On a voulu comprendre pourquoi soudainement, tous ces gens voulaient s’assurer que nos clients n’aient pas de fins de mois difficiles. Et surtout, pourquoi ce type de services est en train d’exploser partout dans le monde, que ce soit sur les paiements fractionnés (en 3 fois par exemple) ou différés (en général un mois plus tard).
Et franchement, quand on a tiré le fil, ce qu’on a découvert nous a fait un peu beaucoup flipper.
Le secteur du paiement différé n’existe pas depuis longtemps, mais en Europe, ça ressemble déjà à ça :
On dirait le début d’une partie de Risk.
Quelques années seulement après leur création, les valorisations de ces sociétés sont déjà gigantesques. Par exemple, Klarna vaut 30 milliards d’euros. Idem pour Afterpay. Quelques comparaisons pour vous donner une idée du délire :
30 milliards, c’est plus que les valorisations de Carrefour, Bouygues et Renault combinées.
Et des acteurs français qui viennent presque de commencer affichent déjà des levées de fonds records (ici ou là).
Mais qu’est-ce qui explique que ces entreprises valent autant d’argent en si peu de temps ?
Dans certains cas, les services de paiement différé peuvent avoir une vraie utilité sociale : ils permettent à des personnes en difficulté financière de s’acheter des objets indispensables qu’elles ne peuvent pas se payer tout de suite. Pratique pour certains biens d’équipement coûteux dont elles peuvent lisser l’achat sur plusieurs mois ou années : voiture, frigo, machine à laver, etc.
Mais le truc, c’est que ces services sont surtout utilisés pour acheter… des fringues. Au Royaume-Uni, c’est même le cas pour 90% des achats en paiement différé.
Ce que ressentent les marques qui installent le paiement en 3 fois.
Alors forcément, les marques sont prêtes à payer très cher : elles reversent à ces services financiers environ 4% du montant des transactions. Et comme le marché mondial du e-commerce de vêtements fait presque 500 milliards de dollars, ça fait potentiellement beaucoup de sous… d’où les valorisations gigantesques de ces nouvelles “licornes”.
Alors... c’est quoi le problème ? Comme toujours, quand autant d’argent est créé en si peu de temps, il y a bien quelqu’un qui va devoir payer l'addition…
Le piège de la dette
Sur ce type de paiement fractionné ou différé, c’est le commerçant qui paye le service, donc il n’y a pas de taux d’intérêt à payer pour les clients. Mais il faut appeler un chat un chat : comme les clients et clientes doivent rembourser plus tard, c’est bel et bien de l’endettement. Avec tous les risques que ça comporte.
Vous vous dites peut-être que les gens ne sont pas bêtes et qu’ils ne vont pas dépenser plus que ce qu’ils ont sur leur compte ?
Sauf que dans cette histoire, tout est fait pour nous faire vivre au-dessus de nos moyens.
D’abord, il y a le marketing des marques. D’un côté, elles rendent les vêtements désirables, à coups de photos hyper alléchantes et de publicités sur toute la toile. Et de l’autre, elles donnent l’illusion que ces vêtements de rêve sont accessibles à tout le monde, même aux personnes plus pauvres : Vous rêvez d’être sapée comme Rihanna mais c’est trop cher pour vous ? Payez juste une petite somme maintenant et le vêtement est à vous. Hyper difficile de ne pas craquer.
Et puis, il y a le marketing de ces services financiers eux-mêmes. Quand on va sur les sites de ces “fintechs” ou qu’on voit leurs publicités, on n’a pas vraiment l’impression d’avoir affaire à des banques, mais plutôt à des marques de fringues ultra-stylées.
Snoop Dogg dans une pub pour montrer les avantages du paiement en trois fois, comme s’acheter 8 chiens et un lit rose de 15 mètres de large.
Or, cette population jeune est particulièrement vulnérable à la précarité, comme nous l’ont montré les récentes files d’attente d’étudiants devant l’aide alimentaire. Résultat : au Royaume-Uni, où le paiement différé existe depuis plus longtemps, l’année dernière 18% des 18-24 ans n’ont pas réussi à payer au moins une de leurs dettes à temps. Et quand leurs clients ne payent pas, il arrive que ces start-ups si cool envoient des agences de recouvrement. D’ailleurs, les inquiétudes sur les risques de surendettement sont si fortes que plus de 70 députés britanniques demandent une régulation du secteur (sous la bannière poétique “Stop the Klarnage” du nom du principal service de paiement différé là-bas, Klarna).
Le risque quand on achète trop de t-shirts en paiement différé.
Vous vous dites peut-être qu'en France, on sera plus vigilants et qu’on fera beaucoup mieux ? Pour l’instant, c’est plutôt mal barré. Ces startups du paiement différé n’ont aucune raison de faire évoluer leurs pratiques marketing pour l’Hexagone (la preuve en images). Pas de raison non plus qu’elles soient meilleures qu’au Royaume-Uni pour évaluer la capacité de remboursement des clients avant de valider leur paiement (en France, ces services ont très peu d’infos pour évaluer la solvabilité des clients, alors qu’au Royaume-Uni tout le monde a un “credit score” basé sur l’ensemble des crédits en cours).
Et surtout, au-delà des risques individuels de surendettement, il y a un un risque collectif : à l’heure où l’urgence écologique nous impose de produire moins, le paiement différé nous pousse au contraire à consommer toujours plus... et donc à polluer encore plus.
La société de surconsommation
Quelle marque peut dire non à une augmentation quasi-instantanée de son chiffre d’affaires ? Surtout quand tous les concurrents s’y sont eux-mêmes mis ?
Comme le prédisent beaucoup d’analystes financiers, le paiement différé est en train de devenir un standard de marché – en gros, il sera bientôt disponible sur l’ensemble des sites de e-commerce. Plus inquiétant : comme le révèle un des acteurs du secteur, le paiement différé est “non seulement un phénomène durable mais il s'exporte de plus en plus vers le commerce traditionnel.”
Autrement dit, ce type de moyen de paiement risque d’être déployé aussi dans les magasins physiques : c’est donc l’ensemble du volume de vêtements vendus dans le monde qui augmenterait de 20 ou 30%... Soit des milliards de fringues produites alors qu’elles n’auraient jamais dû l’être. Et c’est vraiment la dernière chose dont on a besoin à l’échelle de la planète... Rappelons que si l’industrie textile veut faire sa part pour respecter les accords de Paris sur le réchauffement climatique, elle doit réduire drastiquement ses volumes de production, et le faire dès maintenant.
Exemple de ce qui va se passer si on continue sur notre lancée actuelle : plus grand monde ne voudra vivre dans les zones rouges sur la carte (oui, ce sont aussi les zones les plus peuplées de la planète).
Ces services de paiement différé vont aggraver encore la catastrophe environnementale actuelle. En fait, ils rendent caduques les efforts des marques pour limiter leur impact. À quoi bon avoir remplacé toutes ses ampoules en magasin par des LEDs à basse consommation si, au même moment, Sephora installe le paiement différé sur son site américain et annonce +35% d’augmentation de panier moyen ? Est-ce bien sérieux ?
C’est ce qu’on appelle une relation toxique… pour la planète.
Les solutions pour résister au paiement différé
Ce qu’il y a plus de terrible dans tout ça, c’est peut-être de voir à quel point le paiement différé a renforcé une absurde répartition des richesses :
D’un côté, dans l’économie réelle, il y a des usines qui tissent et cousent les vêtements dans des conditions de travail souvent terribles, depuis des décennies, scandale après scandale
De l’autre, il y a des intermédiaires financiers de paiement différé, qui abîment les vies de gens vulnérables et aggravent le problème environnemental, mais rendent leurs fondateurs milliardaires presque du jour au lendemain.
Alors si vous avez lu jusque-là, vous oscillez peut-être entre l’envie de tout casser et celle de vous noyer dans un breuvage dont la consommation soutiendrait les viticulteurs français. Bref, vous vous dites que c’est foutu. Réjouissez-vous, il y a en fait plein de choses qu’on peut faire. Comme d’habitude, il faut jouer sur trois tableaux : les personnes qui achètent, les entreprises qui fabriquent, l’État qui fixe les règles.
Vous qui achetez : n’oubliez pas que payer en 3 fois, c’est s’endetter... et souvent s’acheter un truc dont on n’avait pas vraiment besoin. Avant de payer en 3 fois, essayez de vous poser la question : “est-ce que j’achèterais cette fringue si je devais la payer cash ?” Si la réponse est non, laissez tomber.
