La mite textile, anciennement appelée teigne des vêtements (ET C’EST BIEN MÉRITÉ), est un papillon de nuit dont les larves se nourrissent de kératine. Leur rôle dans l’écosystème est normalement de décomposer les parties des cadavres d’animaux qui se dégradent le plus lentement : peau, fourrure, griffes, cornes, sabots… On est donc plein de gratitude pour ces petites larves extrêmement utiles, mais on préférerait qu’elles laissent nos pulls en laine tranquilles.
Avant de ranger vos vêtements d’hiver, il faut donc vous assurer qu’aucune mite n’a élu domicile dans votre armoire. Voilà plusieurs pistes pour en avoir le coeur net :
Dans votre placard : - en fouillant dans votre dressing, ou en secouant vos pulls, des petits papillons argentés se sont envolés (une mite textile mesure un peu moins de 1 cm de long), - vous avez trouvé dans les recoins de votre placard des cocons blancs à l’apparence cotonneuse (spoiler : ce sont des cocons de mites),
Sur vos vêtements : - vous avez repéré des trous assez caractéristiques : c’est comme si vous aviez arraché une maille mais sans que des fils ne dépassent du trou, - l’un de vos pulls présente plusieurs trous dans la même zone, - les trous sont irréguliers et pas très grands (environ 0,5 cm de diamètre) et apparaissent sur les matières animales, surtout sur la laine ou la soie.
Les experts sont formels : une mite est passée par là.
Si vous avez répondu positivement à l’une de ces affirmations, prenez votre courage à deux mains et suivez la guide :
Comment se débarrasser des mites
Ou plus précisément : comment se débarrasser des larves de mites car comme nous l’expliquions plus haut, ce sont les larves de mites qui se nourrissent de kératine et qui font les trous dans vos pulls. Les mites adultes, quant à elles, ne mangent pas : elles ont une espérance de vie d’une dizaine de jours pendant lesquels leur seul objectif est de trouver un endroit propice pour pondre. #mumlife #proudmama
Les larves de mite craignent le mouvement et leur instinct de survie peut les amener à se cacher dans n’importe quel vêtement ou recoin (même si elles ne mangent que les matières animales in fine). Je vous conseille donc de traiter tous les vêtements rangés à proximité de vos lainages troués ainsi que votre placard pour être sûrs d’éliminer toutes les larves. Voici comment procéder :
Pour les vêtements fragiles ou en laine, laissez-les au congélateur pendant 72 heures puis lavez-les en programme laine à 30°C - le froid et l’eau devraient les tuer,
Pour les vêtements qui le tolèrent (comme les vêtements en coton par exemple), lavez-les à 60°C puis séchez-les au sèche-linge, ou repassez-les – la chaleur aura raison de leur volonté de nuire,
Aspirez votre placard de fond en comble, en insistant sur les recoins, pour éliminer les cocons de mites,
Saupoudrez de la terre de diatomée dans les angles de votre placard afin d’éliminer les larves qui pourraient s’y cacher et que vous n’auriez pas réussi à aspirer. C’est de la poudre d’algue trouvable en supermarché qui joue le rôle d’insecticide mécanique. Pensez à l’aspirer au bout d’une semaine car elle peut être irritante à long terme et bien entendu, pensez à lire les contre-indications au dos du flacon,
En complément, pour être certains d'être tranquilles, vous pouvez utiliser des pièges à mites imprégnés de phéromones qui attirent les mites mâles restantes qui vont venir s'y coller : ça devrait donc stopper la reproduction de ces petites bébêtes.
Aucune mite ne vous résistera.
Une fois que vous avez fait tout ça, vous pouvez à nouveau ranger vos vêtements dans votre armoire le cœur léger. Mais ne criez pas victoire trop tôt : il faut désormais vous assurer que les mites ne reviennent pas.
Comment éviter que les mites ne s’installent chez vous
Pour tenir les mites à l’écart de votre dressing, il y a quelques trucs à savoir :
D’abord, les mites adorent l’obscurité et détestent le mouvement – oui je l’ai déjà dit mais c’est très important alors je le répète. Évitez donc de laisser des pulls inutilisés pendant des années dans un placard. Portez-les souvent et évitez d’acheter des pulls dont vous n’avez pas besoin.
Ces bestioles raffolent des odeurs corporelles. Pensez à bien aérer votre pull en fin de journée après l’avoir porté, par exemple sur le dossier d’une chaise.
Glissez du bois de cèdre dans votre pile de pulls pour éloigner les mites. Versez dessus une goutte d’huile essentielle de cèdre tous les trois mois pour ne pas qu’il perde son odeur (et donc son efficacité).
Pourquoi le cèdre est le meilleur des anti-mites
Pour éloigner ces bêtes destructrices de dressing, on utilisait historiquement des boules de naphtaline, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’elles étaient irritantes pour la peau, les muqueuses oculaires et les voies aériennes chez l’homme (particulièrement chez l’enfant) et qu’on interdise leur commercialisation en 2008.
En l'absence de naphtaline, il faut s’en remettre au répulsif naturel le plus connu contre les mites textiles : le bois de cèdre, qui contient plusieurs types d’alcools tueurs de larves (après tout, c'est comme ça que le cèdre se protège lui-même des insectes susceptibles de le dévorer). Dès 1682, on trouve des écrits préconisant de conserver ses lainages dans des armoires en bois de cèdre. Une croyance populaire qui a été scientifiquement confirmée en 1952 grâce aux chercheurs Huddle et Mills avec une conclusion sans appel : “Les larves exposées à 0,6 mg/l de vapeur d'huile de bois de cèdre avaient une mortalité de 91 % en une semaine. Un autre lot de larves exposées à 1-2 mg/l de vapeur d'huile de bois de cèdre a eu une mortalité de 100 % dans les 8 à 24 heures suivant l'exposition. [...] ”. À la bonne heure !
On peut trouver des bâtonnets de cèdre à visée anti-mites dans la plupart des grandes surfaces, mais ils sont généralement fabriqués à partir de bois d’Amérique du Nord puis façonnés en Chine, et c’est quand même dommage d’importer ce genre de produit quand on vit dans un pays qui regorge de forêts de cèdres (aka La France).
On a donc fait un peu de zèle chez Loom et on a conçu notre propre kit anti-mites 100% local en travaillant avec ces deux supers entreprises :
la Tabletterie des Lacs (dans le Jura) a façonné pour nous des disques en bois de cèdre issu des forêts locales qui sont perforés en leur centre pour que vous puissiez soit les suspendre à vos cintres, soit les glisser au milieu de vos piles de pulls.
L’odeur du bois de cèdre s'atténuant au bout de quelques mois, on s’est donc rapproché de la Distillerie Bel Air (dans le Gard) qui produit artisanalement de l’huile essentielle de cèdre français.
Comment réparer un vêtement troué par les mites ?
Vous vous êtes enfin débarrassés durablement des mites textiles mais il reste de leur passage chez vous quelques mailles trouées. Pour éviter que ces trous ne s’agrandissent au fil du temps, je vous conseille de les refermer proprement.
Option 1 - Do it yourself
Armez-vous de patience, d’une aiguille et de laine à repriser dans la bonne couleur comme celle-ci et suivez les instructions de cette vidéo qui explique pas-à-pas comment repriser vos pulls troués.
Il existe aussi d'excellentes formations plus poussées pour apprendre à réparer vos vêtements troués :
Vous pouvez également confier vos pulls à des artisans spécialisés sur ce sujet. C’est notamment le cas de Julie, la créatrice de La Clinique du Pull qui est basée à Paris mais à qui vous pouvez envoyer vos pulls par la Poste. Elle en fera des merveilles, la preuve en images :
Pour un reprisage invisible maille à maille comme celui sur la photo ci-dessus, il faut compter une dizaine d’euros par trou. Le résultat est totalement invisible mais si une mite a fait un festin de votre pull, l'addition peut vite être salée.
Si votre budget est plus réduit ou si votre pull est tellement troué qu’il ressemble à une meule d’Emmental de Savoie I.G.P, il existe l’option “tamponnage” qui est plus simple à effectuer que la précédente : Julie noue ensemble tous les fils dévorés par la larve de mite afin d’empêcher au trou de s’agrandir, puis recouvre la zone avec du feutre de laine pour cacher et solidifier la zone. Cette technique coûte quelques euros par trou à reboucher. J’ai personnellement opté pour un tamponnage visible avec de la laine colorée, mais il est totalement possible de lui demander un tamponnage ton-sur-ton si vous n’avez pas envie de ressembler à une coccinelle sous exta vue par un daltonien.
