclage en boucle fermée.
Pourtant, il existe un certain nombre de projets de ce type qui donnent de l’espoir. Et cocorico, la France n’est pas trop mal placée sur ce sujet. L’entreprise Carbios affirme pouvoir recycler 90% du polyester présent dans les vêtements grâce à une méthode dite “enzymatique” et construit en ce moment une usine pilote en Meurthe-et-Moselle. Et l’américain Eastman va investir un milliard de dollars pour construire d’ici 2025 la plus grande usine de recyclage “chimique” de polyester du monde près du Havre (elle accueillera avant tout des emballages en PET mais annonce aussi pouvoir recycler du polyester textile).
L’usine de recyclage d’Eastman au Tennesseequi accueillera bientôt un site de recyclage chimique comme au Havre(bientôt on aura tous quelque chose “sur” nous de Tennessee).
Mais est-ce que ce recyclage du polyester en boucle fermée suffirait à rendre l’industrie textile vertueuse?
Malheureusement non.
D’abord, il existe encore une grande part d’incertitude sur la capacité de ces projets à recycler du textile à grande échelle en termes de coûts et d’énergie. Par exemple, l’enquête publique de la giga-usine Eastman nous apprend qu’elle espère recycler moins de 3% des volumes mis sur le marché en France10. Mais surtout, il s’agit d’un objectif assez théorique dans la mesure où Eastman reconnaît que “la pureté et la conception des textiles est un défi” et ciblerait d’abord… des “ceintures de sécurité 100% polyester”. On est encore loin de pouvoir recycler des t-shirts Shein ou des robes H&M.
Mais plaçons-nous dans un monde idéal où le recyclage du polyester est proche de la perfection. Imaginons que :
la moitié du polyester textile provient d’autres vêtements en polyester (pour rappel, c’est moins de 1% aujourd’hui)
le recyclage chimique ou enzymatique est ultra-efficace et permet d’avoir un impact climatique du polyester recyclé 70% inférieur à celui du vierge (ce qui est très, très optimiste)11
Dans ces conditions idéales, comme la matière ne représente que 30% de l’impact (par rapport à la fabrication du vêtement en tant que telle), la réduction de l’impact climatique pour l’ensemble de la fabrication de vêtements en polyester serait alors de… 10%13.
10% ? C’est à peine plus que le taux de croissance de la vente de vêtements en polyester dans le monde prévu pour l’année prochaine.
Autrement dit, en termes d’impact climatique, si on réussissait l’exploit technologique et industriel de déployer des usines de recyclage de polyester de vêtements dans le monde entier, ce serait juste comme si on avait stabilisé la croissance des vêtements en polyester pendant… un an. C’est d’abord pour ça que le polyester recyclé est un écran de fumée : le mot « recyclé » nous donne l’illusion qu’on résout le problème de pollution de l’industrie textile alors qu’on n’est pas du tout sur les bons ordres de grandeur.
Bref, si le recyclage en boucle fermée ne s’accompagne pas d’une réduction drastique de la consommation de vêtements en polyester, ce sera juste un coup d’épée dans l’eau.
En fait, c’est le moment de se souvenir de la bonne vieille règle des trois R : pour réduire l’impact écologique des vêtements, avant de les recycler, il faut d’abord ré-utiliser et encore mieux, réduire.
La pyramide des 3R : recycler, oui, mais seulement en dernier recours.
Mais concrètement, comment on fait ?
D’abord, la ré-utilisation.
La plupart de nos vêtements peuvent avoir une deuxième vie, à condition de les entretenir et les réparer un maximum. Si vous avez peur des aiguilles (à coudre), des milliers d’ateliers de retouche sur tout le territoire n’attendent que vos vêtements.
Mais il existe une autre forme de réutilisation, à mi-chemin entre le recyclage et l’upcycling, et sur laquelle on pourra peut-être bientôt compter : des usines qui trient automatiquement nos vieux vêtements par composition et par couleur, puis les effilochent pour refaire des fils qu’il n’y aura pas besoin de re-teindre (ce qui évite donc la phase de teinture, très consommatrice en énergie). Ça, c’est le projet du CETI, un centre de recherche textile près de Lille, en partenariat avec plusieurs usines françaises. Certes, les fils obtenus sont pour l’instant moins parfaits que les fils issus de matière vierge, mais l’initiative mérite d’être soutenue.
Enfin (et surtout), la réduction ! Pour réduire l’impact écologique de la mode, tout le monde a un rôle à jouer.
Ce qu’on peut faire en tant que marque :
Le polyester représente la moitié des fibres textiles mondiales, et cette proportion grandit d’année en année. Certes, c’est pratique pour faire des vêtements de sport qui sèchent vite… mais a-t-on vraiment besoin de l’utiliser pour fabriquer des robes ou des t-shirts ? Idéalement, il faudrait utiliser les matières synthétiques dans les proportions les plus faibles possible, et quand il n’y a vraiment pas d’alternative.
Pour les vêtements qui nécessitent l’utilisation de matières synthétiques, on peut continuer à utiliser du polyester recyclé (qui reste un tout petit peu moins pire que sa version vierge). Mais il ne faut pas oublier les ordres de grandeur et donc éviter de mettre en avant les supposées vertus de cette matière : par effet de halo, cela pourrait laisser penser aux clients que ce vêtement est « bon pour la planète ».
Se concentrer sur l’essentiel : éviter de produire à l’autre bout du monde, ne pas renouveler ses collections tous les 2 jours, etc.
Ce que peut faire l’État :
Accorder à la filière bouteille la primeur de l’accès à son propre plastique, comme le demandent de nombreuses ONGs. Si elle n’a plus accès au polyester recyclé issu de bouteilles, l’industrie textile ne pourra plus se cacher derrière cette solution et sera obligée de se poser des vraies questions pour réduire son impact écologique.
Pénaliser le polyester vierge (et toutes les autres matières d’origine fossile) dans les prochaines réglementations, en particulier dans l’affichage environnemental qui sera bientôt déployé en France puis en Europe. C’est loin d’être gagné car l’affichage environnemental européen est coordonné par l’organisme à l’origine de l’indice Higg, celui-là même qui estime que le polyester est une des matières les plus écologiques du marché.
Pénaliser les pratiques commerciales de la fast fashion, qui génèrent toujours plus de surconsommation. Avec des centaines d’autres marques, c’est ce pour quoi nous nous battons à travers la coalition En Mode Climat.
Privilégiez les matières naturelles, surtout si elles sont issues d’une agriculture raisonnée et/ou locale : il y a plein de cas où on peut facilement se passer de polyester ou autres matières synthétiques. Et elles seront toujours préférables au polyester pour les vêtements que vous portez à même la peau en raison de leur meilleure résistance aux odeurs (sous-vêtements, t-shirts, chemises, etc.)
On a tous envie de croire que la solution à la crise environnementale peut se trouver dans une simple invention technique : un gigantesque aspirateur à CO2 pour continuer à brûler des énergies fossiles, des avions à hydrogène pour continuer à partir en week-end à New-York… et du polyester recyclé pour continuer à acheter toujours plus d’habits. Les vraies solutions au problème du textile sont à la fois plus simples mais aussi plus difficiles à avaler pour les géants des vêtements : ils doivent d’abord renoncer à vendre toujours plus. Et pour vous, ça veut dire acheter moins de vêtements et chouchouter ceux que vous possédez déjà. Le combat écologique commence peut-être devant nos machines à laver…
Et les matières synthétiques chez Loom ? Nous essayons d’utiliser un maximum de matières naturelles mais il nous arrive d’insérer un peu de matières synthétiques, quand cela permet d’augmenter significativement la durée de vie de nos vêtements. Élasthanne : nous mettons un petit peu d’élasthanne dans nos pantalons en coton, nos sous-vêtements et dans les bords-côtes de nos pulls et sweats en coton pour limiter la déformation dans le temps. Polyamide : nous utilisons du polyamide pour renforcer nos chaussettes, notre t-shirt en mérinos et notre sac à dos. Polyester : nous utilisons du polyester dans notre maillot de bain (car nous ne voyons pas par quoi le remplacer), un petit peu dans notre jogging (pour limiter sa déformation) et dans notre chino, sous la forme d’élastomultiester (pour limiter le pochage).