Les marques : on ne jette pas la pierre à toutes les marques qui ont installé ces options de paiement… Vous vous disiez peut-être que le paiement différé était une option gagnant-gagnant – une option pratique pour vos clients et clientes, du chiffre d’affaires supplémentaire pour vous… surtout en cette période compliquée. Vous avez maintenant compris qu’il y aussi des perdants : à court terme, les personnes plus vulnérables, et à long terme, l’environnement.
L’État : ce secteur doit être régulé d’urgence en France, comme ça va être le cas au Royaume-Uni, ou en Suède où les marchands seront obligés de ne proposer le paiement qu’en deuxième choix pour les clients. Un encadrement plus strict de ce secteur semble déjà à l’étude par certains députés en France. C’est une bonne chose, mais cette réflexion semble être menée dans le cadre d’une mission sur le surendettement. Or, au vu de ce qu’on a discuté plus haut, elle aurait sans doute plutôt sa place dans le cadre de la loi climat… Ah, en parlant de l’Etat, ce qui serait sympa, c’est d’éviter d’utiliser de l’argent public pour financer ces nouveaux services, comme c’est le cas aujourd’hui via la banque publique d’investissement. Financer nos entreprises c’est bien, mais protéger nos citoyens, c’est encore mieux.
Si on parvient à réguler ce secteur, on pourra limiter la casse… Mais le paiement différé n'est qu'un symptôme de problèmes bien plus profonds. Si on veut rendre l’industrie textile durablement plus vertueuse, il faut aussi remettre en cause les croyances qui ont permis d’en arriver là.
Parmi elles, il y a celle que réussir, c’est grossir à tout prix (on en avait déjà longuement parlé ici). Aujourd’hui, beaucoup de marques se précipitent pour reverser une partie du montant de leurs transactions à un intermédiaire financier et grossir leur chiffre d'affaires… Ne serait-il pas temps que ces marques choisissent plutôt de mieux payer les usines et de relocaliser la production ?
Il y a également la croyance qu’en tant que consommateur ou consommatrice, on a besoin de tout, tout de suite. Qu’il nous faut ce t-shirt et qu’on ne peut pas attendre quelques semaines de plus. Et qu’on arrivera bien à le payer plus tard. Qu’on peut toujours vivre à crédit.
Enfin, il y a l’illusion qu’à titre collectif, on peut aussi toujours vivre à crédit. Qu’on peut dépenser chaque année l'équivalent de 1,7 planètes Terre pour subvenir à nos besoins. Qu’on peut polluer maintenant et que les générations futures trouveront bien une solution miraculeuse pour nous sortir de là.
Veut-on vraiment faire ce pari ?
Qui on est pour dire ça ? Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L'industrie textile file un mauvais coton et c'est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant. On ne fait jamais de pub : si vous aimez ce qu'on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis, on vous écrira maximum une fois par mois.
Ah bon, on peut reteindre un vêtement à la maison?
Ce type de teinture se trouve en supermarché pour les couleurs les plus communes telles que le bleu marine et le noir. Tiens, tiens ça ne vous rappelle rien ? Eh oui, c’est bien les couleurs de 99% de nos vêtements ! Pour les couleurs plus “originales” telles que le camel ou le kaki, vous trouverez ces teintures sur internet. Et si vous ne trouvez pas le coloris qui correspond pile-poil à votre vêtement, vous pouvez aussi le teindre dans une autre couleur plus foncée et le résultat sera tout aussi chouette. Il faut juste bien penser que le fil de couture de vos vêtements étant en matière synthétique, il ne va pas changer de couleur comme le reste de votre vêtement, cf. la photo du jean plus bas. Si vous décidez de teindre votre t-shirt kaki en bleu marine, vous vous retrouverez avec un t-shirt dont le corps sera bleu marine, mais dont les coutures seront kaki et ça peut être très joli (ou pas, à vous de voir).
Avant de passer au vif du sujet - à savoir, comment marche la teinture textile - voici nos astuces pour éviter que la couleur de vos vêtements ne perde en intensité :
Lavez moins vos vêtements (facile à dire pour un sweat ou un chino, plus compliqué pour un t-shirt),
Privilégiez les couleurs chinées dont le ternissement est moins perceptible,
Essayez de laver vos vêtements clairs et foncés séparément,
Évitez de sécher vos vêtements en plein soleil.
Test des différentes teintures : tu préfères l’efficacité ou l’écologie?
La composition des teintures textiles de supermarché n’étant en général pas très propre (c’est aussi le cas des teintures utilisées dans l’industrie textile), j’ai cherché une marque proposant des compositions plus écologiques.C’est donc la teinture de la marque “la Droguerie écologique” que j’ai testée car sa composition est conforme au label biologique GOTS. Je l’ai utilisée pour teindre un chino qui était très marbré par la décoloration (c’était la première génération du chino Loom, depuis on s’est largement amélioré). Le résultat après teinture n’est pas parfait et il reste quelques zones non recouvertes par la teinture :
En parallèle, j’ai testé la teinture de la marque Ideal sur un polo qui avait des traces de crème solaire. Le résultat était bien plus uniforme que la teinture écologique et le polo est sorti de ma machine comme neuf :
J’ai teint en même temps que le polo un vieux jean que je trouvais trop délavé aux genoux et la teinture lui a redonné un vrai coup de jeune. Sur les photos ci-dessous, on voit bien que le fil de couture étant en matière synthétique et pas en coton comme le reste du jean, il n’a pas changé de couleur et est resté marron :
Ces différents tests me permettent de vous recommander d’utiliser :
Si vous avez un vêtement très déteint : les marques Dylon et Ideal trouvables en supermarché, au rayon produits d’entretien / cirage. Leur composition n’est pas écologique du tout mais elles redonnent un vrai coup de jeune aux vêtements “visuellement vieillis” et permettent donc de renouveler moins souvent sa garde-robe avec des produits neufs,
Si vous avez un vêtement peu déteint : la marque La Droguerie Écologique, trouvable en magasin bio et sur internet.
Mode d’emploi pour reteindre chez vous
Si vous n’avez pas de lave-linge chez vous, il n’est malheureusement pas possible d’utiliser de la teinture textile en laverie. En revanche, vous pouvez vous tourner vers les teintures des mêmes marques qui s’utilisent à la main, dans une bassine.Un pot de teinture coûte dans les 7€ et vous permettra de teindre un vêtement “lourd” comme un chino, ou trois vêtements “légers” comme un t-shirt (ou dans mon cas un polo + un jean).
Dans chaque boîte de teinture se trouve une notice bien détaillée qui vous explique pas-à-pas la démarche. Mais en général c’est bête comme chou :
Déposez les vêtements que vous souhaitez teindre dans votre machine à laver en les étalant au maximum dans votre tambour : évitez de les laisser en boule,
Ouvrez le sachet de teinture (attention, ça tombe sous le sens mais je préfère préciser : le contenu du sachet tache ÉNORMÉMENT),
Ne videz pas le sachet, déposez-le juste dans votre tambour de machine, au-dessus de vos vêtements, ouverture du sachet vers le haut,
Lancez un programme coton normal à 40°C,
À la fin du cycle, ouvrez votre machine, retirez le sachet vide, ajoutez de la lessive et relancez un cycle coton normal à 40°C,
À la fin de ce deuxième cycle, sortez vos vêtements et faites-les sécher,
Ne faites pas de lessive de blanc juste après, au cas où il resterait quelques pigments dans votre tambour. Faites d’abord une machine de vêtements normaux / colorés et ensuite vous pourrez faire à nouveau des machines de linge blanc sans risque,
Et voilà !
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis en charge de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité.En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile.Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
Qui on est pour dire ça ? Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L’industrie textile file un mauvais coton et c’est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant. On ne fait jamais de pub : si vous aimez ce qu’on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis, on vous écrira maximum une fois par mois.
Si vous êtes ici, c’est logiquement parce que l’un de vos pulls a ses extrémités (qu’on appelle aussi "bords-côtes" ou "ribs" dans le petit milieu du textile) un peu détendues. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on s’est rendu compte que ce problème se réglait assez simplement en l’aspergeant de vapeur grâce à un fer à repasser (ou un steamer si vous en avez un).