Big up à la clinique du pull !
Voilà, vous savez à peu près tout sur les mites, leurs larves, les forêts de cèdre Français et la réparation par tamponnage. Prenez soin de vos pulls en laine et surtout : sus aux mites !
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis chargée de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d'âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j'essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile. Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
23 mai 2022. On appuie sur le bouton qui envoie la newsletter annonçant la sortie de notre jean bleu homme. A première vue, rien de révolutionnaire pour une marque de vêtements. Sauf que ce jean, il est un peu spécial : il devrait trouer moins vite que les autres à l’entrejambe. Pour en arriver là, on a travaillé pendant trois ans, inventé un nouveau test d’usure avec notre laboratoire et fini par développer notre propre tissu dans les Vosges. On vous emmène avec nous.
Les trous à l'entrejambe, la maladie des jeans
Avant de se lancer dans la fabrication de notre jean, on vous avait envoyé un petit questionnaire : “C’est quoi le problème avec vos jeans en général ?”. Et à question simple, réponse simple : le problème, c’est les trous à l’entrejambe.
On a reçu ça x500.
Eh oui : quand on marche, la cuisse frotte contre l’autre cuisse (ou plutôt : contre le bas de la fesse), ce qui fragilise le tissu du jean puis finit par le trouer.
Pour fabriquer le nôtre, il fallait donc d’abord comprendre pourquoi certains jeans trouent plus vite que d’autres. Notre premier réflexe : écumer les centaines d’articles sur internet consacrés au “crotch blow out” (c’est comme ça qu’on dit “trou à l’entrejambe” au pays du jean) et à sa (ses ?) cause. Mais sur les sites et forums américains, personne n’était d’accord : toile trop fine, présence d'élasthanne, coton de mauvaise qualité, coupe trop serrée, coutures trop épaisses, humidité liée à la transpiration…
Les Américains ils ont inventé ChatGPT, mais pour la solution aux trous des jeans, ils cherchent encore.
Mais alors… comment tirer ça au clair ?
Un jour, on a eu une révélation : la vérité sur les trous des jeans se cache très probablement… dans les chinos. Eh oui, notre chino Loom, on le vend depuis 2019 et on est sûrs d’une chose : on ne nous a presque jamais remonté de trous à l’entrejambe, et les rares clients à avoir percé cette zone font un usage intense du vélo ou de la moto - bref, nos chinos ne trouent pas à cause du frottement de la marche.
C’est pas Taor (notre mannequin qui porte le chino) qui vous dira le contraire.
La question était donc tout simplement : quelles sont les spécificités du jean par rapport un à chino qui pourraient expliquer la formation de trous à l’entrejambe ?
A la recherche du coupable
Cette question nous a permis de d’éliminer la plupart des hypothèses trouvées sur ces sites américains :
Les jeans trouent parce qu'ils sont trop fins : non, un chino est généralement plus fin qu’un jean.
Les jeans trouent parce qu’ils sont trop serrés aux cuisses : non, à l’entrejambe, les jeans et les chinos ont à peu près la même coupe.
Les jeans trouent à cause de facteurs exogènes (humidité liée à la transpiration, tension quand on bouge…) : non, a priori on fait à peu près la même chose avec un jean qu’avec un chino.
Les jeans trouent parce qu’ils ont de l’élasthanne : non, comme la plupart des jeans, la plupart des chinos contiennent un petit pourcentage d’élasthanne pour le confort.
Les jeans trouent parce que leur coton est de mauvaise qualité : non, il n’y aucune raison pour que les fibres de cotons utilisées dans les jeans soient plus courtes ou de moins bonne qualité que celles utilisées dans les chinos.
Les jeans trouent parce que leurs fils sont de moins bonne qualité : non, même s’il est vrai que dans les années 70, une partie des jeans étaient tissés avec des fils dits “open-end” (moins chers et peut-être moins résistants à l’abrasion), 95% des jeans sont aujourd’hui tissés avec des fils traditionnels “ringspun”, comme les chinos.
Il nous restait donc seulement deux hypothèses à tester :
Hypothèse n°1 : la couture double. La couture intérieure de la jambe des jeans est plus épaisse que celle des chinos – une couture double qui pourrait causer des frottements plus intenses que sur les chinos.
Suspect n°1 : la couture double du jean, peut-être coupable malgré son air innocent.
Hypothèse n°2 : la rugosité. Les fils des jeans sont plus gros que ceux des chinos : leur tissu est donc plus rugueux. Quand une cuisse frotte contre l’autre, c’est un peu comme si un papier de verre frottait le tissu.
Suspect n°2 : la rugosité du jeans (pas ce gentil petit cheval).
Nos tests en laboratoire
Pour tester nos hypothèses, on a décidé de simuler les frottements avec notre laboratoire (SMT), lors un test dit “Martindale” : une machine frotte le tissu jusqu’à ce qu’un trou apparaisse. Le résultat se compte en nombre de cycles : plus le nombre est élevé, plus le tissu est résistant.
Une machine Martindale en action.
Pour commencer, on a voulu vérifier que le test Martindale simule bien ce qui se passe dans la vraie vie : on a donc testé un tissu de jean et un tissu de chino pour vérifier qu’en labo aussi, le jean troue plus vite que le chino.
Mais quand on a reçu les résultats, surprise : en laboratoire, le jean avait tenu deux fois plus longtemps que le chino (100 000 vs. 50 000 cycles). Le contraire de ce qui se passe dans la vraie vie…
Alors on a réfléchi deux secondes (ok, plutôt deux semaines) : ce test Martindale ne peut pas simuler ce qui se passe réellement à l’entrejambe, puisqu’il utilise la même matière standard pour frotter contre le tissu. Or, quand on marche, c’est le tissu qui frotte contre lui-même ! On a appelé notre labo et imaginé ensemble un autre type de test où on remplace la "laine abrasive" standard par le tissu lui-même. Après quelques ajustements sur le bon niveau de pression, ce test répondra au doux nom de “Résistance à l'abrasion des étoffes méthode Martindale modifiée tissu contre tissu, pression 12 kpa”.
Quelques jours plus tard, les résultats du nouveau test tombaient :
Bingo ! On avait trouvé un test laboratoire qui simule bien ce qui passe dans la vraie vie : le chino résiste (au moins) trois fois mieux que le jean aux frottements : 100 000 vs. 35 000 cycles.
On pouvait donc passer à l’étape suivante : tester nos deux hypothèses pour trouver la cause de ces trous intempestifs sur vos jeans.
Pour tester la première hypothèse (la couture double du jean), on a remplacé le tissu simple par un tissu avec couture sur la machine Martindale… Quand on a reçu les résultats, on s’est aperçu que ça ne changeait rien : la couture ne fragilise pas le tissu. Reconnue non coupable.
Pas d’apparition de trous au bout de 100 000 cycles.
Par élimination, il ne restait donc qu’un seul coupable potentiel : la rugosité. Pour vérifier cette hypothèse, on a décidé de faire tester plusieurs types de jeans : des plutôt lisses et des plutôt rugueux. Et tous les résultats nous ont confirmé que plus le jean est épais et rugueux, plus il troue vite :
Un jean le plus fin qu’on ait trouvé (marque Muji) résiste hyper bien : il dépasse les 100 000 cycles haut la main.
Un jean brut assez épais (marque Uniqlo) ne résiste pas très bien : 35 000 cycles. Par contre, quand on rend la toile moins rugueuse manuellement avec du papier de verre avant de l’envoyer à tester, il tient beaucoup mieux et dépasse aussi les 100 000 cycles !
Un jean assez rugueux à cause de l’utilisation d’un fil “open end” ne tient pas très bien : 16 000 cycles seulement.
Un jean brut et son équivalent délavé (et donc moins rugueux) : le premier tient 70 000 cycles, beaucoup moins que le second qui rompt à 100 000 cycles.
Bref, après plusieurs mois d’essais (et quelques milliers d’euros dépensés…), on avait enfin identifié le coupable : la rugosité. Exactement le contraire de ce qu’on aurait pu penser intuitivement : un jean de cow boy bien épais risque de trouer plus vite à l’entrejambe qu’un jean tout fin.
S'ils avaient su, tous les cowboys auraient porté des pantalons de yoga.