Qui on est pour dire ça ? Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L’industrie textile file un mauvais coton et c’est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant. On ne fait jamais de pub : si vous aimez ce qu’on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis, on vous écrira maximum une fois par mois.
Notes
1 En France, les textiles collectés en fin de vie montrent une plus faible part du polyester (seulement 19%). Selon Refashion, deux grandes raisons peuvent expliquer cet écart : « la production mondiale de textiles n’est pas exclusivement destinée à l’habillement (une multitude d’usages techniques, dans le bâtiment ou les articles de sport, par exemple, accaparent des textiles synthétiques) ; et les habits synthétiques sont potentiellement peu collectés car ils s’usent moins rapidement ou sont jugés de moindre valeur (donc jetés avec les ordures) ».
2 Certes, le coton génère un peu plus de perte lors de la filature à cause des impuretés et fibres trop courtes, mais la différence de perte avec le polyester est d’environ 8%, donc un impact sur le prix du vêtement inférieur à 1%. Insuffisant pour expliquer l’explosion de l’usage du polyester.
3 Pas dans tous les cas : le coton est plus adapté pour des vêtements près du corps comme les t-shirts et les sous-vêtements, pour des vêtements qu’on veut moins brillants comme les chemises ou les jeans, etc. Sans oublier les autres matières naturelles, comme la laine plus adaptée pour les vêtements chauds.
5 Certes, Hengli est un peu un cas à part. La plupart du temps, ce sont les raffineries classiques qui revendent le naphta aux usines de polyester : le polyester est donc d’abord un co-produit de l’essence (et non l’inverse).
6 C’est la même chose pour les fibres cellulosiques, comme le coton, mais les fibres de coton sont plus facilement biodégradables dans l’environnement (dans la terre mais pas forcément dans l’océan où les études semblent montrer que les fibres de coton teintes sont peu biodégradables).
7 Cela ne signifie pas non plus que l’énergie issue de l’incinération des vêtements en coton doive être considérée comme renouvelable : il a fallu utiliser beaucoup d’énergie lors de leur fabrication.
8 Le prix des granules de polyester recyclé est même inférieur à celui des granules vierges. Mais les marques utilisatrices de polyester recyclé nous ont communiqué qu’il restait légèrement plus cher à l’achat, sans doute à cause des volumes de production plus faibles que le polyester vierge et donc aux plus faibles économies d’échelle.
11 L’enquête publique parle de « 20 000 tonnes de déchets textiles à horizon 2028 ».
12 Il existe encore peu d’études d’analyse de cycle de vie de polyester « fiber-to-fiber »… Mais par exemple, les premières études sur le recyclage enzymatique comme celle-ci présentent un bilan écologique pire que pour le polyester vierge. Cette synthèse sur le recyclage chimique n’est également guère enthousiasmante.
13 Gain environnemental = % vêtements recyclés * % à allouer matières premières * gain climatique du recyclage = 50% * 30% * 70% = 10%
Il n’est pas nécessaire d’avoir chez vous les savons détachants les plus improbables (fiel de quoi ?) ou de casser votre tirelire pour vous offrir la machine à laver la plus chère du marché. Il n’y a qu’une seule chose à faire :
Oui. Où que vous soyez. Même si cela implique parfois de passer la fin de votre repas trempés jusqu’à l’os à cause d’une tache de vin.
Pour convaincre les plus cartésiens
J’ai taché 4 tissus en coton numérotés de 1 à 4 avec les 3 types de taches qui existent : les taches grasses (huile d’olive), les taches enzymatiques (chocolat noir fondu) et les taches oxydables (du vin rouge) afin de répondre aux deux questions suivantes :
Est-ce que c’est si grave que ça d’attendre quelques jours avant de laver un vêtement taché ?
Faut-il frotter la tache avec du savon avant de passer le vêtement en machine ?
Pour cela j’ai lavé différemment mes 4 tissus :
Le tissu n°1 n’a pas été savonné, mais a été lavé en machine dans l’heure suivant la tache
Le tissu n°2 a été savonné immédiatement, puis lavé en machine dans l’heure
Le tissu n°3 n’a pas été savonné, puis a été lavé en machine 7 jours après la tache. Pourquoi 7 jours ? Car je fais une machine de vêtements par semaine donc il peut arriver qu’un vêtement taché patiente 7 jours dans mon panier à linge sale (même si c’est une extrêmement mauvaise idée hein)
Le tissu n°4 a été savonné immédiatement, puis lavé en machine 7 jours après
Et voici le résultat après lavage en machine et séchage à l’air :
La conclusion est implacable : le tissu n°2 est presque nickel. Voici donc mon meilleur conseil quand vous êtes face à une tache : savonnez immédiatement et faites une lessive le plus vite possible.
Si vous ne pouvez pas faire de lessive tout de suite, pensez quand même à savonner la tache immédiatement : les deux tissus savonnés (le n°2 et le n°4) sont sortis de la machine plus propres que les deux autres (il faudra me croire sur parole car ce n’est pas évident sur la photo). Et si vous le pouvez, faites également une lessive rapidement : les deux tissus lavés 7 jours après la tache (le n°3 et le n°4) sont moins bien détachés que les deux autres. C’est particulièrement visible pour les taches oxydables (les taches de vin en bas) et pour les taches enzymatiques car le chocolat a piqué le tissu en moisissant (glop).
Quel savon utiliser ?
Pour vous conseiller au mieux avec mes articles d’entretien, je fais régulièrement des recherches pour détecter les tendances en matière d’entretien (ou parfois les grosses arnaques) et ajouter des produits à ma longue liste de choses à tester. En plus, les commentaires regorgent de pépites, comme ici au sujet d’un savon détachant :
Vos fils peuvent détacher leurs slips eux-mêmes Valérie.
Comme je vous le disais plus haut, je n’ai pas constaté de différence d’efficacité entre les différents savons que j’ai testés, que ce soit des savons “spécial taches” (comme le savon au fiel de bœuf ou le savon à base de terre de Sommières) ou des savons archi-basiques trouvables en supermarché pour trois francs six sous.
Alors tant qu’à faire, achetez plutôt des savons fabriqués localement. Nous avons la chance d’avoir en France des savonneries qui produisent encore du savon de manière artisanale, comme par exemple la savonnerie Fer à Cheval à Marseille (on vend d’ailleurs un de leurs savons sur le site de Loom). Ils sont fabriqués au chaudron à partir d’huile de grignons d’olive : c’est la deuxième pression des olives car la première donne l’huile d’olive alimentaire. Mais n’importe quel petit bout de vieux savon fera donc l’affaire TANT QUE VOUS SAVONNEREZ VOS TACHES IMMÉDIATEMENT AVANT DE LES LAVER EN MACHINE.
PS : Pour les taches de gras, le liquide vaisselle fera aussi très bien l’affaire. Mais veillez à le prendre transparent pour ne pas qu’il laisse la zone colorée.