La preuve en images sur un pull en laine (parce que, comme le dit Confucius, “un GIF vaut mille mots”) :
Et si après cette manip vous n’êtes pas 100% satisfaits du résultat, vous pouvez ensuite tremper vos bords-côtes dans un bol d’eau bouillante et ils devraient encore se rétracter de quelques millimètres.
Cette astuce fonctionne avec les poignets de vos pulls, mais aussi avec les cols et les bas des pulls :
Pas peu fiers de notre découverte, on a testé cette méthode sur d’autres matières que la laine et il s’avère que ça fonctionne aussi très bien sur des ribs en 100% coton :
En revanche, ça ne fonctionne pas du tout sur les ribs en acrylique ni sur les ribs coton-élasthanne des sweats / hoodies. Si vous souhaitez rétrécir les bords-côtes de vos sweats et hoodies, il faudra les confier à votre couturier de quartier : il pourra les ajuster pour une petite dizaine d’euros en les décousant intégralement, puis en les coupant de quelques centimètres.
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis en charge de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile. Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
Le cuir de notre ceinture est à tannage végétal. On a choisi cette option surtout parce que, contrairement à un tannage classique, il n’y a pas d’utilisation de chrome, dont les résidus peuvent être toxiques (même si avec un cuir tanné en Europe, il y a peu de risques comme on l’expliquait dans cet article). La particularité d’un cuir à tannage végétal, c’est qu’il va se patiner avec le temps : sa couleur va foncer et le cuir va se marquer, se griffer. Le temps qui passe va donc donner une personnalité unique à cette ceinture.
Mais si vous êtes ici, c’est sûrement parce que vous ne voulez pas que votre ceinture se forge une personnalité trop encombrante. Voici donc quelques astuces pour ne pas qu’elle se patine trop vite :
Hydratez votre ceinture une fois par an
La chose fondamentale à comprendre, c’est que le cuir est composé d’environ 5% de corps gras – ce sont eux qui lui donnent sa souplesse et sa résistance. S’ils s’échappent, le cuir se dessèche et craquelle. Votre objectif est donc simple : maintenir le cuir gras.
Pour cela, il faut régulièrement “nourrir” le cuir de votre ceinture : au moins une fois par an. Idéalement avec une crème nourrissante pour cuir. Attention, même si c’est tentant, n’utilisez pas de crème cosmétique type Nivea. Les crèmes cosmétiques sont des émulsions aqueuses qui peuvent contenir 70 ou 80% d’eau, ce qui risque à terme de chasser les corps gras du cuir et donc de le craqueler. C’est donc le contraire de l’effet recherché !
Estompez les éraflures
La première étape, c’est de trouver la bonne teinte de cirage. Niveau marque, je vous conseille Famaco : une marque spécialisée dans les produits d’entretien pour le cuir, fabriqués en France et à prix raisonnables compte tenu de la qualité de leurs produits.
Pour notre ceinture cognac, on vous conseille idéalement la teinte Brun (mais tout cirage marron devrait faire l’affaire).
Pour notre ceinture noire, on vous conseille idéalement la teinte Noir (mais tout cirage noir fera l’affaire).
Il n’y a rien de plus satisfaisant que de trouver pile la bonne teinte de cirage, non? (ou c’est moi qui ai un problème ?)
Voici comment procéder :
Dépoussiérer votre ceinture avec un chiffon propre (ou avec la manche de votre pull, promis on ne dira rien),
Tapotez un autre chiffon (un vieux t-shirt par exemple) dans le pot de cirage. Prélevez-en un tout petit peu et appliquez-en tout le long de la ceinture (et pas uniquement sur la zone éraflée),
Répéter l’étape 2 jusqu’à ce que la griffure ait disparu,
Laisser sécher 5 minutes,
Lustrer votre ceinture avec un chiffon doux ou avec un collant fin (une bonne astuce pour donner une seconde vie aux collants filés). Cette étape fera briller le cirage que vous venez d’appliquer - comme lorsqu’on ponce une surface avec un grain très fin,
Et c’est tout !
P.S. : Et sinon vous pouvez aussi confier votre ceinture à votre cordonnier qui s’en occupera pour moins de 5 euros.
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis en charge de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile. Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
La fréquentation des boîtes de nuit des 24 derniers mois ? Les ventes de pantacourts depuis 1990 ? La popularité de François Fillon sur la même période ?
C’est la courbe des émissions de gaz à effet de serre qu’on doit suivre si on veut espérer rester sous les deux degrés de réchauffement climatique et conserver une planète à peu près vivable d’ici la fin du siècle (et accessoirement respecter l’accord de Paris de 2015 sur le climat).
Pour être précis, c’est la trajectoire des émissions de gaz à effet de serre pour avoir 66% de chances de rester sous la barre des 2 degrés sans mettre en place des technologies de capture de carbone (un pari assez hasardeux).
Autrement dit, on doit diviser nos émissions par 3 en 30 ans. C’est beaucoup. Et surtout, si on n’y arrive pas, ça risque de faire très, très mal :
Exemple de ce qui va se passer si on continue sur notre lancée actuelle : plus grand monde ne voudra vivre dans les zones rouges sur la carte (oui, ce sont aussi les zones les plus peuplées de la planète).
L’industrie textile représente entre 4 et 8% des émissions de gaz à effet de serre de la planète : si elle veut faire sa part du boulot, elle doit au moins diviser par trois ses émissions, en l’espace d’une génération (c’est une façon un peu simplifiée de voir les choses, mais ça sera notre hypothèse pour cet article).
Et à première vue, les marques de vêtements sont sur le pied de guerre pour relever le défi.
La stratégie des marques pour sauver la planète
Lors du dernier G7, une coalition mondiale d’entreprises du textile s’est rassemblée sous le nom de Fashion Pact. Elles ont notamment signé une série d’engagements pour réduire leurs émissions de CO2. Bonne nouvelle ? Quand on regarde de près, on s’aperçoit que ces engagements reposent essentiellement sur deux formes d’actions :
1/ Elles choisissent des matières dites éco-responsables : lyocell, coton recyclé, lin, polyester recyclé… en estimant qu’elles émettent moins de CO2.
Stratégie n°1 pour limiter le réchauffement climatique.
2/ Elles diminuent les émissions liées à leur fonctionnement interne, notamment en passant aux énergies renouvelables ou en passant aux ampoules LEDs dans leurs bureaux ou leurs magasins.
Stratégie n°2 pour limiter le réchauffement climatique.
À votre avis, est-ce que ces deux actions vont permettre de diviser par trois les émissions du secteur de la mode en une génération ?
Ça serait super. Mais non.
En fait c’est plutôt un Fashion Faux Pact si vous voulez notre avis(et que vous aimez les calembours).
Parce que la plupart des émissions de l’industrie textile ne dépendent ni des matières utilisées, ni de l’éclairage des bureaux ou des magasins.
Pour comprendre d’où viennent les gaz à effet de serre du textile, il faut faire un peu de physique (promis, c’est facile à comprendre même si vous n’avez pas touché à un bec Bunsen depuis la 4ème).
Le règne des machines
Les émissions de gaz à effet de serre du textile viennent en grande partie de quelque chose que vous ne voyez jamais : l’énergie consommée par les machines qui transforment la matière première (que ce soit du coton, du lin, du tencel ou du polyester) en vêtements.
C’est le moment de faire un peu de “factory porn” :
“Bonjour, je viens réparer la machine à carder.”Une machine à carder permet de paralléliser les fibres de coton ou de laine.
Une machine qui “file” les rubans de fibres en bobines.
Un métier à tisser (ça s’appelle “loom” en anglais, quel beau mot vous ne trouvez pas ?).
Un métier circulaire pour tricoter vos t-shirts par exemple.
Des cuves pour teindre les vêtements (ça monte jusqu’à 100°C).
Une machine à sanforiser qui envoie de la vapeur d’eau sur les textiles pour éviter qu’ils ne perdent trois tailles quand vous les lavez.
Etc., etc.
Toutes ces très grosses machines consomment beaucoup, beaucoup d’électricité. Et elles sont souvent situées en Asie, où l’électricité est produite par des centrales à charbon ou à gaz – des énergies fossiles qui émettent des gaz à effet de serre par combustion. Alors ça finit par compter pour beaucoup dans le CO2 émis par un vêtement :
Répartition des émissions d’un vêtement tout au long de son cycle de vie (hors usage et fin de vie), en croisant les études Quantis et McKinsey. Ces données sont cohérentes avec le dernier rapport WRI, qui attribue 24% des émissions aux matières premières.