Et maintenant, ne restait plus qu’à développer notre tissu. Deux options s'offraient à nous.
Tester plein de tissus existants chez les fournisseurs et choisir le meilleur.
Développer le nôtre : plus incertain, plus lent, plus cher… mais avec l’espoir de créer un tissu peut-être plus performant que ceux qui existent déjà !
Vous devinez déjà ce qu’on a choisi, non ?
Direction les Vosges
Pour trouver une usine qui accepte de faire un tel développement avec nous, il fallait se lever de bonne heure. C’est du temps, de l’argent et on n’est pas Levi’s. Au départ, on espérait commander max 10 000 mètres de tissu par an, soit un peu plus de 100 000€… Économiquement pas très intéressant pour un industriel.
Pourtant, Tissage de France, l’usine des Vosges qui fabrique le denim de la marque 1083, a tout de suite accepté de travailler avec nous sur ce projet. Le deal : on partage les coûts de développement et si ça marche, l’usine pourra réutiliser tout ce qu’on a appris ensemble dans d’autres projets avec d’autres clients (c’est déjà ce qu’on avait fait avec succès lorsqu’on a développé nos chaussettes).
Nous dans les Vosges avec Tissage de France(6 indices sur cette photo vous permettront de retrouver l’année de notre visite).
Pour développer un tissu denim pas trop rugueux mais qui garde quand même une belle tenue, on a décidé ensemble de tisser :
Un denim pas trop épais (poids de 12 oz),
... avec un fil dit “ringspun” (plus doux que son équivalent “open-end”),
... issu de coton peigné (dont on a retiré les fibres les plus courtes pour plus de douceur et de résistance, ce qui est normalement réservé aux t-shirts ou aux chemises pour lesquels on recherche de la douceur)
... et le tout en coton bio, bien entendu.
Mais on ne n’est pas arrêté là : on voulait aussi résoudre le 2e gros problème remonté dans notre questionnaire : le fait que les jeans se détendent et finissent par prendre une taille. Pour ça, au lieu de filer l’élasthanne en même temps que les fibres de coton (la méthode classique dite “corespun”), Denis, le directeur de l’usine, nous a recommandé de retordre deux fils de coton autour d’un filament d'élasthanne (la méthode “guipée”, plus chère mais a priori plus efficace).
A gauche : la méthode “corespun”, à droite la méthode “guipée”.
Il nous a fallu quelques essais pour faire les derniers ajustements (notamment sur la taille du fil d’élasthanne), et enfin : on a réussi à tisser un denim qui tient la route. La preuve :
Sur le test qu’on a inventé (abrasion tissu contre tissu), notre jean dépasse les 200 000 cycles ! Au-delà donc de tous les jeans qu’on a pu tester.
Sur le test de déformation résiduelle, l’allongement résiduel après 1 minute est de seulement 1,8%, ce qui est tout à fait honorable : sur les 6 autres jeans que nous avons testé, un seul a fait mieux.
Oui mais si c’est pour faire un denim solide mais moche, ça ne sert pas à grand-chose, n’est -ce pas ? Bonne nouvelle, notre tissu ressemble à ça :
Un denim avec juste ce qu’il faut d’aspérités (notamment grâce à l'élasthanne guipé) pour lui donner du caractère.
C'est dans la poche
Avec le développement du tissu, on avait fait le plus gros. Parce que pour confectionner le jean, on savait à qui s’adresser : 5D, notre usine portugaise géniale spécialiste des pantalons (et qui fabrique pour plein de chouettes marques françaises).
Une usine tellement chouette que Le Monde a même fait un reportage sur eux en 2022.
Comparé à celui de notre tissu, notre cahier des charges pour la confection était assez simple… On voulait :
Une coupe semi-slim.
Des poches assez profondes pour votre téléphone et assez solides pour vos clefs.
Une braguette zip parce que c’est plus pratique et que ça délave plus joliment.
Un premier prélavage sur le jean brut pour ne pas qu’il rétrécisse chez vous.
Des passants de ceinture renforcés.
Après quelques allers-retours sur la coupe, on tenait notre jean ! Beau, confortable et solide. C’était parti pour la première production.
Séance d'essayage concluante.
Parenthèse : ouille le prix Ce jean, on le vend 100€. Oui, c’est pas donné… mais ce n’est pas si cher que ça. D’abord, la phase de développement nous a coûté pas mal d’argent : entre les tests labos, le développement d’essais de tissage et les allers-retours sur les prototypes, on en a eu pour une dizaine de milliers d’euros (sans compter notre temps de travail). Ensuite, le tissu coûte environ 15€/m à produire, soit presque deux fois plus cher que les toiles classiques made in Italy : coton bio, filature ringspun, coton peigné, fil d'élasthanne guipé plutôt que corespun, made in France… notre éthique et nos choix de qualité ont un coût. Enfin, la confection est soignée et made in Portugal, avec donc des salaires bien plus élevés que 95% des jeans du marché, fabriquées majoritairement en Asie ou au Maghreb. Mais comme on ne fait ni collection, ni soldes, ni pubs, et que nos actionnaires ne nous poussent pas à faire une grosse marge (plus de détails ici), on ne le vend “que” 100 euros (pour l’instant - ce prix pourra changer avec l’inflation sur l’énergie et les matières premières).
Solide mais pas increvable
Cela fait bientôt un an qu’on a lancé ce jean : on commence à avoir du recul sur la façon dont il vieillit. D’abord, les personnes qui l’ont acheté ont l’air très satisfaites : il est noté 4,7/5 par plus de 100 personnes, c’est vraiment génial.
Des compliments qui nous remplissent de joie - et nous inquiètent un peu pour la vie sociale de ce Guillaume.
Ce jean résistera-t-il aux trous à l’entrejambe pour l’éternité ?
Non.
D’abord, sur plus de 2000 jeans vendus, on a déjà eu 3 remontées de trous : des gens qui avaient une pratique régulière du vélo ou de la moto. Or, on a conçu ce jean pour bien résister aux frottements “cuisse contre cuisse”… mais il ne sera pas beaucoup plus résistant que les autres jeans pour les frottements “cuisse contre selle” (même si à chaque fois, les clients concernés nous ont dit qu’ils avaient troué leur jean Loom moins vite que les autres).
Et même pour les frottements liés à la marche classique, s’il résistera probablement plus longtemps que la moyenne, il est très probable qu’il finisse lui aussi par trouer un jour : bref, comme n’importe quel vêtement en matières naturelles, ce jean finira par s’user.
Est-ce qu’on pourrait fabriquer un jean encore plus résistant ?
Impossible, à moins d'utiliser beaucoup de matières synthétiques : pour augmenter la résistance d'un vêtement, le plus simple reste de remplacer le coton par du polyester. Problèmes : ce n'est pas agréable au porter, ça retient les odeurs et surtout, on pense qu'il y a urgence à ce que la mode se désintoxe de son addiction au plastique (on vous en parle dans cet article).
Ces trous, est-ce si grave ?
Pas tant que ça. Parce que comme tous les vêtements, un jean, ça se répare. En fait, les jeans se réparent même plus facilement que les autres vêtements. D’abord, leur alternance de fils bleus et blancs fait qu’ils sont peu uniformes visuellement… et que les réparations peuvent donc être quasi-invisibles. Pour les trous à l’entrejambe, on peut donc ajouter un patch de tissu à l’intérieur du jean au niveau du trou puis le recoudre avec un fil de la bonne couleur… Et voici le résultat :
Une réparation qui coûte entre 20 et 30€ et que la plupart des ateliers de retouche-couture savent très bien faire.
En plus, même si la réparation se voit un peu, ce n’est pas si grave : les experts du denim considèrent que ce qui fait la beauté d’un jean, ce sont les marques de ce qu’il a vécu. Le délavage (on a d'ailleurs fait tout un article sur le sujet), les accrocs, les réparations, bref, la “patine” sont autant de cicatrices qui lui donnent de la valeur – et que plein de marques essayent d’ailleurs de reproduire artificiellement en usine.
La marque A.P.C vend même des jeans "usés naturellement" plus chers que ses jean neufs.
Conclusion : ne nous trompons pas de combat
Si notre jean finira par s’abîmer et qu’il se répare relativement facilement, est-ce que ça valait le coup de s’embêter autant ?