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis chargée de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile. Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
La mite textile, anciennement appelée teigne des vêtements (ET C’EST BIEN MÉRITÉ), est un papillon de nuit dont les larves se nourrissent de kératine. Leur rôle dans l’écosystème est normalement de décomposer les parties des cadavres d’animaux qui se dégradent le plus lentement : peau, fourrure, griffes, cornes, sabots… On est donc plein de gratitude pour ces petites larves extrêmement utiles, mais on préférerait qu’elles laissent nos pulls en laine tranquilles.
Avant de ranger vos vêtements d’hiver, il faut donc vous assurer qu’aucune mite n’a élu domicile dans votre armoire. Voilà plusieurs pistes pour en avoir le cœur net :
Dans votre placard : - en fouillant dans votre dressing, ou en secouant vos pulls, des petits papillons argentés se sont envolés (une mite textile mesure un peu moins de 1 cm de long), - vous avez trouvé dans les recoins de votre placard des cocons blancs à l’apparence cotonneuse (spoiler : ce sont des cocons de mites),
Sur vos vêtements : - vous avez repéré des trous assez caractéristiques : c’est comme si vous aviez arraché une maille mais sans que des fils ne dépassent du trou, - l’un de vos pulls présente plusieurs trous dans la même zone, - les trous sont irréguliers et pas très grands (environ 0,5 cm de diamètre) et apparaissent sur les matières animales, surtout sur la laine ou la soie.
Les experts sont formels : une mite est passée par là.
Si vous avez répondu positivement à l’une de ces affirmations, prenez votre courage à deux mains et suivez la guide :
Comment se débarrasser des mites
Ou plus précisément : comment se débarrasser des larves de mites car comme nous l’expliquions plus haut, ce sont les larves de mites qui se nourrissent de kératine et qui font les trous dans vos pulls. Les mites adultes, quant à elles, ne mangent pas : elles ont une espérance de vie d’une dizaine de jours pendant lesquels leur seul objectif est de trouver un endroit propice pour pondre. #mumlife #proudmama
Les larves de mite craignent le mouvement et leur instinct de survie peut les amener à se cacher dans n’importe quel vêtement ou recoin (même si elles ne mangent que les matières animales in fine). Je vous conseille donc de traiter tous les vêtements rangés à proximité de vos lainages troués ainsi que votre placard pour être sûrs d’éliminer toutes les larves. Voici comment procéder :
Pour les vêtements fragiles ou en laine, laissez-les au congélateur pendant 72 heures puis lavez-les en programme laine à 30°C - le froid et l’eau devraient les tuer,
Pour les vêtements qui le tolèrent (comme les vêtements en coton par exemple), lavez-les à 60°C puis séchez-les au sèche-linge, ou repassez-les – la chaleur aura raison de leur volonté de nuire,
Aspirez votre placard de fond en comble, en insistant sur les recoins, pour éliminer les cocons de mites,
Saupoudrez de la terre de diatomée dans les angles de votre placard afin d’éliminer les larves qui pourraient s’y cacher et que vous n’auriez pas réussi à aspirer. C’est de la poudre d’algue trouvable en supermarché qui joue le rôle d’insecticide mécanique. Pensez à l’aspirer au bout d’une semaine car elle peut être irritante à long terme et bien entendu, pensez à lire les contre-indications au dos du flacon,
En complément, pour être certains d’être tranquilles, vous pouvez utiliser des pièges à mites imprégnés de phéromones qui attirent les mites mâles restantes qui vont venir s’y coller : ça devrait donc stopper la reproduction de ces petites bébêtes.
Aucune mite ne vous résistera.
Une fois que vous avez fait tout ça, vous pouvez à nouveau ranger vos vêtements dans votre armoire le cœur léger. Mais ne criez pas victoire trop tôt : il faut désormais vous assurer que les mites ne reviennent pas.
Comment éviter que les mites ne s’installent chez vous
Pour tenir les mites à l’écart de votre dressing, il y a quelques trucs à savoir :
D’abord, les mites adorent l’obscurité et détestent le mouvement – oui je l’ai déjà dit mais c’est très important alors je le répète. Évitez donc de laisser des pulls inutilisés pendant des années dans un placard. Portez-les souvent et évitez d’acheter des pulls dont vous n’avez pas besoin.
Ces bestioles raffolent des odeurs corporelles. Pensez à bien aérer votre pull en fin de journée après l’avoir porté, par exemple sur le dossier d’une chaise.
Glissez du bois de cèdre dans votre pile de pulls pour éloigner les mites. Versez dessus une goutte d’huile essentielle de cèdre tous les trois mois pour ne pas qu’il perde son odeur (et donc son efficacité).
Pourquoi le cèdre est le meilleur des anti-mites
Pour éloigner ces bêtes destructrices de dressing, on utilisait historiquement des boules de naphtaline, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’elles étaient irritantes pour la peau, les muqueuses oculaires et les voies aériennes chez l’homme (particulièrement chez l’enfant) et qu’on interdise leur commercialisation en 2008.
En l’absence de naphtaline, il faut s’en remettre au répulsif naturel le plus connu contre les mites textiles : le bois de cèdre, qui contient plusieurs types d’alcools tueurs de larves (après tout, c’est comme ça que le cèdre se protège lui-même des insectes susceptibles de le dévorer). Dès 1682, on trouve des écrits préconisant de conserver ses lainages dans des armoires en bois de cèdre. Une croyance populaire qui a été scientifiquement confirmée en 1952 grâce aux chercheurs Huddle et Mills avec une conclusion sans appel : “Les larves exposées à 0,6 mg/l de vapeur d’huile de bois de cèdre avaient une mortalité de 91 % en une semaine. Un autre lot de larves exposées à 1-2 mg/l de vapeur d’huile de bois de cèdre a eu une mortalité de 100 % dans les 8 à 24 heures suivant l’exposition. [...] ”. À la bonne heure !
On peut trouver des bâtonnets de cèdre à visée anti-mites dans la plupart des grandes surfaces, mais ils sont généralement fabriqués à partir de bois d’Amérique du Nord puis façonnés en Chine, et c’est quand même dommage d’importer ce genre de produit quand on vit dans un pays qui regorge de forêts de cèdres (aka La France).
On a donc fait un peu de zèle chez Loom et on a conçu notre propre kit anti-mites 100% local en travaillant avec ces deux super entreprises :
la Tabletterie des Lacs (dans le Jura) a façonné pour nous des disques en bois de cèdre issu des forêts locales qui sont perforés en leur centre pour que vous puissiez soit les suspendre à vos cintres, soit les glisser au milieu de vos piles de pulls.
L’odeur du bois de cèdre s’atténuant au bout de quelques mois, on s’est donc rapproché de la Distillerie Bel Air (dans le Gard) qui produit artisanalement de l’huile essentielle de cèdre français.
Comment réparer un vêtement troué par les mites ?
Vous vous êtes enfin débarrassés durablement des mites textiles mais il reste de leur passage chez vous quelques mailles trouées. Pour éviter que ces trous ne s’agrandissent au fil du temps, je vous conseille de les refermer proprement.
Option 1 - Do it yourself
Armez-vous de patience, d’une aiguille et de laine à repriser dans la bonne couleur comme celle-ci et suivez les instructions de cette vidéo qui explique pas à pas comment repriser vos pulls troués.
Il existe aussi d’excellentes formations plus poussées pour apprendre à réparer vos vêtements troués :
Vous pouvez également confier vos pulls à des artisans spécialisés sur ce sujet. C’est notamment le cas de Julie, la créatrice de La Clinique du Pull qui est basée à Paris mais à qui vous pouvez envoyer vos pulls par la Poste. Elle en fera des merveilles, la preuve en images :
Pour un reprisage invisible maille à maille comme celui sur la photo ci-dessus, il faut compter une dizaine d’euros par trou. Le résultat est totalement invisible mais si une mite a fait un festin de votre pull, l’addition peut vite être salée.