En focalisant leurs efforts sur les matières premières ou leur réseau de magasins, les marques se trompent de combat : ce n’est absolument pas comme ça qu’elles parviendront à diviser leurs émissions de CO2 par trois en 30 ans. Dans un scénario ultra-ultra-optimiste, où on estime que les matières premières éco-responsables sont produites sans aucune émission de CO2 (ce qui n’est pas le cas) et que les volumes de production arrêtent d’augmenter (ce qui n’est pas le cas non plus), voici la trajectoire des émissions de CO2 qu’on pourrait au mieux espérer :
En pointillés : trajectoire des émissions de CO2 si le monde entier adoptait le même genre de stratégie que l’industrie textile.
Bref, le véritable moyen d’éviter la catastrophe, c’est de faire en sorte que les machines textiles réduisent drastiquement leurs émissions. Comment faire ?
Première option – faire tourner ces machines avec des énergies plus “propres”
Des éoliennes, des panneaux solaires… Problème : sur les 30 dernières années, depuis qu’on commence à s’agiter pour le climat, la part d’énergies fossiles consommée pour produire de l’électricité n’a presque pas bougé…
Bref, nos fringues sont encore et toujours fabriquées grâce au charbon et au gaz. Il y a quand même une raison d’être optimiste pour l’avenir, notamment parce que les coûts des énergies renouvelables ont tellement baissé qu’elles commencent depuis quelques années à être compétitives face aux énergies fossiles. Mais pour avoir des coûts aussi bas, cela suppose qu’on garde une bonne part d’énergies fossiles ou nucléaires pour avoir de l’électricité sans intermittence (eh oui, il n’y a pas de soleil ou de vent 24h/24 7j/7). Donc de là à espérer une division par trois de l’utilisation des énergies fossiles dans les 30 prochaines années…
Deuxième option – il faut construire des machines plus efficaces qui consomment moins d’énergie.
C’est vrai qu’il y a des pistes prometteuses, notamment dans les processus de teinture. On arrive désormais à construire des machines qui teignent les vêtements avec beaucoup moins d’eau, ce qui évite de porter de très grands volumes à haute température et donc consomme beaucoup moins d’énergie.
Pour les autres machines ? Ça paraît beaucoup plus compliqué. Pour diviser par 3 les émissions des machines en 30 ans, il faudrait augmenter leur rendement énergétique de 300%… Ce qui n’a quasiment aucune chance d’arriver. Pour vous donner une idée, le rendement énergétique des moteurs thermiques de voiture à essence a augmenté de 16% en 30 ans. Pour les avions, c’est à peu près pareil. Et pour les filatures ou les métiers à tisser, où il y a a priori beaucoup moins d’investissements de R&D, c’est difficile de penser qu’on puisse faire beaucoup mieux… Sans compter qu’on ne pourra pas changer l’ensemble du parc des machines existantes en un claquement de doigts.
Et puis (on aurait sans doute dû commencer par là), dans l’histoir...
L’amélioration de l’efficacité énergétique n’a presque JAMAIS permis de diminuer la consommation d’énergie comme prévu.
Parfois, elle l’a même augmentée. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond : améliorer les rendements des machines fait baisser les prix des produits et incite les gens à en acheter plus. Cet effet est présent, partout, tout le temps (et pourtant les politiques environnementales l’oublient presque toujours).
Quelques exemples historiques d’effets rebond :
Dans les transports : on a amélioré l’efficacité des moteurs, donc on paye moins cher au kilomètre parcouru, donc on voyage plus souvent. Résultat : la consommation globale de pétrole par personne ne cesse d’augmenter.
Dans le numérique : on a baissé le coût de stockage des données et le prix des terminaux, et le numérique consomme aujourd’hui presque 10% de l’électricité mondiale.
Dans l’industrie textile elle-même : si on s’achète autant de fringues aujourd’hui, c’est d’abord parce que des milliers de machines ont permis de remplacer le travail manuel et donc de drastiquement baisser le prix des vêtements.
Le rouet : une manière pas très efficace de fabriquer un t-shirtmais qui dissuadait les gens d’en acheter 10 par an.
Alors… Quelle dernière option nous reste-t-il pour diviser les émissions de CO2 par trois en 30 ans ?
Diviser le volume de consommation de vêtements par trois
Oui vous avez bien lu : si les marques ne veulent pas sacrifier le monde vivant, elles doivent nous vendre trois fois moins de vêtements qu’aujourd’hui.
Et c’est… exactement le contraire de ce qu’elles font.
Le volume de ventes de vêtements en France a presque doublé en 20 ans avec le déferlement de la fast fashion puis l’arrivée du e-commerce : Amazon, Vente Privée, Zalando, Wish… (sources ici).
Comment la stratégie actuelle des marques aggrave la surproduction
Quand les marques martèlent qu’elles utilisent des matières plus “éco-responsables” sans rien faire d’autre, ça empire le problème (qu’elles en aient conscience ou non). En s’affichant comme “vertes” alors qu’elles ne travaillent que sur des choses secondaires, les marques endorment l’éco-anxiété des clients pour continuer à les faire acheter, voire les faire acheter plus.
Un panel de dix marques de prêt-à-porter attestait récemment que “l’éco-conception” permettait d’augmenter leur chiffre d’affaires de manière significative, de +7% à +18% (tout en réduisant les coûts de production). Eh oui : on consomme plus quand on nous détourne de nos émotions négatives. Dans cette étude, des chercheurs ont par exemple montré qu’on utilisait 20% en plus de papier cadeau quand on nous disait que les chutes allaient être recyclées… D’ailleurs, on le voit aussi dans la communication des marques – les arguments éco-responsables sont des alibis pour encourager les gens à acheter plus :
15% de réduction si vous mettez vos vêtements dans la benne à recycler.
Des cartes-cadeaux à gagner pendant une campagne pour parler du recyclage.
Une photo envoyée récemment par un de nos clients : 3 vêtements “verts” pour le prix de deux.
Parenthèse : pourquoi le recyclage c’est (parfois) de l’enfumage Certaines marques évoquent le recyclage ou l’économie “circulaire” comme solution aux problèmes environnementaux, en installant par exemple des bornes de recyclage en magasin.
Certes, le recyclage a des avantages comme le fait de pouvoir produire des matières localement ou d’utiliser moins de matières vierges. Mais en termes de réduction des gaz à effet de serre, le recyclage n’aide que très peu. Et ce pour trois raisons : 1/ Aujourd’hui, seuls 1% de nos vêtements sont “recyclés”, c’est-à-dire transformés en vêtements neufs. Certes, les vêtements en bon état sont revendus en friperies, mais cela ne représente que 6% des volumes. Les autres vêtements ? Soit ils partent en Afrique (où beaucoup viennent juste grossir les décharges à ciel ouvert), soit ils sont “décyclés” en chiffons ou en textiles d’isolation.
2/ Admettons qu’on améliore suffisamment les technologies de recyclage et qu’on arrive à produire beaucoup plus de vêtements neufs à partir de vieux. Est-ce que ça réduirait nos émissions de gaz à effet de serre ? Quasiment pas. Le recyclage permet d’économiser de la matière, mais pas vraiment de l’énergie. Pour être fabriqué, un vêtement en fibres recyclées doit aussi passer à travers le même processus industriel de filature – teinture – tricotage/tissage – confection. Résultat : même si on se met dans une hypothèse où on arrive à multiplier par 40 le volume de vêtements recyclés (en passant donc à 40%, ce qui est méga optimiste), cela économiserait seulement 5.9% d’émissions carbone par rapport à aujourd’hui (or si vous suivez, l’objectif c’est de diviser par 3, soit de réduire de 66%…).
3/ Et encore, cette petite baisse des émissions carbone part du principe que les vêtements en fibres recyclées seront de même qualité que les autres, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. Pour les fibres naturelles comme le coton, les fibres recyclées sont plus courtes, donc les vêtements sont de moins bonne qualité que ceux faits avec des fibres vierges : ils boulochent plus, se déforment plus vite, etc. Donc à usage égal… il faudra en produire plus.
Au-delà des consommateurs, ce greenwashing paralyse l’action citoyenne et politique. Comme on a l’impression que les marques s’occupent du problème, on se dit que la situation est sous contrôle.