On espère que oui : si le premier trou à l’entrejambe apparaît un ou deux ans plus tard que d'habitude, c’est toujours ça de gagné. Et puis, pour développer ce jean, on a dû comprendre la science derrière les vêtements, et ça, ça nous anime vraiment. Enfin, soutenir les usines françaises en faisant de la R&D avec eux, c’est une mission qu’on trouve noble et passionnante.
Mais il faut rester lucide : le vêtement inusable, ça n’existe pas… et ça n’existera jamais. Le plus important pour garder un vêtement longtemps, ce n’est pas sa qualité intrinsèque : c’est surtout comment on en prend soin. Les vêtements de nos grands-parents étaient sans doute bien moins résistants que ceux d’aujourd’hui. Pourtant, ils les gardaient beaucoup plus longtemps. Parce qu’ils savaient les entretenir, les réparer, les raccommoder.
A notre tour, il faut qu’on réapprenne collectivement à prendre soin de nos vêtements. Mettre une serviette avant de manger des pâtes à la tomate, raser les bouloches de ses pulls ou de ses chaussettes, laver délicatement ses pulls en laine, recoudre nos boutons, réparer les accrocs… et raccommoder les trous à l’entrejambe de nos jeans.
Bref, des vêtements qui durent longtemps, ce sont surtout des vêtements qui vieillissent bien.
Achetons-en moins, prenons-en soin.
Mise à jour mars 2024
Le tissage de ce jean est désormais réalisé en Italie (et non plus en France). Hélas, en France, les minimums de commande étaient trop élevés et les délais de production trop longs pour nous. Dans une période compliquée pour les marques éthiques et où notre trésorerie est limitée, nous avons opté pour un denim italien (chez Candiani, un tisseur réputé). Pour garder un tissu qui résistera longtemps aux trous à l’entrejambe comme notre tissu français, nous en avons fait passé plusieurs au test d’abrasion que nous avions inventé avec notre laboratoire (plus de détails ici). On espère un jour pouvoir revenir à notre tissu français.
Le tissu italien est à peu près du même poids que le tissu français. Il est légèrement plus élastique, ce qui lui apporte un peu plus de confort et fait qu’il se détend un peu plus au fil des portés.
Avantage du savoir-faire italien : la couleur brut ne dégorge plus
Qui on est pour dire ça ? Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L'industrie textile file un mauvais coton et c'est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant. Si vous aimez ce qu’on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis : on écrit peu et on ne spamme jamais.
Il arrive que nos chaussettes, socquettes et chaussettes en laine boulochent après quelques mois de port pour différentes raisons :
Sur nos chaussettes et socquettes en coton, vous pourrez constater des petites bouloches au niveau des zones de frottement, en particulier au niveau du tendon d’Achille. En effet, pour retarder l’apparition des trous sur ces zones, on a ajouté un fil de polyamide plus solide. Mais la contrepartie, c’est qu’il retient des bouloches qui se seraient plus facilement détachées sur un tissu 100% coton. Bref, ces petites bouloches sont un sacrifice esthétique à payer sur l’autel de la durabilité.
Vous constaterez également des bouloches dans les zones de frottement de nos chaussettes en laine car les fibrilles de la laine s’entremêlent les unes aux autres et forment des bouloches. Bonne nouvelle : une fois vos chaussettes en laine déboulochées, vous aurez éliminé la majorité des petites fibrilles, donc les bouloches se formeront de moins en moins rapidement. On vous en parle plus amplement dans cet article.
Si ces bouloches ne vous dérangent pas (et on est plutôt de cet avis chez Loom) vous pouvez aussi les laisser vivre leur vie de bouloches : personne ne les verra à part vous et elles ne fragilisent pas vos chaussettes.
Si ces bouloches vous dérangent vous pouvez très bien les éliminer à l’aide d’un rasoir à bouloches électrique comme celui-ci à 29€ (malheureusement, on ne le trouve que sur Amazon et ça nous fait bien mal au cœur) ou comme celui-ci, trouvable chez Darty où son prix oscille entre 24€ et 50€ selon les périodes. Ça n’abîmera pas vos chaussettes et ça vous prendra moins de deux minutes :
Vous commencez à nous connaître, on ne recule jamais devant l’occasion de vous montrer un avant / après satisfaisant :
Faites bien attention à ne pas trop appuyer le rasoir à bouloche sur votre vêtement, en particulier pour les mailles texturées. C’est le cas par exemple pour le haut de nos chaussettes qui est tricoté en point “nid d’abeille”, et dont les mailles peuvent se glisser dans le rasoir si on appuie trop l’appareil. La lame du rasoir pourrait alors couper un fil de laine et former un trou.
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis chargée de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité.En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d’âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j’essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile.Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
En 2016, c’était les débuts de Loom et on voulait créer la chemise qui n’aurait pas les problèmes des autres chemises. Et ce que nous remontaient les gens, c’est que la première raison pour laquelle on jette ses chemises blanches, ce sont les tâches. La solution paraissait évidente, il fallait fabriquer…
Cliquez ici pour voir comment on s’amusait bien à l’époque.
Août 2017. Le site BonneGueule, référence de la mode masculine en France, sort un article où sont comparées les chemises de différentes marques. Dont notre chemise intachable. Et leur analyse fait mal :
Aïe.
Ouille.
Ouch.
Ouin ouin.
Bouhou !
Bref, notre chemise n’était vraiment pas top. Et en plus de ça, on avait affirmé des choses complètement fausses.
Peut-être que vous êtes tenté de nous laisser le bénéfice du doute, vous vous dites que BonneGueule s’est trompé, ou a été particulièrement dur avec nous ? Vous êtes vraiment sympa mais on a dû se rendre à l’évidence : toutes leurs critiques étaient bien justifiées.
Partie 2 : On remet tout à plat
Un nouveau confectionneur
La première chose qu’on a fait, c’est écrire à notre confectionneur de chemise : comment ça on n’a pas des boutons en nacre ? Comment ça nos coutures ne font pas 7 points par centimètres ?
On se rend compte alors que ces “manquements” sont en partie de notre faute : on n’avait pas été assez clairs dans nos demandes écrites.
On revoit donc notre manière de travailler avec nos usines : dorénavant, on enverra un fichier très spécifique qui précise tous les détails des vêtements qu’on produit : un “techpack” comme on dit dans le milieu. Et on change bien sûr la page de cette chemise sur notre site, en enlevant toutes les promesses injustifiées.
Un exemple de fichier qui précise à nos usines à quoi doivent ressembler nos vêtements. On appelle ça un “techpack”.
Mais on se rend aussi compte qu’on n’est pas les seuls fautifs dans l'histoire : quelques semaines plus tard, ce même confectionneur nous livre une cargaison de chemises avec des erreurs de mesures dans tous les sens. On comprend alors que la production a été sous-traitée à une autre usine, qu’on ne connaît pas.
La confiance est rompue, on décide donc d'arrêter de travailler avec lui et de partir à la recherche d’un nouveau partenaire. Plusieurs personnes de confiance nous redirigent vers Supercorte.
Comment savoir si cette usine fait de la bonne qualité ?
En regardant la liste de ses clients : Supercorte bosse plutôt avec des marques haut de gamme, voire de luxe.
En discutant avec eux : pour le coup, on a la sensation de parler le même langage de qualité.
En regardant la qualité des productions : tous les prototypes qu’ils nous fabriquent sont nickels.
En regardant leurs prix : les chemises nous coûtent un peu plus cher qu’avant. Normal : la qualité, ça se paye.
Des contrôles qualité
Pendant longtemps, on ne contrôlait que les prototypes, et pas les vêtements issus de nos grosses productions. Pourtant, quand on est attaché à la durée de vie des vêtements, la conformité à un tableau de mesure par exemple, est aussi importante que la solidité d’un tissu : si une chemise est trop étroite de 2 cm aux épaules, elle n’est pas portable. On a donc mis en place tout un tas de choses pour minimiser ces risques de “non-conformité” : tests, contrôles des mesures… et recrutement d’une personne spécialement dédiée à ce sujet.
Plus un danger public
Parmi tous les critiques difficiles à lire de l’article, la plus inquiétante était quand même celle sur la matière :
Tout ça laisse penser que cette matière “intachable” contient des additifs chimiques pas tops du tout. Certes, ce tissu respectait bien la norme REACH exigée pour fabriquer et vendre des produits dans l’Union Européenne (norme que tout le monde ne respecte pas, en particulier Shein comme l’a montré ce documentaire).
Pourtant, on dirait que ce tissu est clean non ?