Si votre budget est plus réduit ou si votre pull est tellement troué qu’il ressemble à une meule d’Emmental de Savoie I.G.P, il existe l’option “tamponnage” qui est plus simple à effectuer que la précédente : Julie noue ensemble tous les fils dévorés par la larve de mite afin d’empêcher le trou de s’agrandir, puis recouvre la zone avec du feutre de laine pour cacher et solidifier la zone. Cette technique coûte quelques euros par trou à reboucher. J’ai personnellement opté pour un tamponnage visible avec de la laine colorée, mais il est totalement possible de lui demander un tamponnage ton-sur-ton si vous n’avez pas envie de ressembler à une coccinelle sous exta vue par un daltonien.
Big up à la clinique du pull !
Voilà, vous savez à peu près tout sur les mites, leurs larves, les forêts de cèdre français et la réparation par tamponnage. Prenez soin de vos pulls en laine et surtout : sus aux mites !
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis chargée de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile. Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
23 mai 2022. On appuie sur le bouton qui envoie la newsletter annonçant la sortie de notre jean bleu homme. À première vue, rien de révolutionnaire pour une marque de vêtements. Sauf que ce jean, il est un peu spécial : il devrait trouer moins vite que les autres à l’entrejambe. Pour en arriver là, on a travaillé pendant trois ans, inventé un nouveau test d’usure avec notre laboratoire et fini par développer notre propre tissu dans les Vosges. On vous emmène avec nous.
Les trous à l’entrejambe, la maladie des jeans
Avant de se lancer dans la fabrication de notre jean, on vous avait envoyé un petit questionnaire : “C’est quoi le problème avec vos jeans en général ?”. Et à question simple, réponse simple : le problème, c’est les trous à l’entrejambe.
On a reçu ça x500.
Eh oui : quand on marche, la cuisse frotte contre l’autre cuisse (ou plutôt : contre le bas de la fesse), ce qui fragilise le tissu du jean puis finit par le trouer.
Pour fabriquer le nôtre, il fallait donc d’abord comprendre pourquoi certains jeans trouent plus vite que d’autres. Notre premier réflexe : écumer les centaines d’articles sur internet consacrés au “crotch blow out” (c’est comme ça qu’on dit “trou à l’entrejambe” au pays du jean) et à sa (ses ?) cause. Mais sur les sites et forums américains, personne n’était d’accord : toile trop fine, présence d’élasthanne, coton de mauvaise qualité, coupe trop serrée, coutures trop épaisses, humidité liée à la transpiration…
Les Américains ils ont inventé ChatGPT, mais pour la solution aux trous des jeans, ils cherchent encore.
Mais alors… comment tirer ça au clair ?
Un jour, on a eu une révélation : la vérité sur les trous des jeans se cache très probablement… dans les chinos. Eh oui, notre chino Loom, on le vend depuis 2019 et on est sûrs d’une chose : on ne nous a presque jamais remonté de trous à l’entrejambe, et les rares clients à avoir percé cette zone font un usage intense du vélo ou de la moto - bref, nos chinos ne trouent pas à cause du frottement de la marche.
C’est pas Taor (notre mannequin qui porte le chino) qui vous dira le contraire.
La question était donc tout simplement : quelles sont les spécificités du jean par rapport à un chino qui pourraient expliquer la formation de trous à l’entrejambe ?
À la recherche du coupable
Cette question nous a permis d’éliminer la plupart des hypothèses trouvées sur ces sites américains :
Les jeans trouent parce qu’ils sont trop fins : non, un chino est généralement plus fin qu’un jean.
Les jeans trouent parce qu’ils sont trop serrés aux cuisses : non, à l’entrejambe, les jeans et les chinos ont à peu près la même coupe.
Les jeans trouent à cause de facteurs exogènes (humidité liée à la transpiration, tension quand on bouge…) : non, a priori on fait à peu près la même chose avec un jean qu’avec un chino.
Les jeans trouent parce qu’ils ont de l’élasthanne : non, comme la plupart des jeans, la plupart des chinos contiennent un petit pourcentage d’élasthanne pour le confort.
Les jeans trouent parce que leur coton est de mauvaise qualité : non, il n’y a aucune raison pour que les fibres de coton utilisées dans les jeans soient plus courtes ou de moins bonne qualité que celles utilisées dans les chinos.
Les jeans trouent parce que leurs fils sont de moins bonne qualité : non, même s’il est vrai que dans les années 70, une partie des jeans étaient tissés avec des fils dits “open-end” (moins chers et peut-être moins résistants à l’abrasion), 95% des jeans sont aujourd’hui tissés avec des fils traditionnels “ringspun”, comme les chinos.
Il nous restait donc seulement deux hypothèses à tester :
Hypothèse n°1 : la couture double. La couture intérieure de la jambe des jeans est plus épaisse que celle des chinos – une couture double qui pourrait causer des frottements plus intenses que sur les chinos.
Suspect n°1 : la couture double du jean, peut-être coupable malgré son air innocent.
Hypothèse n°2 : la rugosité. Les fils des jeans sont plus gros que ceux des chinos : leur tissu est donc plus rugueux. Quand une cuisse frotte contre l’autre, c’est un peu comme si un papier de verre frottait le tissu.
Suspect n°2 : la rugosité du jean (pas ce gentil petit cheval).
Nos tests en laboratoire
Pour tester nos hypothèses, on a décidé de simuler les frottements avec notre laboratoire (SMT), lors d’un test dit “Martindale” : une machine frotte le tissu jusqu’à ce qu’un trou apparaisse. Le résultat se compte en nombre de cycles : plus le nombre est élevé, plus le tissu est résistant.
Une machine Martindale en action.
Pour commencer, on a voulu vérifier que le test Martindale simule bien ce qui se passe dans la vraie vie : on a donc testé un tissu de jean et un tissu de chino pour vérifier qu’en labo aussi, le jean troue plus vite que le chino.
Mais quand on a reçu les résultats, surprise : en laboratoire, le jean avait tenu deux fois plus longtemps que le chino (100 000 vs. 50 000 cycles). Le contraire de ce qui se passe dans la vraie vie…
Alors on a réfléchi deux secondes (ok, plutôt deux semaines) : ce test Martindale ne peut pas simuler ce qui se passe réellement à l’entrejambe, puisqu’il utilise la même matière standard pour frotter contre le tissu. Or, quand on marche, c’est le tissu qui frotte contre lui-même ! On a appelé notre labo et imaginé ensemble un autre type de test où on remplace la "laine abrasive" standard par le tissu lui-même. Après quelques ajustements sur le bon niveau de pression, ce test répondra au doux nom de “Résistance à l’abrasion des étoffes méthode Martindale modifiée tissu contre tissu, pression 12 kpa”.
Quelques jours plus tard, les résultats du nouveau test tombaient :
Bingo ! On avait trouvé un test laboratoire qui simule bien ce qui se passe dans la vraie vie : le chino résiste (au moins) trois fois mieux que le jean aux frottements : 100 000 vs. 35 000 cycles.
On pouvait donc passer à l’étape suivante : tester nos deux hypothèses pour trouver la cause de ces trous intempestifs sur vos jeans.
Pour tester la première hypothèse (la couture double du jean), on a remplacé le tissu simple par un tissu avec couture sur la machine Martindale… Quand on a reçu les résultats, on s’est aperçu que ça ne changeait rien : la couture ne fragilise pas le tissu. Reconnue non coupable.
Pas d’apparition de trous au bout de 100 000 cycles.