Présentation du “Fashion Pact” à l’Élysée : quand des gens aussi importants ont l’air aussi satisfaits, on se dit que tout va bien se passer, non ?
En fait, la plupart des efforts actuels des marques, comme travailler sur des nouvelles matières éco-responsables, promettre le recyclage des vêtements ou installer des ampoules basse consommation en magasin, laissent penser qu’on trouvera une solution technologique au problème climatique. Elles restent dans une logique de “croissance verte” qui les empêche de s’attaquer au vrai problème : comment sortir l’industrie textile de sa logique de surconsommation ? Cet écran de fumée nous fait perdre un temps précieux alors qu’il est urgent d’agir.
Alors, nous les marques, que devons-nous faire ?
Ce que les marques doivent faire
Pour diminuer les volumes de vêtements produits chaque année, il faut nous attaquer aux causes directes de cette surconsommation.
La première chose à faire, c’est d’arrêter de centrer notre communication sur des mesures symboliques à faible impact écologique mais qui pourraient inciter les clients à acheter plus : polybags recyclés, emballage en kraft, matière éco-responsable, bornes de collectes de vêtements usagés en magasins etc.
Est-ce que ça veut dire que c’est mal d’appliquer ces mesures secondaires ? Qu’il faut utiliser plus de polyester et abandonner le lin ? Bien sûr que non. On doit continuer à avancer sur ces sujets d’éco-conception mais en ayant conscience que c’est insuffisant. Nous, les marques, nous devons d’abord nous concentrer sur les trois choses suivantes :
Améliorer la qualité des vêtements. La baisse de la qualité diminue la durée de vie des vêtements et oblige les consommateurs à renouveler plus souvent leurs vêtements.
Relocaliser la production. En favorisant la course aux prix bas, les délocalisations aggravent les phénomènes de surconsommation et de surproduction. Au contraire, la relocalisation en France ou au Portugal permet de diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, car les énergies utilisées émettent peu de CO2.
Surtout, surtout, arrêter de pousser à la consommation : arrêter d’endormir l’éco-anxiété des gens en communiquant sur des vêtements “neutres en carbone”, “éco-responsables”, “à impact positif” (rien de tout ça n’existe), diminuer le rythme de renouvellement des collections, limiter la fréquence des soldes et promotions, faire moins de publicité, arrêter le reciblage sur internet, ne pas communiquer sans cesse sur les stocks limités ou les dates limites, mettre le holà sur les éditions limitées, les collabs, etc.
Alors oui, dans ces conditions, les entreprises seront amenées à fabriquer moins de vêtements. Et même si elles vendent ces vêtements un peu plus cher (le prix de la qualité et du local), elles feront sans doute moins de chiffre d’affaires. Est-ce un problème ? Pour leurs actionnaires, clairement. Pour les gens qui y travaillent ? Peut-être à court terme. Mais sur le long terme, c’est une excellente nouvelle pour l’emploi. Ces 30 dernières années, alors que le volume de vêtements vendus a explosé, le nombre d’emplois dans l’industrie textile en France s’est écroulé suite aux délocalisations, passant de 425 000 à seulement 100 000. Une chute qui dépasse de loin le nombre d’emplois créés par le commerce de détail de vêtements (+ 50 000 entre 1996 et 2010). Demain, si on arrive petit à petit à réindustrialiser le pays, cela pourrait créer des centaines de milliers de jobs locaux.
Les actionnaires des entreprises de mode – mais comment vont-ils boucler leurs fins de mois s’ils vendent moins de vêtements ? Lançons une cagnotte pour les soutenir.
Comment faire pour que les marques changent ? Comme on l’a expliqué dans cet article ou cette conférence Ted, il faut qu’on arrête collectivement de ne rêver que de croissance, et qu’on développe une culture du “mieux” qui remplace celle du “plus”. Mais nous ne sommes pas naïfs : on ne peut pas miser notre avenir sur une révolution des consciences au sein des entreprises. D’ailleurs, on connaît plein de gens super dans des grosses marques de mode qui voudraient changer les choses mais qui n’y arrivent pas.
Le problème, c’est qu’il existe aujourd’hui une “prime au vice”, autrement dit un avantage économique à fabriquer mal et plus. Prenez une marque qui a délocalisé au Bangladesh dans des usines qui tournent aux centrales à charbon et rejettent leurs déchets toxiques dans les rivières (une usine pas très cool, donc). Elle n’aura à payer aucun des coûts cachés de son comportement : ni le coût à long terme du réchauffement climatique, ni la dépollution des rivières, ni l’assurance chômage en France pour les gens sur le carreau. Par contre, une marque qui fabrique les mêmes produits mais en France, crée de l’emploi local et s’approvisionne uniquement en énergies renouvelables, paiera ses vêtements 10 fois plus cher et en vendra probablement 10 fois moins. Être une entreprise responsable, ça consiste souvent à faire beaucoup d’efforts qui, au final, sont un vrai désavantage par rapport aux concurrents. Un peu comme les coureurs non dopés du Tour de France : ils s’entraînent plus dur… pour aller moins vite.
Alors, comme sur le Tour, il faut se demander qui on a envie de laisser gagner. Et, ensuite, changer les règles du jeu.
Changer les lois
On est sans doute un peu idéalistes, mais niveau législation, il y a plusieurs choses qui iraient, selon nous, dans le bon sens pour diviser par 3 le volume de vêtements vendus d’ici 2050 (ou si on se place à une échéance plus court terme, réduire le volume de 30% d’ici 10 ans)
[Actualisation de l’article de janvier 2022] Depuis l’écriture de cet article début 2021, beaucoup de chemin a été parcouru sur cette volonté de changer les lois dans l’industrie textile. Nous avons participé à la création d’En Mode Climat, une coalition de plus de 300 acteurs du textile (marques, mais aussi usines, organismes, médias…) réunis pour faire un lobbying vertueux pour lutter contre le réchauffement climatique. Avec En Mode Climat, nous tentons de faire évoluer la réglementation dans le bon sens, notamment en ce qui concerne l’affichage environnemental ou la mise en place d’un bonus-malus qui pénalise la fast fashion et encourage les marques les plus vertueuses. Plus d’infos sur le site d’En Mode Climat.
C’est parfois un peu technique, alors on vous met toutes nos propositions dans l’encadré ci-dessous que vous pouvez lire si vous voulez creuser.
Propositions pour changer les lois en matière de textile
Il est crucial de poser les bons termes du débat au plus vite : dans quelques mois le gouvernement va modifier la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire de la filière textile (via le futur cahier des charges de la filière REP Textile). L’occasion de contraindre les marques à prendre de vraies mesures environnementales : bonus-malus dans le prix de vente, affichage environnemental, obligation de ré-emploi, etc.
A - Mettre en place des barrières commerciales sur les vêtements fabriqués dans de mauvaises conditions humaines et/ou environnementales.
Il ne nous semble pas normal qu’il soit aujourd’hui autorisé d’importer en France des vêtements fabriqués avec du travail forcé, à l’autre bout du monde, avec de l’électricité issue de centrales à charbon. Voici ce qu’on pourrait faire pour changer la donne :
Mettre en place un mécanisme d’ajustement aux frontières (par exemple une taxe carbone à l’import) pour faire en sorte qu’un tel vêtement ne puisse pas entrer en France sans être fortement taxé.
Mettre en place des quotas d’importation textile, comme les accords multifibres qui existaient avant d’être démantelés par l’OMC en 2005. Étant donné les enjeux (notre survie à tous), il ne nous paraît pas inconcevable de mettre à nouveau en place un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international.
S’assurer de la mise en œuvre de la loi sur le devoir de vigilance, qui permet de pénaliser financièrement les multinationales portant atteinte aux droits humains et environnementaux. C’est une loi votée en 2017 pour laquelle la France a été pionnière dans le monde mais pas encore vraiment appliquée : pendant le récent scandale textile du travail forcé des Ouïghours en Chine, le gouvernement s’est contenté d’un rappel à l’ordre des marques concernées.
Le gouvernement français et les marques qui fabriquent grâce au travail forcé d’êtres humains.
B - Obliger des entreprises à plus de transparence
Les conditions de production. Pourquoi l’affichage du/des pays de production n’est-il pas obligatoire sur les étiquettes et sur les sites internet des marques ?