Mais pour être absolument certains d’avoir un tissu inoffensif, on aurait dû demander la norme dite “OEKO-TEX” - ce qu’on exige désormais pour chacun de nos tissus.
En creusant ce sujet, on a compris qu'il valait mieux éviter tous les traitements censés donner certaines “super-propriétés” aux tissus : ils sont souvent à base de composés chimiques pas très cool, comme les “PFC” qui peuvent contaminer l’environnement pendant des siècles et qui ont des effets encore incertains sur la santé humaine (les fameux perturbateurs endocriniens…).
On a donc décidé d'arrêter de produire cette chemise intachable. Et puis, on s’est interdit tout ce qui est traitements “repassage facile” sur nos chemises, propriété “anti-odeur” sur les chaussettes, apprêt “séchage rapide” sur le tissu de notre maillot de bain… Est-ce que ça vaut le coup de risquer sa santé pour trois minutes de repassage de moins ?
De la connaissance textile
Cet article de BonneGueule, au même titre que les retours de nos clients, ont fait tomber une de nos croyances : pour faire des vêtements de qualité, on ne peut pas accorder une confiance aveugle aux usines.
Les gens en usine font un travail très difficile et d’une grande valeur, mais ils sont loin de tout savoir. En particulier, contrairement aux marques, ils ne savent pas forcément comment les vêtements vieillissent. Chez Loom, on demande systématiquement à nos clients ce qu’ils pensent de nos vêtements un an après les avoir achetés. On connaît donc tous les points potentiels de fragilité et on sait souvent mieux que les usines sur quoi il faut être vigilant. Par exemple, sur un t-shirt, notre expérience nous a appris à faire très attention à la déformation. Et s’il est foncé, on sait qu’il faut être vigilant sur la tenue des couleurs car elles peuvent délaver avec le soleil et la transpiration.
Bref, si on veut vraiment améliorer la qualité de nos fringues, il est primordial de comprendre la science derrière la qualité des vêtements : la maîtrise technique doit aussi être de notre côté.
Et on s’y attelle tous les jours dorénavant, en lisant des études, des livres, en discutant avec les directeurs techniques des usines, les responsables de qualité d’autres marques, en faisant nos propres tests….
On a même un fil sur notre messagerie interne où on note TOUT ce qu’on apprend.
Aujourd'hui, à chaque fois qu'on apprend quelque chose sur la qualité des vêtements, on essaie de croiser les sources et de ne pas prendre seulement les chiffres ou les informations qui nous arrangent. A tel point que c’est devenu un de nos principes de communication :
Point n°7 de notre bible éditoriale.
Avec cette nouvelle manière de faire, on a re-questionné point par point ce qu’on prenait pour acquis sur les chemises ("est-il vrai que tel détail apporte de la solidité ?"). Et ça nous a conduit à faire pas mal de changements.
D’abord, on a décidé de ne pas utiliser de boutons en nacre : c’est vrai que cette matière est très belle (c’est pour ça qu’on en retrouve sur les chemises haut de gamme), mais on a constaté que ces boutons pouvaient casser en machine. On a donc opté pour des boutons en résine épais qui résisteront mieux aux lavages. Et on renforce aussi systématiquement leur fixation avec une machine Ascolite, qui entoure le pied du bouton d’un fil supplémentaire soudé à chaud (voir la machine en action ici).
Ensuite, on s’est posé la question des “hirondelles de renfort”, ces petits triangles de tissu entre l’avant et l’arrière de la chemise, censés renforcer leur solidité. On a pris une chemise de fast fashion sans hirondelles, on a tiré de toutes nos forces de chaque côté : elle n'a pas bougé. Encore un détail esthétique et non pas un élément renforçant la solidité : on a décidé de les retirer.
Une hirondelle de renfort, ça ne fait ni le printemps, ni la solidité.
Enfin, on a renoncé aux coutures anglaises et aux 7 points par cm : à une époque, il est possible que cela ait amélioré la résistance, mais aujourd’hui, les fils de couture les plus utilisés (en "polycoton'') sont particulièrement solides, rendant superflu ce genre de détails. Cela ne veut pas dire que les chemises qui ont ces coutures sont nulles, juste qu’il s’agit d’un choix esthétique et non de solidité.
Partie 3 : La rédemption
Au départ, comme vous l’imaginez, lire cet article de BonneGueule nous a un peu mis un coup.
Mais cet article nous a aussi fait du bien (c’est notre coté sado-maso) - il a été un des électrochocs nécessaires pour nous faire changer radicalement notre manière de développer des vêtements : arrêter de travailler avec des usines qui ne sont pas fiables, mieux contrôler la qualité de nos productions, vérifier ce que tout le monde prend pour acquis, développer notre connaissance textile… et enfin, arrêter de “surpromettre”.
Parce que c’est normal de ne pas arriver à faire des produits sans défaut, ce qu’on veut éviter, c’est d’affirmer qu’ils le sont. Et à l’époque, les superlatifs qu’on utilisait pour nos produits étaient prétentieux… et faux.
Oops I did it again for, I played with your heart, got lost in the game.
En fait, on était victimes de jaitoutcomprisme : quand on commence à s’intéresser à un domaine (la qualité des vêtements dans notre cas), on est souvent victime d’un biais de surconfiance.
La courbe du jaitoutcomprisme.
Dans notre cas, après avoir discuté 2h avec un directeur d’usine et lu 2 articles sur la longueur des fibres de coton, on pensait avoir craqué la recette de la longévité des vêtements. Sauf que la qualité textile est un sujet extrêmement complexe et qu’on n’aura jamais tout compris, même après une vie entière à s’y consacrer.
Notre courbe du jaitoutcomprisme à nous.
A l’époque, on promettait “les meilleurs vêtements du marché” et ça marchait : la plupart des gens ont envie d’y croire et ça faisait vendre. Mais sur le long terme, on a compris que ça créait beaucoup des déceptions : il y aura forcément un t-shirt de votre placard qui tiendra aussi bien voir mieux que votre t-shirt Loom.
On a donc renoncé à “sur-promettre” : dorénavant, on essaye d’être plus mesurés et factuels quand on vante les mérites de nos produits. Et on a même inscrit ce principe dans notre “bible éditoriale” :
Point n°17 de notre bible éditoriale.
Et finalement, cette volonté de faire les meilleurs produits du marché, et de prendre une position dominante, cela ne correspond plus à ce qu’on voudrait pour l’industrie textile : on pense qu'il faudrait un éco-système de milliers de petites et moyennes marques différentes plutôt qu'une poignée de multinationales qui dominent les autres, comme on l’avait écrit à la fin de l'article Du charbon dans le coton :
"Aujourd’hui, une poignée de marques mondiales géantes étouffent les autres avec la course aux prix bas et uniformisent les goûts vestimentaires du monde entier. Demain, elles pourraient laisser la place à des milliers de marques, plus locales, plus réfléchies, plus créatives, qui créent moins de misère et d’inégalités.
Aujourd’hui, on passe nos samedis après-midis à acheter toujours plus de fringues alors que nos placards débordent déjà, dans des rues commerçantes où l’on retrouve inlassablement les mêmes magasins, qu’on soit à Saint-Malo, Brive, Paris ou Nancy. Demain, on pourrait retrouver le plaisir de faire des achats réfléchis. De s’habiller avec des vêtements plus beaux et plus résistants. De (faire) recoudre un bouton au lieu de jeter une chemise. De découvrir une boutique qu’on n’aurait jamais vu ailleurs."
On est presque 5 ans après la publication de cet article de BonneGueule, on a revu de fond en comble notre manière de faire nos chemises, et on pense que le travail a payé :
4,7 c'est une super note.
Aujourd’hui, on est plutôt fiers des chemises Loom qu’on propose à la vente : elles sont robustes, pas mal coupées, produites localement, à un prix abordable et les clients en sont satisfaits.
Mais peut-être que dans 2 ans - avec les nouvelles connaissances textiles qu’on aura engrangées, les nouveaux retours de nos clients et clientes, les nouvelles innovations de l’industrie textile - quand on relira cet article, on se dira qu’on ne savait encore rien et qu’on était bien naïfs.
Si vous avez déjà commandé chez nous, vous savez peut-être que, un an après votre achat, on vous envoie un mail pour vous demander ce qu’est devenu votre vêtement et surtout si vous le portez encore. Parfois, vous nous dites que vous ne portez plus vos pulls parce qu'ils ont bouloché... et il n'y a rien qui me désole plus (sauf peut-être les Gargouilles ou les armoires chauffantes) parce qu’avec les bons outils, on peut enlever les bouloches hyper facilement. Et c'est que je vais vous montrer dans cet article.