Par élimination, il ne restait donc qu’un seul coupable potentiel : la rugosité. Pour vérifier cette hypothèse, on a décidé de faire tester plusieurs types de jeans : des plutôt lisses et des plutôt rugueux. Et tous les résultats nous ont confirmé que plus le jean est épais et rugueux, plus il troue vite :
Le jean le plus fin qu’on ait trouvé (marque Muji) résiste hyper bien : il dépasse les 100 000 cycles haut la main.
Un jean brut assez épais (marque Uniqlo) ne résiste pas très bien : 35 000 cycles. Par contre, quand on rend la toile moins rugueuse manuellement avec du papier de verre avant de l’envoyer à tester, il tient beaucoup mieux et dépasse aussi les 100 000 cycles !
Un jean assez rugueux à cause de l’utilisation d’un fil “open end” ne tient pas très bien : 16 000 cycles seulement.
Un jean brut et son équivalent délavé (et donc moins rugueux) : le premier tient 70 000 cycles, beaucoup moins que le second qui rompt à 100 000 cycles.
Bref, après plusieurs mois d’essais (et quelques milliers d’euros dépensés…), on avait enfin identifié le coupable : la rugosité. Exactement le contraire de ce qu’on aurait pu penser intuitivement : un jean de cow-boy bien épais risque de trouer plus vite à l’entrejambe qu’un jean tout fin.
S’ils avaient su, tous les cowboys auraient porté des pantalons de yoga.
Et maintenant, ne restait plus qu’à développer notre tissu. Deux options s’offraient à nous.
Tester plein de tissus existants chez les fournisseurs et choisir le meilleur.
Développer le nôtre : plus incertain, plus lent, plus cher… mais avec l’espoir de créer un tissu peut-être plus performant que ceux qui existent déjà !
Vous devinez déjà ce qu’on a choisi, non ?
Direction les Vosges
Pour trouver une usine qui accepte de faire un tel développement avec nous, il fallait se lever de bonne heure. C’est du temps, de l’argent et on n’est pas Levi’s. Au départ, on espérait commander max 10 000 mètres de tissu par an, soit un peu plus de 100 000€… Économiquement pas très intéressant pour un industriel.
Pourtant, Tissage de France, l’usine des Vosges qui fabrique le denim de la marque 1083, a tout de suite accepté de travailler avec nous sur ce projet. Le deal : on partage les coûts de développement et si ça marche, l’usine pourra réutiliser tout ce qu’on a appris ensemble dans d’autres projets avec d’autres clients (c’est déjà ce qu’on avait fait avec succès lorsqu’on a développé nos chaussettes).
Nous dans les Vosges avec Tissage de France (6 indices sur cette photo vous permettront de retrouver l’année de notre visite).
Pour développer un tissu denim pas trop rugueux mais qui garde quand même une belle tenue, on a décidé ensemble de tisser :
Un denim pas trop épais (poids de 12 oz),
... avec un fil dit “ringspun” (plus doux que son équivalent “open-end”),
... issu de coton peigné (dont on a retiré les fibres les plus courtes pour plus de douceur et de résistance, ce qui est normalement réservé aux t-shirts ou aux chemises pour lesquels on recherche de la douceur)
... et le tout en coton bio, bien entendu.
Mais on ne s’est pas arrêté là : on voulait aussi résoudre le 2e gros problème remonté dans notre questionnaire : le fait que les jeans se détendent et finissent par prendre une taille. Pour ça, au lieu de filer l’élasthanne en même temps que les fibres de coton (la méthode classique dite “corespun”), Denis, le directeur de l’usine, nous a recommandé de retordre deux fils de coton autour d’un filament d’élasthanne (la méthode “guipée”, plus chère mais a priori plus efficace).
À gauche : la méthode “corespun”, à droite la méthode “guipée”.
Il nous a fallu quelques essais pour faire les derniers ajustements (notamment sur la taille du fil d’élasthanne), et enfin : on a réussi à tisser un denim qui tient la route. La preuve :
Sur le test qu’on a inventé (abrasion tissu contre tissu), notre jean dépasse les 200 000 cycles ! Au-delà donc de tous les jeans qu’on a pu tester.
Sur le test de déformation résiduelle, l’allongement résiduel après 1 minute est de seulement 1,8%, ce qui est tout à fait honorable : sur les 6 autres jeans que nous avons testés, un seul a fait mieux.
Oui mais si c’est pour faire un denim solide mais moche, ça ne sert pas à grand-chose, n’est-ce pas ? Bonne nouvelle, notre tissu ressemble à ça :
Un denim avec juste ce qu’il faut d’aspérités (notamment grâce à l’élasthanne guipé) pour lui donner du caractère.
C’est dans la poche
Avec le développement du tissu, on avait fait le plus gros. Parce que pour confectionner le jean, on savait à qui s’adresser : 5D, notre usine portugaise géniale spécialiste des pantalons (et qui fabrique pour plein de chouettes marques françaises).
Une usine tellement chouette que Le Monde a même fait un reportage sur eux en 2022.
Comparé à celui de notre tissu, notre cahier des charges pour la confection était assez simple… On voulait :
Une coupe semi-slim.
Des poches assez profondes pour votre téléphone et assez solides pour vos clefs.
Une braguette zip parce que c’est plus pratique et que ça délave plus joliment.
Un premier prélavage sur le jean brut pour ne pas qu’il rétrécisse chez vous.
Des passants de ceinture renforcés.
Après quelques allers-retours sur la coupe, on tenait notre jean ! Beau, confortable et solide. C’était parti pour la première production.
Séance d’essayage concluante.
Parenthèse : ouille le prix Ce jean, on le vend 100€. Oui, c’est pas donné… mais ce n’est pas si cher que ça. D’abord, la phase de développement nous a coûté pas mal d’argent : entre les tests labos, le développement d’essais de tissage et les allers-retours sur les prototypes, on en a eu pour une dizaine de milliers d’euros (sans compter notre temps de travail). Ensuite, le tissu coûte environ 15€/m à produire, soit presque deux fois plus cher que les toiles classiques made in Italy : coton bio, filature ringspun, coton peigné, fil d’élasthanne guipé plutôt que corespun, made in France… notre éthique et nos choix de qualité ont un coût. Enfin, la confection est soignée et made in Portugal, avec donc des salaires bien plus élevés que 95% des jeans du marché, fabriqués majoritairement en Asie ou au Maghreb. Mais comme on ne fait ni collection, ni soldes, ni pubs, et que nos actionnaires ne nous poussent pas à faire une grosse marge (plus de détails ici), on ne le vend “que” 100 euros (pour l’instant - ce prix pourra changer avec l’inflation sur l’énergie et les matières premières).
Solide mais pas increvable
Cela fait bientôt un an qu’on a lancé ce jean : on commence à avoir du recul sur la façon dont il vieillit. D’abord, les personnes qui l’ont acheté ont l’air très satisfaites : il est noté 4,7/5 par plus de 100 personnes, c’est vraiment génial.
Des compliments qui nous remplissent de joie - et nous inquiètent un peu pour la vie sociale de ce Guillaume.
Ce jean résistera-t-il aux trous à l’entrejambe pour l’éternité ?
Non.
D’abord, sur plus de 2000 jeans vendus, on a déjà eu 3 remontées de trous : des gens qui avaient une pratique régulière du vélo ou de la moto. Or, on a conçu ce jean pour bien résister aux frottements “cuisse contre cuisse”… mais il ne sera pas beaucoup plus résistant que les autres jeans pour les frottements “cuisse contre selle” (même si à chaque fois, les clients concernés nous ont dit qu’ils avaient troué leur jean Loom moins vite que les autres).
Et même pour les frottements liés à la marche classique, s’il résistera probablement plus longtemps que la moyenne, il est très probable qu’il finisse lui aussi par trouer un jour : bref, comme n’importe quel vêtement en matières naturelles, ce jean finira par s’user.