L’affichage environnemental obligatoire avec une notation de A à E pour chaque produit. Ce sujet est en cours de discussion au niveau français et européen. Loom a bien été intégré aux groupes de travail, mais pas sûr que notre “lobbying” marche. Or, il est indispensable que cet affichage environnemental intègre la durabilité des vêtements, à la fois en prenant en compte leur qualité mais également les incitations à consommer (on pourrait par exemple mettre un malus aux marques qui renouvellent trop vite leurs collections).
C - Modifier la « taxe » d’éco-contribution sur les vêtements.
Aujourd’hui, quand une marque met un vêtement sur le marché, elle paye une taxe qui peut être diminuée si ce vêtement est considéré comme plus solide ou issu de matières recyclées. C’est super sur le papier… Mais il faudrait :
Augmenter son montant : cette taxe est aujourd’hui d’environ 1 centime par vêtement. Comment un montant si faible peut-il inciter les marques à améliorer la qualité ? Tant que ce montant ne compensera pas le surcoût lié à une production responsable, la « prime au vice » continuera à dicter sa loi.
Changer ses modalités de calcul : il faudrait inclure dans le système de malus le pourcentage d’énergies fossiles utilisées même si c’est techniquement compliqué car l’organisme qui gère cette taxe se concentre sur la fin de vie du produit (ce qui est d’ailleurs tout le problème). Cela pénaliserait les marques qui produisent leurs vêtements dans les pays asiatiques à base d’énergies fossiles, et favoriserait les marques qui produisent plus localement, comme en France ou au Portugal où les énergies sont peu “carbonées” (cf. cette étude de l’Union des Industries Textiles).
D - Pénaliser le greenwashing.
Pour cela, l’ARPP (autorité de régulation de la publicité) ne doit plus être pilotée exclusivement par les entreprises mais inclure également des acteurs publics et/ou des ONG dans leur gouvernance. De la même manière, il ne faut plus que les filières de « responsabilité élargie des producteurs » (comme Eco TLC / Refashion pour la mode) soient auto-régulées par les entreprises elles-mêmes. Tant que ces organismes ne sont composés que par les marques du secteur (et pas d’organismes publics ou ONG), leurs engagements ne seront jamais vraiment contraignants.E- Orienter les outils de financement public (PGE, prêt BPI, Crédit Impôt Recherche…) pour ne le verser qu’aux entreprises qui respectent certains critères (qualité des vêtements, incitations à la consommation, fabrication européenne…). Est-il normal que certaines marques qui fabriquent à l’autre bout du monde aient obtenu rapidement un PGE suite aux conséquences du Covid quand certaines industries textiles françaises l’attendent encore ?F- Soutenir la réparation et le reconditionnement des vêtements usagés. Plein de vêtements pourraient être réparés au lieu d’être simplement jetés. Le Crédit Impôt Collection (qui représente quand même 45 millions d’euros et qui finance les développements de nouveaux produits) pourrait être transformé en Crédit Impôt Ré-emploi pour financer la réparation des vêtements. Cela représente un gros potentiel de création d’emplois sur le territoire.
Pourquoi c’est une bonne nouvelle
À ce stade, vous vous dites peut-être qu’on vous promet un monde un peu triste, où on se prive d’acheter, où des entreprises vont disparaître, où on sera tous habillés pareil en noir, en bleu et en gris.
C’est précisément le contraire.
Aujourd’hui, on ignore dans quelles conditions sont fabriqués nos vêtements et on se révolte des nombreux scandales de l’industrie textile, depuis les Ouïghours jusqu’au Rana Plaza. Demain, on pourrait recréer des centaines de milliers d’emplois dignes dans nos régions et savoir d’où viennent nos vêtements.
Aujourd’hui, une poignée de marques mondiales géantes étouffent les autres avec la course aux prix bas et uniformisent les goûts vestimentaires du monde entier. Demain, elles pourraient laisser la place à des milliers de marques, plus locales, plus réfléchies, plus créatives, qui créent moins de misère et d’inégalités.
Aujourd’hui, on passe nos samedis après-midis à acheter toujours plus de fringues alors que nos placards débordent déjà, dans des rues commerçantes où l’on retrouve inlassablement les mêmes magasins, qu’on soit à Saint-Malo, Brive, Paris ou Nancy. Demain, on pourrait retrouver le plaisir de faire des achats réfléchis. De s’habiller avec des vêtements plus beaux et plus résistants. De (faire) recoudre un bouton au lieu de jeter une chemise. De découvrir une boutique qu’on n’aurait jamais vue ailleurs.
À vous de jouer
Si vous êtes un acteur du textile
Le temps presse : le gouvernement va modifier dans quelques mois la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire pour la filière textile, qui pourra contraindre les marques à agir. Pour l’instant, avec le Fashion Pact dont on parlait plus haut, beaucoup de marques ne poussent pas dans le bon sens. Il est donc très important que le gouvernement comprenne les enjeux et entende ces propositions.
Si on est seuls, ils ne nous écouteront pas. Mais s’ils sentent qu’on est des centaines, ils pourront peut-être tendre l’oreille. Alors si vous pensez aussi qu’il faut changer les lois pour en finir avec la surconsommation, inscrivez-vous ici pour que nous montions une coalition d’acteurs du textile et portions ce sujet devant le gouvernement.
Si vous êtes citoyen ou citoyenne
Bon, vous l’avez deviné : si on doit diviser par 3 la production textile, il va falloir que chacun et chacune d’entre nous réduise d’autant nos achats de vêtements (c’est non négociable, désolé pour Cristina Cordula). Mais au-delà des actions individuelles, vous avez d’autres pouvoirs. Les marques cherchent à vous toucher pour vendre leurs produits via les réseaux sociaux, vous pouvez donc vous aussi leur parler. Alors incitez-les à relocaliser, interpellez-les quand vous sentez qu’elles centrent leurs actions sur des mesures symboliques à faible impact écologique ou qu’elles poussent trop à la consommation (on a créé un compte Insta sur ce sujet). Les marques devraient avoir honte d’inciter à consommer et être fières de faire les choses bien. Et tant que la loi ne les y oblige pas, c’est la pression sociale qui doit être le moteur du changement.
Et s’il vous reste de l’énergie, vous pouvez aussi interpeller les « informateurs » de la mode (apps de notation, médias, blogs de mode éthique, annuaires, comptes insta qui recensent les marques éthiques etc.) : ces entités ont un grand pouvoir d’influence aussi bien sur les individus que les marques, il est aussi crucial qu’elles ouvrent les yeux sur les critères qui comptent vraiment.
Ensemble, on changera les règles du jeu.
Article écrit par Guillaume Declair
Quelques lectures qui nous ont aidés à écrire cet article et si vous voulez creuser le sujet
Les travaux de Negawatt sur le meilleur moyen de réussir la transition énergétique vers une société bas carbone
Hasard du calendrier : une étude d’un chercheur de l’institut de Recherche Cycleco, publiée le 24 février 2021 une semaine après notre article, rejoint exactement les chiffres qu’on avait calculés pour cet article : 69% des émissions de CO2 des vêtements sont dues à la phase de fabrication industrielle. Ce chiffre a été obtenu grâce à 20 entreprises textiles françaises qui ont collaboré en donnant les chiffres de leurs usines sur 17 produits. Un autre rapport, celui du World Resources Institute, paru en novembre 2021 également après l’article, donne également 76% des émissions à la phase industrielle (avec une bonne transparence sur les hypothèses et les méthodes de calcul).
Qui on est pour dire ça ? Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L’industrie textile file un mauvais coton et c’est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant. On ne fait jamais de pub : si vous aimez ce qu’on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis, on vous écrira maximum une fois par mois.
À peine arrivée sur leur site, je suis déjà assaillie de dark patterns :
- 10% si je m’inscris à leur newsletter,
- 15% si je parraine un ami,
- 57% si j’achète 10 Gargouilles, sachant qu’ils incitent à acheter au moins 5 balles de lavage pour 9 kilos de linge (la contenance d’une machine à laver classique).
Promos à gogo.