Pourquoi votre pull bouloche ?
Les bouloches apparaissent sur les zones de frottement donc sous les bras, dans le bas du dos (si vous portez fréquemment un sac à dos), sur vos cols (si vous avez de la barbe)… La raison ? Avec les frottements, les fibrilles qui dépassent de la maille s’entremêlent les unes aux autres et forment des bouloches. Illustration :
Ça c'est la surface de votre pull, et les petits traits qui en dépassent ce sont les fibrilles qui deviendront des bouloches.
La bonne nouvelle, c’est que plus vous enlevez les bouloches, moins elles réapparaissent. Et oui, “déboulocher” élimine une partie des petites fibrilles qui forment les bouloches. Quand il n’y a plus de fibrilles, il n’y a plus de bouloches possibles !
Chez Loom, pour éviter au maximum ce phénomène de boulochage sur nos pulls, on procède en deux étapes :
On ne sélectionne que des laines à longues fibres - car elles comportent moins de fibrilles qui dépassent.
On teste en laboratoire (via le test Martindale) chaque laine sélectionnée pour voir comment elle résiste aux frottements. Cela nous permet d’exclure celles qui boulochent trop.
Le supplice du test Martindale, pire qu’un combat contre Cylindric le Germain.
Toute la subtilité ensuite est de trouver le meilleur compromis entre une laine plus pelucheuse qui sera douce mais qui aura plus tendance à beaucoup boulocher et une laine plus rêche qui boulochera très peu mais qui sera moins confortable.
Test des méthodes de déboulochage
Une rapide recherche sur internet vous révélera qu’il y a un paquet d’instruments qui permettent d’enlever les bouloches, du rasoir anti-bouloche électrique au peigne spécifique. Oui, mais est-ce que toutes ces méthodes marchent ? Et laquelle est la plus efficace ? La plus écolo ?
Pour répondre à nos interrogations, on a eu la chance de rencontrer Carole, une fille géniale qui tente toujours pleins de “trucs”, depuis l’étude des biais dans le recrutement jusqu’à la conception d'un quiz dédié aux calembours. Et l’un de ses “trucs”, c'est le "bouloches project". Elle en avait marre d'être obligée d'acheter des rasoirs anti-bouloche électriques made in China pour retirer les bouloches, alors elle a décidé de détourner des objets du quotidien pour voir ce qui marche le mieux.
Le banc de test de Carole : 1 - peigne à poux, 2+3 - rasoirs et tondeuses électriques, 4 - éponge côté abrasif, 5+9 - gants de gommage, 6+8+11+12+13+15 - rasoirs anti-bouloche électriques, 7 - brosse anti-bouloche, 10 - gant en caoutchouc, 14 - rasoir jetable, 16 - pierre à déboulocher
Elle a testé tous les objets qui lui semblaient pertinents et elle les a noté selon 6 critères :
Est-ce que ça enlève vraiment les bouloches ?
Est-ce que ça abîme le vêtement ?
Est-ce que le déboulochage est rapide ?
Est-ce que l’objet va tenir dans le temps - ou bien faut-il en racheter un nouveau tous les 6 mois ?
Est-ce qu’il est fabriqué localement ?
Est-ce qu’il peut servir à d’autres choses ?
Voici les résultats les plus intéressants de son comparatif :
Oubliez les pierres et brosses anti-bouloches : les tests ont montré qu’elles sont inefficaces et abîment les mailles (peut-être qu’elles fonctionnent mieux sur des tissus en laine type manteau ? Un jour, on testera ça). Même chose pour les rasoirs jetables et autres éponges abrasives.
Peigne à poux ou rasoir anti-bouloche électrique ?
Mais c’est quoi le mieux alors ? En fait : ça dépend de ce que vous cherchez.
Pour Carole qui essaye d’avoir moins d’objets chez elle, le peigne à poux est sa solution idéale : il est petit et multifonction (sauf si vous n’avez pas d’enfant à la maison, ou que vous avez la chance inouïe qu’ils soient épargnés par ce fléau des cours de récré). Même si son utilisation est un poil plus longue que celle du rasoir anti-bouloche électrique, elle le préfère car c’est un objet “low tech”. Donc un outil sans technologie très sophistiquée, qui ne risque pas de tomber en panne au bout de 10 minutes d’utilisation, qui consomme peu de ressources et qui n’est pas fabriqué à l’autre bout du monde dans des méga-usines pas forcément soucieuses des gens et de l’environnement.
Vous en trouverez dans toutes les pharmacies. Pour enlever les bouloches avec cette méthode, il suffit de peigner votre pull en positionnant le peigne parallèlement à la maille et il arrachera les bouloches telles de vilaines lentes.
En ce qui me concerne, la patience n’étant pas ma plus grande qualité, la solution que je préfère, c’est le rasoir anti-bouloche électrique. Certes, ce n’est pas une solution low tech ni multifonction, mais si vous prêtez attention à certains détails pour choisir un bon rasoir électrique (que je détaille plus bas), vous garderez votre appareil de nombreuses années sans problème.
Le rasoir anti-bouloche électrique en action.
Faîtes bien attention à ne pas trop appuyer le rasoir à bouloche sur votre vêtement, en particulier pour les mailles texturées. C’est le cas par exemple pour le haut de nos chaussettes qui est tricoté en point “nid d’abeille”, et dont les mailles peuvent se glisser dans le rasoir si on appuie trop l’appareil. La lame du rasoir pourrait alors couper un fil de laine et former un trou.
Comment choisir un bon rasoir anti-bouloche électrique
Si cet article vous donne envie d’acheter un déboulocheur électrique, on vous conseille de veiller aux points suivants :
Pas de batterie : privilégiez une alimentation sur secteur parce que les batteries de ce type d’appareils s’usent trop vite. Et optez bien pour une prise française.
Avis clients : tous les rasoirs électriques ne se valent vraiment pas, donc je vous conseille de vous fier aux avis client et d’opter pour l’appareil ayant la meilleure note.
Je suis particulièrement satisfaite du rasoir à bouloche Beautureal à 29€, malheureusement, on ne le trouve que sur amazon et ça nous fait bien mal au coeur ainsi que du rasoir à bouloche Solac, trouvable chez Darty où son prix oscille entre 24€ et 50€ selon les périodes. En revanche, je vous déconseille le rasoir Philips dont la batterie est devenue extrêmement faiblarde en moins de deux ans. J’insiste donc : privilégiez les rasoirs qui se branchent sur secteur pour prolonger la durée de vie du produit.
Malheureusement, on ne trouve pas d’information concernant le pays de fabrication des deux rasoirs anti-bouloche électriques qu’on vous recommande (ce n’est pas indiqué sur le site web de la marque, ni sur le packaging, ni sur la notice…). Comme les autres rasoirs proviennent essentiellement d’Asie, on imagine qu’il en est de même pour ces deux modèles. Si vous connaissez un rasoir anti-bouloche électrique made in Europe, faites-nous signe !
Gang of bouloches
Si vous avez lu cet article jusqu’au bout, vous faîtes désormais partie du gang des reines et rois de la bouloche. Vous verrez qu’une fois qu’on est bien outillé, on a envie de déboulocher tout ce qui nous passe par la main : tapis, rideaux, t-shirts, chaussettes… Jeter un produit car il est couvert de bouloches ne sera donc plus une option ;-)
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis chargée de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité. En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d'âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j'essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile. Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
Comme beaucoup de gens, nous aussi, nous apportons consciencieusement les vêtements dont on ne veut plus dans les bornes de recyclage, en pensant qu’ils seront donnés aux plus démunis. Mais dans l’émission “Sur le Front”, diffusée dimanche 19 décembre 2021 sur France 5, on apprend que plus de la moitié des vêtements collectés dans ces bornes sont envoyés dans les pays étrangers, notamment en Afrique où ils polluent la vie de millions de gens.Rien qu’au Ghana, avec ses 30 millions d’habitants, ce sont 15 millions de vêtements qui débarquent chaque semaine, dont 40% finissent par être entassés dans des décharges à ciel ouvert. Elles débordent tellement que les vêtements partent dans les égouts et finissent par s’accumuler sur la plage et dans l’océan.Ce que l’on comprend dans ce documentaire, c’est que l’Afrique est devenue la poubelle de la mode jetable.Ces déchets textiles viennent surtout de la “fast fashion”, qui nous propose en permanence de nouveaux vêtements à très bas prix. À cause de cette mode jetable, on achète trop : en moyenne, 42 vêtements par an ! Nous ne sommes pas mieux habillés pour autant – nous portons juste nos vêtements moins longtemps et nous les jetons plus vite. Nous jetons tellement que la France n’arrive plus à gérer ces montagnes de textile et doit les envoyer à l’étranger.Et ce n’est pas le seul problème de cette fast fashion :
Elle accélère le réchauffement climatique : fabriquer des vêtements, cela émet des gaz à effet de serre. Parce qu’elle produit trop, l’industrie textile représente aujourd’hui entre 2 et 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.