Est-ce qu’on pourrait fabriquer un jean encore plus résistant ?
Impossible, à moins d’utiliser beaucoup de matières synthétiques : pour augmenter la résistance d’un vêtement, le plus simple reste de remplacer le coton par du polyester. Problèmes : ce n’est pas agréable au porter, ça retient les odeurs et surtout, on pense qu’il y a urgence à ce que la mode se désintoxe de son addiction au plastique (on vous en parle dans cet article).
Ces trous, est-ce si grave ?
Pas tant que ça. Parce que comme tous les vêtements, un jean, ça se répare. En fait, les jeans se réparent même plus facilement que les autres vêtements. D’abord, leur alternance de fils bleus et blancs fait qu’ils sont peu uniformes visuellement… et que les réparations peuvent donc être quasi-invisibles. Pour les trous à l’entrejambe, on peut donc ajouter un patch de tissu à l’intérieur du jean au niveau du trou puis le recoudre avec un fil de la bonne couleur… Et voici le résultat :
Une réparation qui coûte entre 20 et 30€ et que la plupart des ateliers de retouche-couture savent très bien faire.
En plus, même si la réparation se voit un peu, ce n’est pas si grave : les experts du denim considèrent que ce qui fait la beauté d’un jean, ce sont les marques de ce qu’il a vécu. Le délavage (on a d’ailleurs fait tout un article sur le sujet), les accrocs, les réparations, bref, la “patine” sont autant de cicatrices qui lui donnent de la valeur – et que plein de marques essayent d’ailleurs de reproduire artificiellement en usine.
La marque A.P.C vend même des jeans "usés naturellement" plus chers que ses jeans neufs.
Conclusion : ne nous trompons pas de combat
Si notre jean finira par s’abîmer et qu’il se répare relativement facilement, est-ce que ça valait le coup de s’embêter autant ?
On espère que oui : si le premier trou à l’entrejambe apparaît un ou deux ans plus tard que d’habitude, c’est toujours ça de gagné. Et puis, pour développer ce jean, on a dû comprendre la science derrière les vêtements, et ça, ça nous anime vraiment. Enfin, soutenir les usines françaises en faisant de la R&D avec elles, c’est une mission qu’on trouve noble et passionnante.
Mais il faut rester lucide : le vêtement inusable, ça n’existe pas… et ça n’existera jamais. Le plus important pour garder un vêtement longtemps, ce n’est pas sa qualité intrinsèque : c’est surtout comment on en prend soin. Les vêtements de nos grands-parents étaient sans doute bien moins résistants que ceux d’aujourd’hui. Pourtant, ils les gardaient beaucoup plus longtemps. Parce qu’ils savaient les entretenir, les réparer, les raccommoder.
À notre tour, il faut qu’on réapprenne collectivement à prendre soin de nos vêtements. Mettre une serviette avant de manger des pâtes à la tomate, raser les bouloches de ses pulls ou de ses chaussettes, laver délicatement ses pulls en laine, recoudre nos boutons, réparer les accrocs… et raccommoder les trous à l’entrejambe de nos jeans.
Bref, des vêtements qui durent longtemps, ce sont surtout des vêtements qui vieillissent bien.
Achetons-en moins, prenons-en soin.
Mise à jour mars 2024
Le tissage de ce jean est désormais réalisé en Italie (et non plus en France). Hélas, en France, les minimums de commande étaient trop élevés et les délais de production trop longs pour nous. Dans une période compliquée pour les marques éthiques et où notre trésorerie est limitée, nous avons opté pour un denim italien (chez Candiani, un tisseur réputé). Pour garder un tissu qui résistera longtemps aux trous à l’entrejambe comme notre tissu français, nous en avons fait passer plusieurs au test d’abrasion que nous avions inventé avec notre laboratoire (plus de détails ici). On espère un jour pouvoir revenir à notre tissu français.
Le tissu italien est à peu près du même poids que le tissu français. Il est légèrement plus élastique, ce qui lui apporte un peu plus de confort et fait qu’il se détend un peu plus au fil des portés.
Avantage du savoir-faire italien : la couleur brut ne dégorge plus
Qui on est pour dire ça ? Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L’industrie textile file un mauvais coton et c’est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant. Si vous aimez ce qu’on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis : on écrit peu et on ne spamme jamais.
Cela peut sembler surprenant mais si on parle juste d’argent, ouvrir une boutique, ce n’était pas forcément une bonne idée pour nous. Certes, pour les marques nées sur internet, c'est assez tentant d’avoir pignon sur rue : dans une boutique, les gens viennent gratuitement, alors que pour les faire venir sur un site de e-commerce, en général, il faut faire de la pub. Dans la rue, pour se faire connaître, il suffit d’avoir une jolie vitrine et d’être au bon endroit. Alors c'est vrai que ça coûte un peu de sous au départ (joie des “fonds de commerce” et des travaux) mais sur le long terme, ça revient moins cher que les dépenses marketing en ligne.
Oui mais voilà, avec Loom, on a la chance de ne pas avoir besoin de faire de pub : tous nos clients viennent par bouche-à-oreille (ou parce qu’ils ont entendu parler de nous dans les médias). Alors forcément, le choix d'ouvrir une boutique est moins évident pour nous. C’est d’ailleurs une question qu’on nous a posée à chaque rendez-vous avec les banques : “Pourquoi vous embêter avec une boutique alors que votre business en ligne est rentable ?”.
Et c’est vrai vendre en magasin, c’est beaaaaucoup plus compliqué que de vendre en ligne : dégâts des eaux, vols, travail le week-end etc… Alors qu'en ligne, on reste tranquillou derrière notre ordi.
Notre vie avant de décider d'ouvrir la boutique.
Si on s’est décidé à avoir un magasin, ce n’est pas par masochisme : il y a pleins d'avantages, pour nous comme pour vous. D'abord, parce que c'est génial d'imaginer une boutique : on découvre un nouveau monde, on apprend plein de trucs et on décide ce qu'on y met, ce qu'on ne veut pas. Et puis, pouvoir vous rencontrer en chair et en os, entendre vos histoires et vos blagues sur nos vêtements, ça n'a pas de prix.
De manière plus pragmatique, une boutique, cela va vous permettre d’essayer, toucher et voir nos vêtements avant de les acheter. Finis les échanges de colis parce que la taille n’est pas la bonne ou parce que la couleur ne rend pas pareil que sur le site. Ça fait des économies pour nous, et c’est moins de galères pour vous.
De notre côté, on pourra se rendre compte de comment nos vêtements vous vont en vrai. Et vous pourrez nous dire directement ce qui vous plaît et ce qui ne va pas : on va apprendre plein de nouvelles choses pour améliorer nos vêtements, des choses qui ne se disent pas sur les messageries ou avec des sms et qu’on n’aurait jamais pu comprendre autrement.
Ça serait plus facile de nous expliquer si on était face à face.
Bref, on pense que cette boutique va nous permettre de fabriquer de meilleurs vêtements. Et si on pense "long terme", faire de meilleurs vêtements, c'est bon pour notre business.
Une France de commerçants, pas de livreurs
L’autre raison qui nous donne envie de d'ouvrir un magasin physique, c’est qu’on se rend compte qu’avec la montée des ventes en ligne, ils sont de plus en plus nombreux à disparaître. Selon cette étude, la croissance du e-commerce a entraîné la destruction de 114 000 emplois entre 2009 et 2018. Pour, à la place, embaucher… des livreurs. Aujourd’hui en France, livrer, c’est un job mal payé, mal protégé et risqué. Certes, on entend souvent parler de ce que fait Amazon, mais on retrouve des conditions difficiles chez toutes les entreprises de livraison : par exemple, les livreurs Colissimo de la région parisienne sont à 85% des sous-traitants, obligés parfois de faire du 5h-20h pour finir leur tournée. Chez Loom, comme on ne peut pas livrer nous-même les produits commandés en ligne partout en France, on délègue l’activité de livraison. Bref, on doit être lucide : on participe à ce système.