Mauvaise note aussi dans les conditions générales de vente du site : la société qui gère cette marque est basée au 66 avenue des Champs-Élysées : une agence de domiciliation de sièges sociaux. Concrètement, ce n’est pas la preuve qu’il s’agit d’une escroquerie, en revanche je ne comprends pas pourquoi une entreprise ne veut pas donner à ses clients sa vraie adresse (si vous pouvez m’éclairer là-dessus…)
Edit : J’ai eu la réponse sur la domiciliation de la société commercialisant les Gargouilles (merci Florence) La domiciliation est très intéressante pour les entreprises qui : * changent régulièrement de locaux : elle permet aux entreprises de ne pas modifier leurs statuts tous les 4 matins (et de ne pas payer pour ça), * sont basées dans des copropriétés qui refusent qu’un appartement devienne le siège d’une société, * ne souhaitent pas payer la cotisation foncière des entreprises de leur ville : la CFE de Paris est la moins chère de France. La domiciliation des Gargouilles aux Champs-Élysées est donc compréhensible.
En cherchant rapidement j’ai aussi trouvé 3 concurrents qui vendent exactement le même produit :
Les Gallinettes (dont le site a été supprimé depuis la sortie de cet article)
Bambusliebe (dont l’activité semble également avoir été suspendue depuis la publication de notre article)
Novaclean (idem)
Et sur Aliexpress, on retrouve ces mêmes balles à 1€.
Il ne manque que Marie-Ange Nardi et on se croirait dans “Qui est qui ?”.
Alors certes la société qui vend les Gargouilles ne fait pas de drop shipping car le stock des Gargouilles est situé en France (comme le prouve la livraison en moins de 3 jours) et la marque a créé son propre emballage pour le produit. Mais à 35€ sur les Gargouilles et 1€ sur AliExpress, ça fait cher l’emballage, non ?
Une marge qui permet de dépenser plus de 600 000 € en pubs sur les réseaux sociaux en un an(Information trouvée sur la page Facebook des Gargouilles (dans la section Transparence de la Page > Voir tout > Accéder à la bibliothèque publicitaire)
Vous vous dites peut-être que je suis mauvaise langue, que la différence de prix c’est sans doute parce que le produit est fabriqué en France. C’est vrai, il y a une probabilité… que j’évaluerais à 0,0001% : de notre expérience, quand les marques n’indiquent pas le lieu de fabrication, c’est que le pays ne fait pas sexy sur l’étiquette.
Les Gargouilles et leur emballage à 35€.
Bon, bon peut-être que c’est fait en Chine et que c’est vendu un peu cher. Mais après tout, si ça lave le linge plus écologiquement, c’est toujours ça de pris non ? C’est vrai. Encore faut-il que ces Gargouilles lavent vraiment le linge. Et c’est ce que j’ai voulu vérifier.
Quelques recherches m’ont menée à une étude menée en 2009 par QueChoisir qui démontre l’inefficacité des balles de lavage, qui sont, d’après cette étude, aussi efficaces qu’un lavage à l’eau chaude sans détergent. Leurs tests ont été repris ici par FRC Mieux choisir, le magazine de la Fédération romande des consommateurs.
Les résultats de QueChoisir.
Oui mais Que Choisir, est-ce qu’ils ne seraient pas à la botte des lobbies des lessives ? Ça serait très surprenant, vu que l’asso a, par le passé, fait la guerre aux phosphates dans les lessives et aux parfums toxiques des désodorisants d’intérieur selon Wikipédia.
Mais si ça se trouve, ils se trompent chez Que Choisir? Même si c’est leur job de faire des tests, c’est possible. Alors j’ai décidé de vérifier par moi-même.
Test de l’inefficacité des Gargouilles
J’ai fait le test sur un torchon taché par les 3 types de taches qui existent : les taches grasses (huile d’olive), les taches enzymatiques (chocolat noir fondu) et les taches oxydables (du vin rouge) (cliquez ici pour voir les photos des torchons avant lavage - glop).
J’ai comparé les Gargouilles à un lavage uniquement à l’eau (donc en n’ajoutant aucun produit dans ma machine), à une lessive liquide conventionnelle (Persil au savon de Marseille) et à la lessive écologique Mutyne (que j’ai découverte il y a quelques mois et que j’aime beaucoup car : 1- grâce à elle mon linge sent très bon contrairement à toutes les lessives écologiques que j’ai testées auparavant et 2- j’apprécie leur démarche car ils ont réfléchi au meilleur compromis entre écologie, efficacité et simplicité).
Résultat : globalement après un lavage à cycle normal, à 30°C, les taches sont loin d’être parties sur mes 4 torchons. La lessive standard et la lessive écologique s’en sont mieux sorties que les Gargouilles (cliquez sur chaque photo pour l’agrandir). Je ne vois pas de différence entre le torchon lavé avec les Gargouilles et le torchon lavé sans produit.
Ces résultats sont confirmés par l’excellente vidéo de Radio Canada qui quantifie très scientifiquement la performance des différentes techniques de lavage, n’hésitez pas à y jeter un coup d’oœil :-)
Le résultat est sans appel : d’après mon test
Les Gargouilles sont aussi efficaces que le lavage à l’eau.
Alors, quand je vois que sur la page principale du site, les Gargouilles sont décrites comme étant “saines”, “écologiques” et “efficaces”, j’ai l’impression qu’on me prend pour une pigeonne :
Non, le plastique des Gargouilles n’est pas sain car, comme tout objet en matière synthétique que l’on met dans une machine à laver, il relâche des microplastiques qui polluent l’eau. Les stations d’épuration ne parvenant pas à les filtrer à 100%, une partie de ces microplastiques est donc libérée dans les milieux naturels.
Non, les Gargouilles ne sont pas écologiques. Produire puis exporter de Chine des objets en plastique dont l’efficacité est nulle, ce n’est pas écologique. Et contrairement à ce qui est indiqué sur le site : ce n’est pas la lessive conventionnelle qui use les vêtements, mais la mauvaise utilisation de la machine à laver (laver trop chaud et/ou trop longtemps).
Non, les Gargouilles ne sont pas efficaces. (Bon, si vous en êtes là dans l’article vous avez logiquement compris pourquoi).
Faux, faux, faux.(Edit le 02/08/2021 : 6 mois après l’écriture de cet article, la mention "aussi efficace qu’une lessive traditionnelle" a été remplacée par "plus économique que la lessive traditionnelle".)
Voilà, si vous lisez cet article, nous vous invitons à ne pas acheter de balles de lavage d’aucune marque que ce soit. Si vous cherchez à laver vos vêtements avec moins d’impact sur l’environnement, lisez d’abord ces conseils d’entretien.
Grâce aux Gargouilles, on aura quand même appris une chose : laver à l’eau, ça marche aussi. Du coup, si vous souhaitez juste rafraîchir votre linge qui n’est pas taché, vous pouvez tout à fait le laver en machine sans produit d’entretien.
P.S. : J’ai aussi commandé la balle de lavage trouvée à 1€ sur AliExpress. Je ne l’ai pour le moment pas reçue (un mois après l’achat), mais je ne perds pas espoir, c’est visiblement un délai normal de livraison via ce site. Je ne manquerai pas de vous tenir informés dès que je l’aurai reçue. Edit le 21/04/2021 : ma première commande ayant été égarée par le transporteur, j’ai repassé commande et cette deuxième commande s’est de nouveau perdue en chemin... je lâche donc l’affaire mais si vous avez commandé une balle de lavage chez AliExpress (et que vous l’avez reçue) n’hésitez pas à m’envoyer une photo.
P.P.S. : Et si vous vous demandez comment faire partir les taches de vin, de chocolat, ou d’huile, je vous conseille :
Pour l’huile : si vous avez chez vous de la terre de Sommières, saupoudrez-en sur la tache, attendez quelques heures le temps que la poudre absorbe le gras, puis enlevez la poudre en tapotant. Si vous n’en avez pas : pensez à en acheter lors de votre prochaine virée shopping et suivez la technique du point suivant.
Pour le chocolat et le vin : frottez immédiatement la tache avec du liquide vaisselle (de préférence incolore) ou avec du savon de Marseille et laissez poser une nuit. Le lendemain, lavez votre vêtement en machine à 30°C (avec de la lessive).
Si jamais le résultat n’est pas parfait, vous pouvez tremper votre vêtement dans une bassine avec de l’eau très chaude et du bicarbonate de soude (ou du percarbonate de soude si votre vêtement est blanc). La technique est détaillée ici.
Bonus : Si vous voulez vraiment contribuer à la réduction des déchets plastiques dans les océans c’est simple : n’achetez pas de Gargouille.
Qui suis-je pour parler d’entretien de vos vêtements ?