Elle exploite des gens partout dans le monde : les ouvriers textile à l’autre bout du monde sont extrêmement mal payés. La fast fashion est régulièrement impliquée dans des drames humains, comme l’exploitation des Ouïghours.
Elle pollue les pays qui reçoivent ces poubelles textiles mais aussi ceux qui produisent les vêtements, comme le Bangladesh, où des produits toxiques sont déversés directement dans les rivières.
Elle crée du chômage en France : la délocalisation de l’industrie textile a détruit 300 000 emplois en France en 25 ans.
Elle est une concurrence déloyale pour les industriels français : le salaire d’un ouvrier textile au Bangladesh est de 80€ par mois, de 23€ en Éthiopie. Comment les entreprises françaises peuvent-elles rivaliser face à un tel dumping social ?
Elle met en péril la filière de tri en France : en collectant des vêtements qui n’ont pas de valeur en France, l’équilibre économique de la filière du tri textile est en grand danger.
Malgré les grandes annonces des marques de mode, les volumes produits par l’industrie textile – et donc la pollution – n’arrêtent pas d’augmenter. Si rien n’est fait, la fast fashion continuera de grossir, générant toujours plus de déchets, de pollution et de misère.Pour arrêter d’envoyer nos déchets textiles en Afrique, nous devons développer les infrastructures pour les gérer localement, mais surtout, il faut “fermer le robinet” de la mode jetable, avec des lois !Le mouvement En Mode Climat, dont Loom fait partie, est un collectif d’entreprises qui cherche à faire changer les lois pour que l’industrie textile lutte vraiment contre le dérèglement climatique. C’est pourquoi nous demandons à Barbara Pompili, Ministre de la Transition écologique, de prendre les mesures suivantes :
Adopter un bonus-malus, comme il en existe dans l’automobile, allant jusqu’à 5€ pour les pires vêtements. Cette éco-taxe doit pénaliser les pratiques les plus polluantes et les marques qui poussent à la surconsommation (renouvellement effréné des collections, promotions artificielles, prix dérisoires).
Plafonner le nombre de vêtements de fast fashion importés en France, comme cela était fait jusqu’en 2005.
Arrêter d’envoyer nos déchets en Afrique et développer les infrastructures et débouchés pour les traiter localement, en France.
La fast fashion n’est bonne pour personne : ni pour la planète, ni pour les ouvriers, ni pour l’emploi, ni pour les habitants des pays à qui nous envoyons nos déchets. Certaines marques et consommateurs essaient de changer les choses, mais leurs efforts sont insuffisants s’ils ne sont pas accompagnés d’une action gouvernementale. Barbara Pompili peut prendre les mesures pour enrayer le développement de ce modèle destructeur. Nous avons tenté d’alerter plusieurs fois son ministère sans parvenir pour l’instant à le convaincre de prendre des mesures fortes. Sans vraie mobilisation citoyenne, les lobbyistes de la fast fashion arriveront toujours à bloquer les lois qui tentent de la réguler. Mais si nous sommes des milliers à signer et à relayer cet appel sur les réseaux sociaux, les médias pourront s’emparer de notre appel et les politiques nous écouteront.
- Proportion vêtements envoyés à l’étranger : le Relais - Chiffres Ghana : The OR Foundation - Émissions de Gaz à Effet de Serre Textile : McKinsey, Quantis, WRI - Emplois perdus : INSEE - Salaire Bangladesh : Éthique sur l’étiquette - Salaire Éthiopie : Centre Stern pour les affaires et les droits de l’homme de l’université de New York - Équilibre économique filière de Tri : FEDEREC
Quand on améliore un équipement, il devient moins cher ou plus facile à utiliser, et on finit par en consommer encore plus.
Et ça marche pour plein de trucs :
La voiture
Le chauffage des logements
La 5G
Les routes
Le TGV
Et puis bien sûr, c’est valable dans le secteur textile. Si on s’achète autant de fringues aujourd’hui, c’est d’abord parce que des milliers de machines ont permis de remplacer le travail manuel et donc de drastiquement baisser le prix des vêtements. Plus les machines tissent vite, moins les tissus sont chers, plus on achète. Quand on filait les fils de la laine à la main au rouet, ça dissuadait les gens d’acheter 10 t-shirts par an.
Tous ces effets rebond ont été décrits dans plein d’études scientifiques. Le problème a également été magnifiquement résumé par Jean-Marc Jancovici par cette phrase :
« Tout le monde confond dans cette affaire l’énergie par cafetière et l’énergie totale des cafetières. Ce qui compte, c’est l’énergie totale des cafetières. »
Pourtant, pour affronter la crise écologique, on travaille uniquement sur des moteurs encore plus efficaces, des technologies encore plus perfectionnées, des logements encore mieux isolés. Dans le textile, c’est aussi le cas. Pour réduire les émissions émises lors de la phase de fabrication, un des rapports qui fait autorité sur le sujet (Fashion on Climate du cabinet McKinsey) n’explore que des solutions technologiques et à aucun moment les sujets d’incitation à la consommation qui sont pourtant au cœur du problème.
Ne nous y trompons pas : cela peut être utile de chercher plus d’efficacité, mais notre priorité doit être la sobriété.
Pour résumer : le sujet principal, ce n’est pas de chercher comment mieux chauffer le ballon d’eau chaude…
Le vrai sujet, c’est de réduire la taille du ballon.
Qui on est pour dire ça ? Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L’industrie textile file un mauvais coton et c’est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant. On ne fait jamais de pub : si vous aimez ce qu’on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis, on vous écrira maximum une fois par mois.
C'est l'heure du du-du-duel ! Vous aussi vous trépignez d’impatience ?
Après avoir lu notre précédent article sur les Gargouilles, vous êtes plusieurs à m’avoir dit “Non mais dites-donc, et les autres lessives prétendument naturelles et écolo, qu'est-ce que ça vaut ?”J’ai donc testé différentes méthodes de lavage qu’on peut qualifier “d’alternatives” et de “naturelles” et voici mes résultats. Mais avant cela une présentation des combattants s’impose :
A MA DROITE… la lessive à la cendre !
Vous la voyez venir la métaphore filée ?
Il n'y a pas si longtemps que ça, on lavait son linge à l’aide de cendre de bois car elle contient naturellement de la potasse (l’un des composants du savon) et elle était supposée être un excellent détachant.
Pour faire de la lessive à base de cendre, c’est donc très simple (si tant est que vous arrivez à vous procurer de la cendre) :
Mélangez dans un bocal une dose d’eau pour une dose de cendre,
Laissez infuser 2 jours en remuant 3 fois par jour,
Filtrez votre mélange à travers un torchon pour ne garder que la partie liquide,
Finito.
Vous constaterez qu’après avoir infusé 2 jours, le liquide est devenu très visqueux et sa texture se rapproche de celle de la lessive classique. Votre inconscient va sûrement se dire que si ça a la même texture que la lessive, alors ça a la même efficacité… No spoil - mais c’est faux.
2ème candidat : les noix de lavages
Elles étaient très à la mode il y a quelques années et étaient décrites comme LA solution la plus écologique pour laver son linge. Depuis, elles sont devenues assez difficiles à se procurer, à croire qu’elles ont été retirées des rayons des magasins bio pour y mettre à la place des boules de lavage(qui ne servent à rien, rappelons-le)…
Les noix de lavage sont les fruits du Sapindus mukorossi, dit “arbre à savon” et contiennent un agent émulsifiant et détergent : la saponine.
Pour laver son linge avec des noix de lavage, c’est encore une fois très simple :
Faites un aller-retour en Inde pour aller cueillir les fruits d’un arbre qui ne vous a rien demandé,
Mettez les noix dans un sachet en tissu,
Mettez ce sachet dans le tambour de votre machine à laver et lancez un programme coton 30°C,
Renouvelez les noix tous les 2 lavages.