Ce film raconte la vie d’un livreur au Royaume Uni. Impossible de le regarder sans pleurer.
Et puis, au-delà des conditions de travail des livreurs, il faut bien admettre que la disparition des petits commerces pose de graves problèmes dans les villes. Avec toutes ces vitrines vides et ces rideaux baissés, les centre-villes se désertifient. Avec pour conséquences une perte de qualité de vie pour les habitants, un sentiment d’abandon et une montée de l'extrême droite (cf. cet article). Les commerces ne sont pas que des lieux de transaction financière, ce sont aussi des lieux de vie sociale extrêmement importants pour les villes. Certes, cette dévitalisation urbaine n’est pas nouvelle et est d’abord liée au développement des zones commerciales de périphérie, mais on n’a pas trop envie que le e-commerce finisse le travail.
"Euh vous ouvrez une boutique au centre ville de Paris et vous prétendez sauver les petits commerces et revitaliser les centre-villes abandonnés ?"
Non, on est bien conscients qu’ouvrir un magasin à Paris ne changera pas grand-chose. D’ailleurs, même si cette boutique cartonne, on fera encore la majorité de nos ventes sur internet. Mais on espère que c'est un premier pas vers un autre modèle...
Vive les commerces indépendants !
Récapitulons : à l'avenir, si cette première boutique tourne (ce qui n’est pas encore gagné), on voudrait vendre plus en ville et moins en ligne. Et plutôt dans les villes où il n'y a plus beaucoup de magasins.
Alors, comment pourrait-on s'y prendre ?
En gros, on a deux options.
La première option, ce serait d’ouvrir des boutiques Loom dans plein de villes. Bof. Aujourd’hui, quand on se balade dans les centre-villes, on retrouve partout les mêmes enseignes qu’on soit à Bordeaux, Lyon ou Clermont-Ferrand (les franchises représentent déjà plus de 60% des commerces dans les grandes villes) et on pense que cette uniformisation des villes est un peu triste. Et à nouveau, il faut qu’on soit lucide : ça ne change pas grand-chose que ces boutiques soient des H&M, des Mango ou des Loom. Ce qui fait l’âme d’une ville, ce sont les petits commerces indépendants : ceux qui ont monté leur affaire, qui connaissent les clients et clientes et qui font, par définition, que leur ville ne ressemble à aucune autre.
Alors notre vision à long terme, ce serait plutôt de proposer nos vêtements Loom via des revendeurs multimarques indépendants, comme le font par exemple Patagonia ou Veja. Pour l'instant, on ne peut pas se le permettre car notre marge est trop petite pour pouvoir rémunérer convenablement des éventuels revendeurs. A l’avenir, on espère pouvoir changer cela, non pas en augmentant le prix de nos vêtements mais parce qu'on aura déjà rentabilisé tel ou tel investissement, qu'on aura moins besoin d'argent pour faire tourner notre entreprise et qu'on pourra donc laisser à ces commerces de centre ville suffisamment d'argent pour qu'ils assurent la commercialisation de nos vêtements.
Une boutique chelou in Paris
“Franchement, cette couleur ne vous va pas”
Même si on ouvre notre boutique, notre credo reste le même : ne pas vous faire acheter des choses dont vous n’avez pas besoin. Comment on fait ? D’abord on y applique les mêmes règles que sur notre site : pas de collections, pas de soldes, pas de promos, pas de prix en 9,99… Et puis, on a revu le mode de rémunération de l'équipe en boutique. Généralement, quand on travaille en magasin, plus on vend, plus on touche de primes. Ce système peut encourager à vendre des vêtements à tout prix... On a préféré indéxer la part variable de la rémunération sur les avis Google afin que le seul intérêt économique de l'équipe en boutique, c'est que vous vous y sentiez bien - pas que vous achetiez beaucoup.
Promis, ils feront tout pour vous plaire.
Bons salaires, bas prix
Dans les magasins de prêt-à-porter, les gens sont souvent au salaire minimum. Avec les loyers parisiens, c’est insuffisant pour vivre dignement. Dans notre boutique, le salaire de base pour les conseillers et conseillères de vente est donc supérieur de 20% au SMIC.
Proposer un niveau de rémunération juste, ça nous semble être la base. En plus, à moyen terme, ça a des avantages économiques pour nous : on peut recruter des personnes plus calées et motivées, qui vont mieux gérer la boutique. Et puis on espère aussi avoir moins de démissions qu’ailleurs (pour les boutiques de vêtements, c’est un gros problème, un peu comme dans les métiers de la restauration dont on parle beaucoup en ce moment).
Le problème, comme on commençait à l’expliquer plus haut, c’est que notre marge est assez faible : pour définir nos prix de vente (TVA comprise), on multiplie les coûts de production par 2,5, quand certaines marques font jusqu’à x10. Sur internet, on arrive quand même à être rentable, notamment parce qu’on ne fait pas de pub. Mais en boutique, c’est beaucoup plus compliqué. Il y a beaucoup plus de frais de personnel : il faut des gens pour vous conseiller, vous encaisser, replier les vêtements que vous avez essayés… Autant de tâches qui n’existent pas sur un site web.
Alors si on met tous ces paramètres en équation, on se rend compte qu’on a un petit problème d’équilibre économique.
Une boutique en self-service
Pour que notre projet tienne la route économiquement, on a fait un choix qui pourrait paraître un peu surprenant : on a pensé notre boutique pour qu’elle soit “self-service”, c’est-à-dire que vous pourrez y être relativement autonomes. Alors une fois n’est pas coutume, on fera comme dans les boutiques de fast fashion : chez nous, toutes les tailles seront disponibles sur les étagères. Par exemple, si vous voulez essayer votre jean brut en taille 31, vous pourrez vous servir sans être obligé de demander à quelqu’un d’aller chercher votre taille dans les stocks. D’une part, c’est plus pratique pour vous… et d’autre part, c’est moins cher en salaires pour nous. Par contre, on sera bien sûr toujours là pour vous conseiller : vous montrer comment enlever les bouloches d’un pull en laine, expliquer l’intérêt de la mercerisation sur le tissu de notre chino ou vous dire honnêtement si cette couleur vous va ou si elle vous fait le teint rougeaud.
Exemple : là, ça lui fait le teint rougeaud (source ici).
Mais la conséquence de ce choix de boutique en self-service, c’est qu’il nous fallait une surface assez grande pour y caser toutes les tailles de chacun de nos produits. Du coup, notre espace de vente fait 120 m2, quand plein de boutiques classiques peuvent se contenter de 30 ou 40 m2.
15 mètres de façade quand même… moins mais mieux SAUF QUAND IL S’AGIT DE LA TAILLE DE LA VITRINE.
En plus, on la voulait assez centrale, cette boutique, pour qu’elle soit pratique d’accès pour les gens de passage à Paris. Poussant l’originalité à son paroxysme, nous avons décidé d’ouvrir notre magasin dans un petit quartier qui monte, très peu commercial, connu des initiés sous le nom de “Marais”.
Le problème, c’est que le loyer d'une grande surface dans le Marais... ce n'est pas très abordable. Alors, on a choisi une rue très sympa mais pas très passante, beaucoup moins chère que les rues touristiques juste à côté.