Je m’appelle Claire et je suis en charge de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile.Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
Quand on demande l’avis de nos clients après un an de port, un des premiers problèmes qui remonte, c’est que les vêtements blancs (surtout les t-shirts et les chemises) jaunissent ou grisent avec le temps. Les raisons de cet effet peuvent être multiples : couleurs qui dégorgent dans la machine, transpiration, taches de sauce tomate …
Le jaunissement, ce n’est pas une histoire de qualité de vêtement - c’est une histoire d’entretien. Pour éviter que vos vêtements ne jaunissent, il y a une chose qui marche : laver le blanc séparément. Je sais, c’est embêtant, parce que du coup vous attendez des semaines que votre panière à linge soit remplie pour pouvoir faire une lessive de blanc. Néanmoins c’est ce qui fonctionne le mieux. Normal : les vêtements qui ternissent c’est parce qu’ils absorbent la teinture des autres vêtements de la machine. Alors si vous ne les lavez qu’avec des vêtements blancs qui ne déteignent pas...Bon mais j’imagine que c’est trop tard et que vous souhaitez que votre vêtement redevienne blanc comme presque-neige. Bonne nouvelle, il y a une astuce qui fonctionne pour le coton, le tencel, le lin et les tissus synthétiques (mais pas pour la laine ni la soie) et qui :
Ne demande pas trop d’effort,
Est économique,
Ne nécessite pas de produit nocif.
Et cette astuce s’appelle :
Le percarbonate de soude, c’est une poudre blanche, inodore composée de carbonate de sodium (ou cristaux de soude) et de peroxyde d’hydrogène :
Les cristaux de soude nettoient,
Le peroxyde d’hydrogène blanchit.
Je vous conseille celui de la marque La droguerie écologique, parce que je le trouve dans n’importe quel magasin bio, parce qu’il est vendu dans un simple emballage en kraft, parce qu’il est fait en Europe, mais surtout parce qu’il n’est pas cher : 5€ le kilo.⚠ Attention, contrairement au bicarbonate de soude, le percarbonate de soude est un produit potentiellement irritant, donc à manipuler avec précaution. Quand vous l’utilisez, on vous conseille de mettre des gants de protection et d’ouvrir la fenêtre pour aérer la pièce.
Le principe est plutôt simple
Mettez les vêtements à blanchir dans une bassine en plastique. Attention #1 : si vous mettez des vêtements clairs mais pas totalement blancs (genre beige), ils ressortiront de cette manipulation très éclaircis. Et attention #2 : si vous mettez des vêtements pas totalement blancs dans cette bassine (avec des liserés de couleur par exemple) il y a un risque pour que ces petites touches de couleur déteignent sur le reste des vêtements blancs. Bref : on vous conseille de ne suivre ce tuto qu’avec des vêtements bien blancs.
Remplissez la bassine d’eau bien chaude jusqu’à ce que vos vêtements soient totalement immergés. Vraiment j’insiste sur le "bien chaude" : l’eau la plus chaude du robinet (le pouvoir blanchissant du percarbonate est actif surtout à partir de 60°C et l’eau la plus chaude de votre ballon est en général à 65°C)
Ajoutez-y l’équivalent d’un verre de percarbonate de soude. Attention : en ajoutant le percarbonate de soude votre mélange va doubler de volume. Pensez donc bien à ne pas remplir votre bassine à plus de la moitié et à laisser votre bassine dans votre évier ou dans votre douche, comme ça - si jamais elle déborde - elle ne débordera pas sur votre sol.
Remuez avec une cuillère en bois (qui ne vous sert plus en cuisine) ou un bâton (enfin, un truc en bois que vous ne mettrez plus dans votre bouche après cet exercice),
Vaquez à vos occupations,
Au bout d’une heure, versez une bouilloire d’eau chaude dans votre bassine et remuez de nouveau avec la cuillère en bois ou le bâton (à cette étape le volume n’augmentera pas, contrairement à l’étape 3),
Oubliez votre bassine une nuit et le lendemain le blanc sera ravivé et les taches auront disparu !
Un tour en machine avec vos autres vêtements blancs et c’est gagné !
Mais est-ce que ça marche vraiment ?
Clément (de l’équipe Loom) avait chez lui deux t-shirts Loom d’une ancienne génération qu’il ne mettait plus parce qu’il les trouvait trop grisés.
À gauche : un des t-shirts “grisés” de Clément. À droite : un t-shirt neuf, jamais porté (donc bien blanc).
Bassine + vêtements + percarbonate + eau bouillante = émail diamant pour vos vêtements.
Tadam ! À gauche : le t-shirt de Clément grisé. À droite : le t-shirt neuf. Au milieu : l’autre t-shirt grisé de Clément après une nuit dans une bassine de percarbonate de soude.
Qui suis-je pour parler d’entretien de vos vêtements ?
Je m’appelle Claire et je suis en charge de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile.Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
Pixels espions : pourquoi on a décidé d’arrêter de vous fliquer chez Loom
publié le
September 4, 2026
Mis à jour le
September 14, 2026
Temps de lecture
3
minutes
Donner votre avis
commentaires
This article was originally written in French (our mother tongue). We apologize in advance for any awkward phrasing. You can write to us at hello@loom.fr to help us improve these translations.
On a décidé de désactiver la mesure individuelle des ouvertures d'email par pixel de suivi – on vous explique pourquoi.
Ces dernières semaines, vous avez dû recevoir un paquet de newsletters vous parlant de leur « pixel de suivi » avec un bouton pour vous y opposer (c’est parce que la CNIL vient de dire que ces pixels, c’est comme les cookies de navigation : il faut vous informer de leur utilisation et vous demander votre accord).
Mais au fait c'est quoi, un pixel de suivi ? C’est une image vide, transparente et minuscule (elle mesure un pixel de large sur un pixel de haut). À chaque fois que vous ouvrez un e-mail, ce petit mouchard le signale à l’expéditeur (ainsi que l’heure et sur quel appareil vous êtes). D'où le surnom de « pixel espion ».
Le code informatique d'un pixel de suivi
Pourquoi les marques les utilisent ? Pour faire plein de choses :
Si vous n'ouvrez que les emails sur une thématique, on ne vous envoie plus que celle-là (pourquoi pas)
Si vous ouvrez souvent, vous êtes classé « lecteur engagé » et vous recevez encore plus d'emails (hum, plus embêtant)
Si vous n'avez pas ouvert, on vous renvoie le même email quelques jours plus tard avec un autre objet (pas cool)
Si vous n'ouvrez plus rien, la marque exporte votre adresse e-mail vers Insta, Google et Youtube pour retrouver votre profil et vous cibler avec des pubs sur ces plateformes (pas cool du tout).
Or, chez Loom, on ne fait rien de tout ça : pas de relance automatique, pas de segmentation basée sur vos ouvertures (de toute façon on sait pas faire et la flemme d’apprendre), pas d'export de votre adresse vers Instagram pour vous afficher de la pub (parce qu’on ne fait pas de pub). En fait, comme on s’interdit de pousser à la consommation, on n’a pas vraiment besoin de toutes ces fonctionnalités.
Nous avons donc désactivé la mesure individuelle des ouvertures d'email par pixel de suivi. Autrement dit, nous ne savons plus qui ouvre nos emails, ni quand. YEYEYEYE FREEDOM !
Ça veut aussi dire qu’on ne mesurera plus le « taux d'ouverture » de nos newsletters. Pour savoir si ce qu’on écrit est bien, il nous reste d’autres indicateurs comme le taux de désinscription… ou vos réponses (qui sont toujours les bienvenues) : quand une newsletter est nulle, on le sait très vite ;-)
La Commission nationale de l'informatique et des libertés, chargée de veiller à ce que l’informatique ne porte atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques.
On garde néanmoins une information dont on a besoin et que la CNIL nous autorise à conserver sans votre accord : la date de votre dernière ouverture (pas l'heure, pas le nombre de fois, pas le contenu… juste une date, écrasée à chaque nouvelle lecture). Elle nous sert à une chose : vous retirer de notre liste si vous n’ouvrez plus nos mails depuis longtemps, donc éviter que Gmail ou Outlook finissent par classer Loom en spam.
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua. Ut enim ad minim veniam, quis nostrud exercitation ullamco laboris nisi ut aliquip ex ea commodo consequat. Duis aute irure dolor in reprehenderit in voluptate velit esse cillum dolore eu fugiat nulla pariatur.