On peut douter à juste titre de ma neutralité vis-à-vis des noix de sapindus, je vous l’accorde.
Dernier challenger : la lessive au lierre
Le lierre contient, comme les noix de lavage, de la saponine et peut donc également être utilisé pour en faire de la lessive.
Cueillez puis rincez 10 jeunes feuilles de lierre,
Faites bouillir les feuilles dans 20 cl d’eau pendant 15 minutes,
Coupez le feu et laissez macérer pendant 2 jours le liquide,
Filtrez votre mélange à travers un torchon pour ne garder que la partie liquide dans un bocal (et le liquide va mousser).
Les adversaires montant sur le ring.
Depuis mon article sur les Gargouilles, j’ai légèrement amélioré mon protocole de test. Voici comment je m’y suis prise pour comparer ces 3 lessives :
J’ai découpé dans un drap blanc en 100% coton 5 torchons de 30 cm de côté,
J’ai taché à tour de rôle ces torchons des 3 types de taches qui existent : les taches grasses (huile d’olive), les taches enzymatiques (chocolat noir fondu) et les taches oxydables (du vin rouge). Je me suis assurée que chaque tache fasse le même poids et le même diamètre sur chaque torchon,
Je vous laisse deviner qui est qui.
J’ai attendu 15 minutes et pas une minute de plus,
J’ai lavé mes torchons en machine avec un programme classique à 30°C en utilisant à tour de rôle : une dose de lessive conventionnelle, une dose d’eau du robinet, un sachet de 10 noix de lavage, une dose de lessive à base de lierre, une dose de lessive à base de cendre.
J'ai laissé sécher les torchons à l'air libre, à l'ombre.
Si on se base uniquement sur l’efficacité des lessives pour faire partir les taches (1 = le meilleur, 5 = le moins bon) :
La lessive conventionnelle se classe au premier rang avec, non loin derrière elle l'outsider : la lessive au lierre et en troisième position les noix de sapindus. Coup dur pour la lessive à la cendre qui se classe bonne dernière, ex-aequo avec l’eau.
Si on ajoute dans la balance d’autres facteurs tels que le prix, la provenance et la simplicité d’utilisation et de fabrication (parce que mon objectif n’est pas de faire de vous des Caroline Ingalls qui passez votre journée à faire la lessive), le classement devient à mon sens plus objectif :
La lessive au lierre se hisse alors au premier rang, ex aequo avec la lessive conventionnelle. L’eau du robinet remonte en troisième place, loin devant la lessive à la cendre et les noix de lavage.
Qu’est-ce qu’on retient de ce match endiablé ?
Je n’aurai pas parié là-dessus avant de me pencher sur ce sujet, mais mes tests montrent que la lessive au lierre et les noix de lavage fonctionnent mieux que le lavage sans détergent, en particulier sur certains types de taches : les taches enzymatiques type chocolat pour la lessive au lierre et les taches oxydables type vin rouge pour les noix de lavage. Néanmoins, le classement basé uniquement sur l’efficacité et le classement plus global tendent à la même conclusion : la bonne vieille lessive conventionnelle, celle qu’on achète en magasin, est la plus efficace malgré son prix et malgré le fait qu’elle ne pousse pas dans votre jardin (elle est généralement produite en France mais ce n’est pas toujours indiqué sur la bouteille).
A mon sens, ce n’est pas parce que quelque chose pousse dans un arbre qu’il faut le béatifier, surtout s’il vient du fin fond de l’Himalaya. A l’inverse, ce n’est pas parce qu’un produit sort d’une usine qu’il faut s’en méfier, surtout quand on vit dans un pays qui réglemente l’utilisation des produits chimiques, en particulier ceux dont l’usage est domestique. Si vraiment votre volonté est de ne verser que du biodégradable dans vos canalisations, souvenez-vous que laver à l’eau sans détergent ça lave aussi et ça suffit généralement pour les vêtements peu tachés du quotidien.
P.S. : Pourquoi je n’ai pas testé la lessive aux copeaux de savon ? L’objectif de ce test était uniquement de comparer les différentes techniques de lavage qui poussent telles quelles dans la nature. Je n’ai donc pas intégré à mon banc de test une lessive faite maison à base de copeaux de savon. Sans m’être trop penchée sur le sujet, j’imagine que ce type de lessive doit être plutôt efficace, presque autant que les lessives conventionnelles. J’émets juste un doute quant à l’encrassement des canalisations que peut engendrer ce type de lessive. Rien qu’à voir la vitesse à laquelle s’encrasse ma douche quand j’utilise un savon solide (et je ne vous parle même pas des savons saponifiés à froid…), j’imagine qu’il en sera de même avec une lessive faite à base de copeaux de savon. Si vous avez un avis plus fondé que le mien n’hésitez pas à m’écrire à hello@loom.fr, je suis toute ouïe !P.P.S. : « tâche » avec un accent circonflexe signifie « corvée », « travail », « besogne » alors que « tache » sans chapeau est un synonyme de « salissure ». Ne vous tuez pas à la tâche pour faire partir vos taches tenaces avec des noix de lavage. Utilisez plutôt de la lessive classique… Amis des beaux mots, bonsoir.
Qui suis-je pour vous parler d’entretien de vos vêtements ? Je m’appelle Claire et je suis en charge de suivre la production chez Loom. En gros, j’essaye d’éviter les ruptures de stock sur notre site (bon c’est pas encore parfait, mais j’y travaille) et je m’assure tout au long des étapes de fabrication que les vêtements sont conformes à nos exigences de qualité.En plus de ça, je suis passionnée par tout ce qui permet d’allonger la durée de vie de nos vêtements : entretien, réparation et autres astuces de grand-mère. J’aime donner des “petits suppléments d'âme” aux vêtements, les retravailler, les réparer, leur redonner une chance quand plus personne ne veut d’eux. Sur ces pages, j'essaierai de vous transmettre ce que je sais et qui pourrait vous être utile.Dernière chose : toutes les astuces que vous trouverez sur ce site, je les ai vraiment testées et je me suis assurée personnellement qu’elles marchent (en d’autres termes, ce n’est pas un copié-collé de recherches sur internet). Si vous en avez des nouvelles à me suggérer, n’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de cet article.
« Pourquoi les entreprises détruisent la planète ? » en BD
publié le
June 8, 2020
Mis à jour le
September 9, 2026
Temps de lecture
5
minutes
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This article was originally written in French (our mother tongue). We apologize in advance for any awkward phrasing. You can write to us at hello@loom.fr to help us improve these translations.
La compensation n'est pas une solution : par exemple, si on voulait compenser l’intégralité de nos émissions de CO2 en plantant des arbres, il faudrait boiser quasiment l’intégralité des terres cultivées aujourd’hui dans le monde. Source : Jean-Marc Jancovici.
L’effet rebond, de manière plus générale, explique que les économies d’énergie prévues par une nouvelle technologie sont compensées par une augmentation de la consommation. Et c'est loin d'être le seul effet pervers du développement durable.
Un fonds d’investissement est une société qui recueille et place l’argent d’investisseurs en achetant des actions dans les entreprises.Le chiffre des "trois quarts" est issu du livre blanc publié par l'Association Nationale des Sociétés par Actions en 2016.
Pour aller plus loin, lire "Successful Non-Growing Companies" publié en 2015 par Liesen, Dietsche et Gebauer.Pour en savoir plus sur les déséconomies d'échelles, lisez la page Wikipédia.
Stock-options : rémunération variable liée à la valeur de l’action qui a explosé depuis les années 70. Grâce à elles, le salaire des grands patrons américains a été multiplié par plus de 10 en 40 ans quand celle d’un employé moyen n’a connu une hausse que de 12%.
Qui on est pour dire ça ? Vous êtes sur La Mode à l’Envers, un blog tenu par la marque de vêtements Loom. L'industrie textile file un mauvais coton et c'est la planète qui paye les pots cassés. Alors tout ce qu’on comprend sur le secteur, on essaye de vous l’expliquer ici. Parce que fabriquer des vêtements durables, c’est bien, mais dévoiler, partager ou inspirer, c’est encore plus puissant. Si vous aimez ce qu’on écrit et que vous en voulez encore, abonnez-vous à notre newsletter en cliquant ici. Promis : on écrit peu et on ne spamme jamais.
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