Au passage, on doit avouer qu’on a eu des sacrés coups de pouce de notre écosystème pour faire des économies : pas de fonds de commerce à payer grâce à notre bailleur social, un prêt à un taux intéressant grâce à l’association Paris Initiative Entreprise et à la banque éthique La Nef, plein d’articles instructifs de l’école du recrutement, des conseils de la Fédé du prêt à porter, un stage dans une boutique APC pour apprendre le métier…
Au final, ce choix de boutique en self-service dans une rue pas trop passante, ça change pas mal l’équation qu’on vous avait présentée tout à l’heure :
Notre fibre écolo est invisible à l’oeil nu
Alors, y'a des panneaux solaires ?
Non, il n’y a pas de panneaux solaires sur les stores, nos meubles ne sont pas fabriqués en plastique recyclé, il n’y a pas de borne de recyclage et on a même installé une clim’ (pour offrir des conditions de travail convenables à l’équipe de la boutique pendant les périodes de canicule). Parce que, si on regarde les ordres de grandeur, l’écoconception d’une boutique, ce n’est pas ce qui compte vraiment si on veut réduire l’impact écologique de l’industrie textile. De la même façon que les packagings "éco-responsables" ont un impact environnemental dérisoire par rapport aux vêtements, le mobilier des boutiques a un impact négligeable par rapport aux vêtements qui y sont vendus.
Preuve irréfutable que l’impact du mobilier de la boutique c’est pas énorme.
Ce qui pollue vraiment dans une boutique d’habillement, ce sont les fringues qu’on y vend.
Ça ne veut pas dire qu’on ne fait pas attention à l’impact environnemental de la boutique : nos étagères sont en mélaminé (de la sciure recyclée et compactée), tous les gravats ont été triés et recyclés, on fermera la porte quand il fait chaud ou froid, on ne mettra jamais la clim à 18°, on a mis des stores pour limiter la chaleur en été, on n’imprimera pas systématiquement les tickets de caisse et on évitera de donner des sacs à usage unique… Mais ce qui compte vraiment, c’est qu’on a choisi des matériaux résistants et des meubles modulables pour ne pas avoir à tout refaire dans 2 ans.
Venez pour des vêtements, repartez avec des idées
Au-delà des vêtements, ce qui compte vraiment pour nous, c’est que vous repartiez de la boutique en sachant un peu plus de choses qu’en y rentrant. C’est pour ça que dans notre boutique, vous allez avoir beaucoup de lecture, avec un paquet de textes et d’explications sur notre démarche et nos produits (en particulier, l'ingénierie textile qu’il y a derrière). Et vous allez même pouvoir repartir avec de la lecture pour chez vous : on y vend nos 10 livres préférés (ou en tout cas, tous ceux qui nous ont aidés à mieux comprendre le monde et à construire Loom).
Et surtout, on a recruté une équipe différente de celles qu’on a l’habitude de croiser quand on fait du shopping, une équipe qui se forme plus aux enjeux écologiques qu’aux techniques de ventes : avec Boris, Clara et Clément, vous pourrez parler techniques textiles, réparation des vêtements, avenir de la mode ou écologie. Le temps qu’on économise grâce au caractère “self-service” de la boutique, on espère pouvoir le consacrer à discuter avec vous.
Conclusion
Si vous passez nous voir à la boutique, il est probable que vous vous disiez qu’elle n’a finalement rien d’exceptionnel. Comme notre site internet qui ressemble à celui de milliers d’autres marques de vêtements, notre boutique n’est pas très différente de celles que vous trouverez dans toutes les rues commerçantes de France : des t-shirts sur des étagères, des chemises sur des cintres, des cabines d’essayage, des personnes qui vous conseillent et rangent les vêtements. Chez nous, pas de déco ultra-stylée, pas de panneaux solaires, pas d’intelligence artificielle dans nos cabines… Nous croyons que le changement dont on a besoin dans le secteur de la mode ne requiert aucune technologie mais un retournement des mentalités : produire mieux même si cela coûte plus cher, consommer moins en renonçant à vous faire acheter des choses dont vous n’avez pas besoin.
Si vous voulez passer à la boutique, on est au 4 rue Barbette dans le 3e arrondissement de Paris et on est ouvert du mardi au samedi, de 11h à 19h30. Le samedi il y a souvent beaucoup de monde : si vous voulez être tranquille, venez plutôt en semaine.
Pixels espions : pourquoi on a décidé d’arrêter de vous fliquer chez Loom
publié le
September 4, 2026
Mis à jour le
September 14, 2026
Temps de lecture
3
minutes
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commentaires
This article was originally written in French (our mother tongue). We apologize in advance for any awkward phrasing. You can write to us at hello@loom.fr to help us improve these translations.
On a décidé de désactiver la mesure individuelle des ouvertures d'email par pixel de suivi – on vous explique pourquoi.
Ces dernières semaines, vous avez dû recevoir un paquet de newsletters vous parlant de leur « pixel de suivi » avec un bouton pour vous y opposer (c’est parce que la CNIL vient de dire que ces pixels, c’est comme les cookies de navigation : il faut vous informer de leur utilisation et vous demander votre accord).
Mais au fait c'est quoi, un pixel de suivi ? C’est une image vide, transparente et minuscule (elle mesure un pixel de large sur un pixel de haut). À chaque fois que vous ouvrez un e-mail, ce petit mouchard le signale à l’expéditeur (ainsi que l’heure et sur quel appareil vous êtes). D'où le surnom de « pixel espion ».
Le code informatique d'un pixel de suivi
Pourquoi les marques les utilisent ? Pour faire plein de choses :
Si vous n'ouvrez que les emails sur une thématique, on ne vous envoie plus que celle-là (pourquoi pas)
Si vous ouvrez souvent, vous êtes classé « lecteur engagé » et vous recevez encore plus d'emails (hum, plus embêtant)
Si vous n'avez pas ouvert, on vous renvoie le même email quelques jours plus tard avec un autre objet (pas cool)
Si vous n'ouvrez plus rien, la marque exporte votre adresse e-mail vers Insta, Google et Youtube pour retrouver votre profil et vous cibler avec des pubs sur ces plateformes (pas cool du tout).
Or, chez Loom, on ne fait rien de tout ça : pas de relance automatique, pas de segmentation basée sur vos ouvertures (de toute façon on sait pas faire et la flemme d’apprendre), pas d'export de votre adresse vers Instagram pour vous afficher de la pub (parce qu’on ne fait pas de pub). En fait, comme on s’interdit de pousser à la consommation, on n’a pas vraiment besoin de toutes ces fonctionnalités.
Nous avons donc désactivé la mesure individuelle des ouvertures d'email par pixel de suivi. Autrement dit, nous ne savons plus qui ouvre nos emails, ni quand. YEYEYEYE FREEDOM !
Ça veut aussi dire qu’on ne mesurera plus le « taux d'ouverture » de nos newsletters. Pour savoir si ce qu’on écrit est bien, il nous reste d’autres indicateurs comme le taux de désinscription… ou vos réponses (qui sont toujours les bienvenues) : quand une newsletter est nulle, on le sait très vite ;-)
La Commission nationale de l'informatique et des libertés, chargée de veiller à ce que l’informatique ne porte atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques.
On garde néanmoins une information dont on a besoin et que la CNIL nous autorise à conserver sans votre accord : la date de votre dernière ouverture (pas l'heure, pas le nombre de fois, pas le contenu… juste une date, écrasée à chaque nouvelle lecture). Elle nous sert à une chose : vous retirer de notre liste si vous n’ouvrez plus nos mails depuis longtemps, donc éviter que Gmail ou Outlook finissent par classer Loom en spam.
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua. Ut enim ad minim veniam, quis nostrud exercitation ullamco laboris nisi ut aliquip ex ea commodo consequat. Duis aute irure dolor in reprehenderit in voluptate velit esse cillum dolore eu fugiat nulla pariatur.